‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 49 sur 364 · H. Lavoix, loco cit., p. lÛG · texte numérisé non relu

H. Lavoix, loco cit., p. lÛG

IIISTOinE DE LA MCSIQUE

XVII' ET XVIII" SIÈCLES

FRANCE

sobriété, de cette réserve auxquelles la musique française emprunte tant de charme.

Campra a beaucoup cultivé les spectacles coupés. Avec Danchet, il réunit, sous le lilre de Frdijmctits de LuUi, des airs de dillërents ballets du l'iorentiu, et ce pasticiie bénélicia d'un succi-s continu, puisque, né en 1702, il fut repris de 1708 à 1731. Le musicien opéra de même dans Télcinaqiic, où il ajusta des fragments de Colasse, de Desmarels, de Charpentier, <le Marais et de Hehel père. La vogue qui s'attache alors à ces spectacles panachés marque, en même temps qu'une atténuation du sentiment de l'unité dramatique et del'unité destyle, un goût In's vif pour tout ce qui est varié, contiasté, ingénieux.

Autour de Campra gravitent des astres de moindre grandeur. Le Provençal Salomon', qui végétait obscurément à la musique de la chapelle royale, où il jouait de la basse de viole, se révèle tout à coup par un opéra fort estimable, Mcdt'c cl .fflson (24 avril 1713). De même, La Coste-, ordinairede lamusique du roi, composait, de 1097 à 1732, sept opéras, dont la tragédie de B'Mh (6 novembre 1732) ne manque pas d'une certaine grâce aimable, caractéristique de l'inlluence de Campra. Le maître de clavecin de Mesdemoiselles d'Orléans, lîertin^, écrit, en collaboration avec un chanteur d'opéra nommé Bouvard, l'opéra de Cassan- (Irc (22 juin 1706), encore trùs lulliste, puis, en 1716, €t sans le secours de son associé, l'opéra d'Aja.r (20 avril 1716), dont le succès s'étendit à la province. — Dans le Jugement de Paris et dans les Plahirs de Ja canipaçine, Berlin essave, sans grand bonheur du reste, d'écrire comme Campra une musique plus légère et des pièces de demi-caractère.

Avec Montéclair, nous rencontrons mieux qu'un épigone.

Michel Pinolet, plus connu sous le nom de Montéclair', l'ut baptisé le 4 décembre 1667, à Andelot (Haute-Marne), où son père était tisserand. Entré comme enfant de chœur à la maîtrise de la cathédrale de Langres, que dirigeait alors Jean-Baptiste Moreau, Michel Pinolet, une fois ses études terminées, mena la vie errante des artistes de son temps. D'abord maître de musique du prince de Vaudémont, on le trouve à l'orchestre de l'Opéra, à la tin du xv!!»^ siècle. Il avait pris le nom de Montéclair, d'une fortelesse ruinée qui domine Andelot.

Avant de figurer parmi les symphonistes de l'Académie royale de musique, Montéclair s'était initié à l'ait instrumental italien, et c'est d'Italie qu'il rapporta la contrebasse à trois cordes, instrument beaucoup plus sonore que le violone et d'un secours précieux pour étoffer la basse. Montéclair introduisit la

i. Consulter : Titon du Tillct, le Parnasse français, p. 038. — Durcy •<ie NoiuviUe, II, p. -28. — Félis et Eilner. —Voir aussi A. Gouirand, la Musi(]ue en Provence, p. 99.

2. Sur La Cosle, voir Féiis, V, p. 137. Nous retrouverons plus loin La Cnste comme compositeur de ropèra-eomiquc.

3. Tilon du Tillet, detixiihne Supplément, p. 84. — Durcy de Noinïille, II, p. 27. — Il s'appelait Berlin de la Doué.

4. E. Voillard, £ssai sur .WonMc/air (1878). — J. Cariez, Un Opéra biblipie au dix-huitième siècle, la Jephté de Montéclair {1879).

5. La contrebasse élail surtout employée dans les airs de démons, de magiciens, d;ins les tempêtes, clc.

0. D'après la Héyie actuelle de l'Opéra (ms. 1738), Montéclair serait œorl à la fin d'aoùl. Le ms. Amelot fiie la date de sa mort au 37 scp-

contrebasse à l'Opéra vers 1700; il ne se faisait entendre que le vendredi sur son instrumenta

Séduit par l'émouvant récit de Jephté, l'abbé Pellegrin en avait tiré un livret que Montéclair mit en musique. Ueprésentée le 28 février 17:12, la tragédie lyrique de Jephté, qui compte parmi les nianiléstations les plus caractéristiques du préramisme, remporta un succès considérable.

En 1729 et en 17:iO, Moiitéclair, dont l'instruction harmonique était des plus solides, engagea avec Rameau, et à propos du Traité d'harmonie, une polémique qui lit quelque bruit. Pensionné à l'Opéra à partir du 1" juillet I7:j7, il mourut cette année-là, probablement à la lin d'août ou au commencement de septembre".

Montéclair s'est essayé dans presque tous les genres. On a de lui des ouvrages lyriques, des motets, une messe de Hcqiiiein, des cantates, de la musique de chambre et de danse, enfin d'intéressants traités pédagogiques. Nous traitons plus loin de ses motets et de sa musique de chambre, et nous ne l'envisagelons ici que comme musicien dramatique et comme pédagogue.

Il a écrit, avant Jephté, un opéra-ballet, les Festes de Vêlé, qui fut représenté le 12 juin 1716, et repris en 1723, 1748 et 1752.

