‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 73 sur 364 · tome II, et l'article co · texte numérisé non relu

tome II, et l'article co

nsacrè par M. René de

Rocy

Ran

leaa et au

X Encycloiiédistos, (la

ns la neiiue des Deux

mnmh

.■nui

et 18S0).

abbé

Mably, Lettres à M"' la marquise de P. sur fopéra,

2. Voici de quelle façon Grimm caractérisait la manière de Rameau : n Dans ses opéras, cet homme célèbre a écrasé tous ses prédécesseurs à force d'harmonie et de notes. 11 y a de lui des chœurs qui sont fort beaux. Lulli ne s.ivait que soutenir par la basse une voix qui psalmodiait ; Rameau ajoute presque partout à ses récits des accompagnements d'orchestre... A l'égard de ses airs, comme le poète ne lui a jamais imposé d'autre tâche que déjouer autour des /ajice, voley triomphe, enchaîne, etc., ou d'imiter le chant des rossignols par des flageolets et autres puérilités de cette espèce, il n'y a rien à en dire. » (Corresp. litt., IV, p. 80 et suiv.)

3. Le Discours préliminaire de l'Encyclopédie traite Rameau de Il génie mâle, fécond et hardi «, et ajoute : « M. Rameau, en poussant la pratique de son art à un si haut degré de perfection, est devenu tout ensemble le modèle et l'objet de la jalousie d'un grand nombre

rentrer l'art dans la Nature •. Seulement, Rameau' parle peut-être plutôt en naturaliste, en physicien, voire en métaphysicien, tandis que les Encyclopédistes s'affirment plutôt naturistes; ce qui intéresse Rameau dans la Nature, et il le montre bien dans ses ouvrages Ihéoriques, c'est l'existence de lois abstraiteset absolues, c'est la toute-puissance du Nombre, au lieu que les philosophes prennent le mot Nature dansun sens plus contingent; la Nature, pour eux, est synonyme de naturel, de simplicité, de spontanéité. Elle est étrangère à tout arbitraire, à toute convention. Un art « naturel » sera un art d'où la scolastique sera bannie, et où les produits de la rétlexion, de lavolonlé intelligente et tenace, feront place à une plus grande liberlé, à une facilité immédiale, à quelque chose de na'if, de sincère et d'ému.

Or, il y a dans le caractère de Rameau un facteur intellectuel qui ne se sépare jamais de son imaginalion; il y a dans son art quelque chose de ferme, devolontaire, de cristallisé, de classique, qui doit forcément déplaire aux Kncyclopédistes; la part faite à l'intelligence, à la logique dominatrice, y est grande; loin de s'élever contre les conventions de l'opéra français, contre son caractère spectaculeux, contre l'arbitraire des divertissements, contre la faussenature qu'il exprime, il consolide et confirme ces conventions. Les Encyclopédistes sont, avant tout, les apôtres delà simplicité et de l'émotion. Leurs desiderata visent trois points : le récitatif, qu'ils veulent plus naturel et plus rapproché du langage parlé; la mélodie ou air, qu'ils désirent moins plate, moinschargée d'ornements et plus rapprochée du drame; les danses, donl ils blâment l'intempérance et le nombre. « L'opéra français, disait assez justemenfi Grimm, est un spectacle où tout le bonheur et tout le malheur des personnages consisle à voir danser autour d'eux". »

Dès lors, il est assez facile de concevoir que devant l'apparition de la Servapadrona^, les Encyclopédistes,, rencontrant, dans les légères pièces italiennes, une réalisalion plus approchée de leur idéal, aient cessé de considérer Rameau en novateur, pour ne plus apercevoir que le côté métaphysique, volontaire et classique de son esprit. Par suite, il devenait pour eux un réactionnaire''. Au surplus, il ne répondait en rien à leurs desiderata, car, portant tout son effort sur la seule musique, il n'apportait aucune réforme de l'opéra proprement dit.

