‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 68 sur 364 · Ch. Malherbe, t. VI des Œuvres complètes · texte numérisé non relu

Ch. Malherbe, t. VI des Œuvres complètes

6. Voir notre ouvrage le Coiit musical en France, p. 102. C'est dans sa lettre du 43 juillet 1737 à M, de Forment, que Voltaire signale, pour la première fois, l'expression de Itamoueurs imaginée pour désigner les partisans de Rameau. — Consulter P.-M. Masson , Lullistis et Itamistes [Année musicale, 1911).

7. L. de la Laurencie, Quelques documents sur J.-Ph. lïamrau et sa famille (in07).

S. Ch. Malherbe, t. IX des Œuvres complètes, p. xu.

9. La Pouplinière aurait môme collaboré aux l'estes d'Hèbè pour la musique ; il composait, en elTet, des bruneltes, et Rameau lui aurait emprunté le Mcuiictdes Talents lyriques. La deuiième chanson d'Hebé, de Castor et Pollux, serait aussi du financier.

10. Les .VouecKtsdu 11 décembre 1739disaicnl : .Hier, le ballet des Talents lyriques a extrêmement plu pour la musique. »

11. .Cet ouvrage, écrit Grimm, a été fait dans la société de M». Bersin. liien des personnes y ont travaillé ; aussi, le style n'en est-il pas unifonnc. . [iXoueelles littéraires. 1, p. 80-81.)

li. Lettre du 30 novembre 173y,

ENCrCLOPËniE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNMliE DU CO.YSERVATOlni

on avait retenu toutes les loges; après chaque répétition, les palabres allaient leur train; on admettait <i qu'il y avait de belles choses », mais on trouvait la musique « trop chargée de travail, de difficile exécution », et accessible seulement aux « Ramoneurs outrés ». On parlait aussi d'une mobilisation générale « de plus de mille Ramoneurs » destinés à soutenir la pièce de leur présence, au moins jusqu'à Pâques. Voici en quels termes piltoresques les nouvellistes narraienl leurs impressions, le lendemain de la première : l'ouvrage est « si chargé de musique, que les musiciens de l'orchestre, pendant trois heures entières, n'ont pas le temps d'éternuer' ».

Discussions dans les cafés et dans les couloirs, polémiques de presse, tout révèle le trouble et l'indécision d'une opinion qui commence pourtant à se lixer. Sur le poème, on tombe d'accord qu'il ne vaut rien, et Dubuisson déclare que Rameau mérite son sort, à cause de son avarice, qui lui fait rechercher d'obscurs collaborateurs, résignés à ne toucher aucune rétribution.

Pour la musique, on s'aperçoit peu à peu que Rameau ne modifie pas le cadre de l'opéra luUiste, qu'il se borne à l'ouvrager, et surtout à le remplir d'une musique plus raffinée el plus savante. Uu reste, le musicien semblait réclamer la protection posthume du Florentin; ne lanrait-il pas, à propos des Indes galantes, une profession de foi caractéristique? « Toujours occupé de la belle déclamation et du beau tour de chant qui régnent dans les récitatifs du grand LuUi, je tâche de l'imiter, non en copiste servile, mais en prenant, comme lui, la belle et simple nature comme modèle 2. »

Dardanus clôt la première période de la carrière lyrique de Rameau. Pendant six années, il va rester éloigné de la scène, probablement en raison d'une brouille survenue avec la direction de l'Opéra. Il ne reparaîtra au théâtre qu'en qualité de musicien officiel, et il sera accompagné, cette fois, d'un collaborateur de marque. Comme musicien de cour, Rameau va se montrer sous un tout autre aspect que celui qu'il avait pris jusque-là; il va écriie de petites pièces et devenir un compositeur léger et badin. A l'occasion du mariage du Dauphin et de l'infanle Marie-Thérèse, on avait confié au duc de Richelieu le soin d'organiser des divertissements de circonstance. Celui-ci chargea plusieurs littérateurs, dont Voltaire, d'écrire des poèmes pour célébrer cet événement; ainsi naquit la Princesse de Navarre^. Rameau devait en composer la musique, et nous verrons plus loin avec quelle désinvolture il s'ingéra dans le travail de son illustre collaborateur. Représentée le 23 février 174.Ï à Versailles, à la Grande Kcurie transformée en salle de spectacle, la pièce fut fort applaudie*. C'était le roi qui en avait payé les frais d'édition, et le Mernirc, dans son compte rendu,

1. Consulter, à ce sujet, l'Opéra au dix-huitième siècle, par M. E. Dacier. Revue musicale, 1903, p. 163. Les nouvelles reproduites dans cet article sont eitraites du ms. -6700 de la Bibliothèque de la Ville de Paris.