Dés son apparition, la tragédie lyrique de l'abbé Pellegrin produisit un grand elfet, bien que l'initiative du librettiste ne fût pas du goût de tout le monde et qu'on critiquât beaucoup l'introduction à l'Opéra d'un sujet emprunté à la Bible. c< La nouveauté du poème, disait le Mercure, en avait rendu le succès si douteux qu'on ne croyait pas qu'elle pût être jouée deux fois. Cette prévention presque générale n'a pas tenu contre les beautés du poème et de la musique'. » Enthousiasmés, les connaisseurs, pour donner une mesure de leur admiration, proclamaient que Montéclair s'était placé à la hauteur de Lulli.

Jephlé est, en effet, une œuvre aussi remarquable par la vérité et la justesse de la déclamation que par le coloris instrumental. De plus, elle eut l'honneur de donner h Hameau l'idée d'écrire pour le théâtre. Elle marque donc une date importante dans l'histoire de l'opéra français*.

Le 1"'' acte renferme un chœur célèbre : " La Terre. l'Enfer, le Ciel même, tout tremble devant le Seigneur, i> d'une écriture serrée que soutient un beau dessin de basse. Le fragment qui suit donnera une idée de l'écriture de Montéclair; au-dessus du tremblement des basses, les entrées successives des voix expriment à merveille, par leur polyphonie cahotée, l'anxiété qui élreint le peuple.

tcmbro. Les frères Parfaict la fixent au 24 mars 1737, comme In Mercure. Titon du Tillct adopte la date de septembre 1737.

7. Mercure, mars 1732, p. 571. Ce n'est pas le cardinal de Noailles, mort en 1729, qui interdit Jephté ; ce fut Ms' de Vintimille, son succes-

8. Le sujet de Jephté avait déjà inspiré plusieurs auteurs dramatiques. On connaissait Jephté ou le Vœu. tragédie latine de Buclianan : Jephté, tragédie en trois actes et chœurs (1092), de l'abbé Boycr, cl Jephté, tragédie lyrique (1700), musique de Bernard Gaffi.

Enregistrant le succès remporté par 1 œuvre de Montéclair, le Mercure ne trouvait pas de meilleur compliment à faire à l'auteur que de le rapprocher de Lulli. « Pour la musique, les plus grands la trouvent très digne de Lulljr, et on ne les contredit point..

ISSft ENCYCLOPÉmE DE LA MUSIQUE ET DICTrONSAIRE DU CO,\SERVATOWE

Il renferme encore une marche pour hautbois, vio- 1 éclatante que majestueuse (scène iv), dont voici les ons, trompettes, bassons, basses et timbales aussi | premières mesures :

Bassons, Basses

HISTOIRE DE LA MCSIQUE

XVII" ET XVIII" SIÈCLES

FRANCE 1381

On reiiiaïquera clans l'instrumentalion de cette marche que le hautbois et les trompelles marchent avec les premiers dessus de violons, tandis que les bassons doublent les basses, comme à l'ordinaire. Citons encore à côté de ces deux passages le morceau célèbre : « Viens répandre le trouble et l'ellVoi, » et la prière: « Dieu d'Israël, » largement appuyée par l'orchestre '. Enfin, Montéclair fait usage de deux chœurs alternants, procédé fréquent en Italie, et moins employé en France, malgré les précédents du xvir' siècle.

Tout son ouvrage respire une noble simplicité et un sentiment exact des situations dramaliques; aussi, de 1733 à Htil, fut-il l'objetde nombreuses reprises. Ajoutons que des morceaux détachés de Jeplité reculent du public du Concert spirituel un accueil extrêmement flatteur.

Les œuvres pédagogiques de Montéclair comprennent une Méthode pour apprendre la musique avec plusieurs le(:ons à I et 2 voix (ilOO), refondue en 1709, et rééditée en 1736, travail très judicieusement coordonné, où le mécanisme de la transposition est bien exposé, et une Méthode facile pour apprendre à jouer (lu violon (1711), méthode complétée en 1720, et qui constitue le premier traité technique de violon publié en France.

L'n contemporain de Monléclair, André-Cardinal Destouches'-, mérite de retenir plus longuement notre attention, car sa fertilité d'invention et ses audaces harmoniques lui donnent une place éniinente parmi les musiciens français du xvni' siècle. Bien certainement. Destouches avait l'étoffe d'un artiste de tout premier ordre; si, en dépit de ses remarquables qualités natives, il demeura au second plan, la faute en revient à la paresse et à la nonchalance qui desservirent chez lui une imagination extraordinairement riche.

ISé à Paris en 1672 ou 1673, de bonne famille bourgeoise^, et élève des Jésuites à Louis-le-Grand, Destouches débuta dans la vie par un aventureux voyage. 11 s'embarquait, en effet, en 1083, comme garde-marine sur la frégate l'Oiseait, à destination du Siam, où il accompagnait le père Tachard, chargé d'une mission à la fois diplomatique et scientifique. Le P. 'l'achard voyait en Destouches un futur religieux, et sans doute aussi un futur savant; mais le jeune liomme, a. peine revenu en France, embrassa l'état militaire. En 1692, il s'engageait dans la deuxième compagnie des mousquetaires du roi et s'en allait assister au siège de Naraur. Avec un de ses camarades qui touchait fort bien de la guitare, Duoméni, il exécutait de gaies chansons' de sa composition, qui ne tardèrent pas à lui acquérir une grande réputation, 'i'rès choyé dans les salons parisiens, et menant joyeuse vie. Deslouches quittait le service en 1696, afin de travailler pour les plaisirs du roi, c'est-à-dire afin d'écrire des opéras. Il s'adonne alors à la com-

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