‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 76 sur 364 · Collé, I, p. 29a · texte numérisé non relu

Collé, I, p. 29a

.3. Journal de Collé, I, p. 321-322.

4. Voir Mercure, oclobre 1751, p. 173, et Mercure, décembre l7ol,

lé, lûco cit., I, p. 375-370.

i-cure, décemlire 1751, p. 177-179.

pri-s M. Malherbe (tome XI des Œuvres complètes). Nélée et

remonterait aux environs de 174,t. Zépliyre se placerait entre

755 (p. Lxv du Commentaire bibliographique).

resp. lut.. H, p. 436.

'd. .« Le prologue qui fait allusion à la naissance du duc de

intitulé la Naissance d'Osiris; il a été jugé détestable d'une

re, mars 1760, p. 179.

0 catalogue de M. de Laja

belles que Hameau ait faites, et personne n'ignore combien il excelle dans cette partie; elle est destinée à peindre les désirs et la joie de la France par l'heureux événement de la naissance de M^' le duc de Bourgogne... La fin est une fanfare où les cris de vive le roi sont admirablement bien imilés par des instruments qui montent et font assaut les uns sur les autres''. »

A partir de ce moment, la carrière dramatique de Rameau est, pour ainsi dire, terminée. Il avait fait représenter, soit chez le duc de Richelieu, soit chez la Pouplinière*, deux petites pièces en un acte, ISélée et Myrthis et Zéphirc; il ne produit plus alors que des bluettes pour les spectacles de la cour. Ce sont : naphnisct £(;(t! (30 octobre 1733), les Sybari/es (1753), la pastorale de Lysis et Délie (1733), Anacréon (1754), dont Grimm trouvait la musique encore plus mauvaise que les paroles, bien que celles-ci fussent de l'infortuné Cahusac^ et la Naissance d'Osiris ou la Fête de Pamitie, représentée à Fontainebleau en novembre 1754, à l'occasion de la naissance du duc de Beriy et cruellement critiquée par l'auteur de la Correspondance littéraire "'.

En 1760, Rameau donne son dernier ouvrage à l'Opéra, la comédie-ballet des Paladins (12 février 1760), dont le livret, anonyme, était tiré d'un conte de La Fontaine. Comme pour Platée, le public protesta contre ic le mélange de sérieux et de comique que présentait la pièce; « ce mélange, déclarait sévèrement le Mercure, a révolté la plus grande partie des spectateurs, qui voudraient voir ce théâtre uniquement consacré au genre noble" ». On avait accusé successivement Bernard, l'abbé de Voisenon et M. de Tressan de la confection du poème, lequel revenait à Monticourt'2. Collé trouve celui-ci détestable: « Je ne craindrai pas d'avancer que feu Cahusac est un second Quinault en comparaison du polisson qui a gâché les paroles de ce ballet. » Mais la critique ne s'arrête pas au livret; elle s'étend encore à la musique, que Collé déclare « d'un ennui insoutenable», ajoutant : « Rameau a paru radoter, et le public lui a dit qu'il est temps de dételer". » L'ouvrage tomba rapidement.

Désormais retiré du théâtre ''>, Rameau put jouir du succès de quelques-unes de ses œuvres précédentes, auxquelles, en dépit du mouvement boulïonniste, qui n'était que ralenti, le public ne ménageait plus les applaudissements'^ Il avait alors 77 ans. «De jour en jour, j'acquiers du goût, disait-il à Chabanon, mais je n'ai plus de génie. » Sentant lui-même, comme il le déclarait au président de Brosses, que sa vieille tète n'avait plus d'imagination, il se remet à écrire des ouvrages théoriques. On peut dire que Rameau travailla jusqu'à sa mort. En 1760, il publie le Code de musique pratique, qui est, en quelque sorte, son testament musical; puis, viennent l'Origine

13. Sourual de Collé, II, p. 210-212. La Correspondance littéraire, à propos des Paladins, rapporte que Rameau se plaignit à juste raison de la chute prématurée de cet ouvrage. « Ceux qui trouvent le genre bon et qui admirent les autres ouvrages de M. Rameau, écrit Grimm, auraient de la peine à nous dire les raisons qui leur ont fait abandonner celui-ci. Il est certain que l'opéra des Paladins est aussi agréable pour la musique qu'aucun autre opéra de Rameau. » [Cor' resp. litt., mars 1760, IV, p. 198.)