Il s'en faut d'ailleurs que l'attitude de tous les Encyclopédistes ait été la même à l'égard de Rameau. Ici, des distinctions s'imposent, car si Grimm et Rousseau se montrèrent nettement hostiles au mu-

4. D'Alembert, Fragments sur la musique en général et sur la nôtre en particulier (1773).

5. Grimm a longuement insisté sur l'invraisemblance de l'opéra français; il écrit à propos du Turc des Lettres persaiirs qui va à l'Opéra : « Si j'étais Turc, et que je visse l'Opéra de Paris pour la première fois, je ne pourrais m'empèclier de trouver ce spectacle extrêmement ennuyeux et puéril, parce que le bon sens est choqué à

n 1753, p. ii6.) apparition à Pans ;, La grande saison

à notre vieille musique pour en prendrt l'on peut parler ainsi, no demandent qu'à nouvelles. »

is renonçons impressions-

HISTOIRE DE LA MI'SIOUE

sicien, Uiderol et d'Alembert airectérent à son égard beaucoup moins d'intransigeance.

En ce qui concerne Grinini, nous observerons que SOS opinions varièrent avec une extrême facilité. Dans sa Uttre sur Omphale, il fait l'éloge du récitatif de Hameau; ses jugements sur lUppolijte et sur IHaU'e sont très favorables, mais, déjà, les reproches se font jour dans le compte rendu de Sais oi'i il traite l'harmonie de » mécanique ». C'est la réponse de Hameau à la Lettre sur la musique franraisc de Housseau qui détiiaine la fureur du critique; à partir de ce moment, ses insultes ne cessent point, et la mort de Rameau n'en arrête pas le cours'.

Rousseau, lui aussi, avait commencé par être Ramisle. A Chanibéry, en 1732, il se nourrissail de « son Rameau ». Dans la Préface de son Diclionnairi' , il exposait que ses premières prédilections l'attiraient vers la musique française. Même après son voyage à Venise, il chantait avec délices les opéras de Lulli et cherchait à éciire les Muses galatites dans le goût français2. Au cours d'une lettre datée de 1750 et adressée à (irinim, il trouvait encore des mots aimables pour l'opéra français et vantail beaucoup Dardanus^.

Sa première attaque, au demeurant assez légère, contre Rameau se trouve dans la Lettre à M. Grimm au sujet des remarques ajoutées à sa Lettre sur Omphale ()732). Là, il dénigre les ouvrages du musicien, et soutient que, sauf le principe de la basse fondamentale, ceu,\-ci ne contiennent rien de neuf.

La Lettre sur la musique française vise directement Rameau. Rousseau y expose deu.x points essentiels : l'instrumentation, qu'il veut faible, ell'acée, et la nécessité de la vraisemblance dramatique. Il reproche à Rameau ses entassements harmoniques qui gênent l'e.xpression du chant; il s'élève contre la prépondérance que l'auteur li'Hippolyte attribue à l'harmonie sur la mélodie, et revient sur la question dans l'Examen des deux principes avancés par M. Rameau, où il déclare que l'harmonie produit seulement un eiïet physique et stérile. La Nouvelle Hc'loïse insiste encore sur le côté mécanique et physique de l'harmonie. Rousseau ne craignait pas de proclamer, trois ans après la mort de Bach, que ni la France ni l'Allemagne ne sauraient avoir de musique. C'est pourtant ce même Rousseau, à la fois si injustement passionné et si pénétrant, qui a écrit à propos de Rameau : ci 11 faudrait que la nation lui rendit bien des honneurs pour lui accorder ce qu'elle lui doit*. »

Diderot ne semble avoir montré de l'hostilité contre Rameau que par camaraderie, que par esprit de corps. Il ne faut pas le juger sur le seul Neveu de Rameau, où il a laissé pourtant une bien curieuse description de la manière du musicien : <c II y a de l'harmonie, des bouts de chant, des idées décousues, des fracas, des vols, des triomphes, des lances, des gloires, des murmures, des victoires à perte d'ha-

1. D'après Grimm, « une des conséquences les plus naturelles des principes de Rameau est que. pour faire de la musique, il ne faut rien moins que du génie m (Corri-sp. lilt., juin 1754, II, p. 367-368). Après la mort de Rameau, il traitait ses inventions m de prétendues découvertes ». On a dit que Grimm n'était pas musicien et parlait de la musique en ignorant. C'est là une erreur. Il a composa la musique d'une petite pastorale, la Xanettf.

Page 1