2. Cette déclaration est intéressante en rc qu'elle marque l'empreinte profonde faite par LuUi sur les grands musiciens du xvnr» siècle.

3. Voltaire fait allusion pour la prcmiùre fois à la Princesse de i\'avarre dans une lettre datée de Circy, du 13 avril 1744. A coli de Voltaire, Moncrif et Roy recevaient des commandes du duc do Richelieu.

4. Luynes écrit, a propos de la Princesse de Navarre : ■< II parait que la musique a été fort approuvée. » {Mémoires, VI, p. 321, février 1745).

3. Mercure, avril 1745. — Voir Ch. Malherbe, Commentaire bibliographique, Œuvres complètes, t. XI.

6. Voir l'avertissement du 4« volume des Œuvres d'Autreau, où il est dit ; « On voudrait i l'Opéra quelque pièce comique du goût de

déclarait Rameau « le premier de son art, non seulement en France, mais même en Europe " ». La Princesse de Navarre valut à Rameau le titre nouveau de compositeur de la musique du cabinet du roi, avec une pension de 2.000 livres, que les directeurs de l'Opéia, Rebel et Francœur, grossissaient encore, douze ans plus tard (17o7), d'une gratification annuelle de l.îiOO livres.

Sur le même théâtre de la Grande Ecurie parait, en 1745, Plaide ou .limon jalouse (31 mars). Le poème était dû à trois collaborateurs, Autreau, Balol de Sauveau et Le Valois d'Orville. Autreau en avait eu la première idée en 1740, et la pièce avait été écrite avant la Princesse de Navarre ". Rameau se mit à l'ouvrage vers la même époque, mais il prit la précaution de s'assurer la propriété du livret, afin de pouvoir le modifier à sa guise'. Successivement, Ballot de Sauveau ou de Savot et Le Valois d'Orville travaillèrent à remanier le poème dont d'Orville développa beaucoup le caractère comique. La pièce devint ainsi un opéra bouffon, où la danse se relie intimement à l'action. C'est encore là un fait tout particulièrement intéressant, car Platée apporte une sorte de précédent français à la Serva padrona.

Et pourtant, ce fut la couleur boulfe du poème qui causa le plus de tort à l'ouvrage. A Versailles (31 mars 1745). la pièce ne remporta qu'un succès médiocre; le public demeura stupéfait du parli pris de bouffonnerie qu'elle affichait, et on trouva que, dans la circonstance, Richelieu avait manqué de goût. La même défaveur s'appliqua aux Fesles de Puhjmnie et au Temple de ta Gloire, également exécutés en 1745.

A Paris (9 février 1749), l'accueil fait à Platée se conforma à celui que la cour lui avait ménagé. Gazetiers et mémorialistes s'accordent pour jeter l'anathème aux paroles. Collé se montre extrêmement acerbe et ne modifie pas son jugement lors de la reprise de 1730*. Grimm porte la musique aux nues, mais, à propos du livret, il parle de catastrophe et trouve que le poème est « le plus plat, le plus indécent, le plus grossier, le plus ridiculement bouffon que nous ayons dans notre langue'* ». Sur la musique, les avis différaient; toutefois, les connaisseurs trouvaient l'opéra de Rameau « le morceau le plus singulier de musique qu'il eût fait, et de la plus belle et de la plus forte'". » Ajoutons que le Mercure de juillet 1749 publiait une lettre adressée par Rameau au directeur de ce journal pour protester contre les allégations des Lullistes, qui cherchaient à diminuer aux yeux du public de province le succès de Platée^K

Avec les Fêtes de Ramire (Versailles, 22 décembre 1745), nous avons une simple réduction de la Princesse de Navaire, sur laquelle Rousseau se serait escrimé; sa tâche, selon les uns, se réduisit à fort peu de chose; selon les ConfesHons, au contraire, une grande partie de la musique lui reviendrait'-. Le

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7. C'est ce que raconte de Léris dans son Die très. — Cf. A. Pougin, loco cit., p. 80.

8. « Quelque admirable qu'en soit la musique, écrit Collé, il faut avouer qu'on a toujours peine à tenir contre la stupidité et l'ennui des paroles. » (Journal historique, I, p. 134; mars 1730).

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