14. II convient cependant de remarquer que, quoique temps avant sa mort, Rameau fil répétera l'Opéra une partition restée inédite, Abaris ou les Boréades; les répétitions furent interrompues par sa mort. (Cf. notre article du 15 juin 1907 dans le Mercure nui.\ical.)

15. On lit dans le Censeur hebdomadaire de 1766, t. V : « Nous n'avons rien à ajouter ici aux applaudissements que le public donne à Dardanus... Eh! qui n'admire pas la verve sublime et la profonde harmonie de l'Orphée de la France ! »

I11STQ1HE DE LA MVSIQVE

des sciences (1761) et la Lettre aux pliilosophes concernant le ciirps sonore et la sympathie îles tons (1762).

L'amn-c i>i ÛL-i'ileiite, sa ville natale, en guise d'hommage, l'a\ait ('.\rnipt(^, lui et ses descendants, de l'inijii'il lie la taille', et Maret rapporte que ses lettres de nol>lessc furent enregistrées au Parlement en 1764, peu de temps avant sa mort-. Kii dépit de l'àgc et de la maladie qui comnieiuait à le miner, il se préparait à diriger les répétitions d'un opéra en cinq actes, Abaris ou les Boréades, lorsque, atteint d'une fièvre pernicieuse, il mourut le 12 septembre 1764, ;\ l'âge de 81 ans; on l'enterra à Saint-Eustache. Deux services solennels eurent lieu après sa mort, l'un, le 27 septenbre, chez les Pères de l'Oratoire et avec la participation des artistes de l'Opéra; l'autre, le 11 octobre, aux Carmes du Luxembourg.

Au physique, l'homme était très grand, très maigre et ressemblait étonnamment à Voltaire. Les portraits de Heslout et de Caffieri nous le montrent avec un visage dur, énergique et fermé. On le voyait constamment arpenter le Palais-Hoyal et les Tuileries, son chapeau sous le bras, et Carmontelle en a laissé un croquis des plus expressifs qui le représente de haute stature, mais d'aspect débile, sec et courbé, perché sur de longues jambes, et de profil anguleux et tourmenté.

Au moral. Hameau était d'humeur revêche et sombre. Chabanon raconte que « toute la première moitié de sa vie est absolument inconnue », et qu'il n'en a rapporté aucune particularité à ses amis, ni même à M'"" Hameau, sa femme'*. Il vivait solitaire, enfermé en lui-même, et avait peu ou point d'amis. Jamais il ne se montra courtisan; on ne possède de lui que quelques rares dédicaces, alors que tous les musiciens de son temps déposaient sans cesse leurs tlatteries aux pieds de leurs protecteurs. Hautain et brusque. Rameau avait le caractère grincheux, autoritaire; il fut une sorte de tyran domestique. Piron, qui l'a connu d'assez près, en trace l'ironique portrait que voici : « Caractère sombre, intéressé, dur, glorieux, insociable, n'aimant, n'estimant personne, ne voyant que ses chambrées, n'écoutant que l'orchestre et les applaudissements, et ne goûtant que la mélodie des écus du trésorier de l'Opéra. » Que Rameau fût intéressé et avare, c'est ce qu'il ne paraît malheureusement pas possible de nier'; mais Piron exagère évidemment la malveillance en prétendant que Rameau n'aimait que la mélodie des écus. Quant à Collé, toujours disposé à répandre quelque fiel, il terminait un porlrait très poussé au noir, par ces mots : « C'était d'ailleurs le mortel le plus impoli, le plus grossier elle plus insociable de son lemps; voilà son oraison funèbre^. » Bref, Rameau ne jouissait pas d'une bonne réputation; cependant, divers témoignages, ceux de Balbàtre et de Dauvergne, lui sont tout particulièrement favorables, en montrant qu'il aimait à rendre service aux artistes".

A la vérité, c'était l'art qui le possédait tout entier, et ce bourgeois hargneux cachait une grande

1. Rameau avait été reçu, en juillet 175Î. membre do la société littéraire du présideut Rli-hard de Ruffey, à Dijon, et, le ti mai 1761, membre de l'Arademie de Dijon.

-. Sur l'anoblissement de Rameau, consulter l'article de M. A. Pougin dans le Bulletin de Ihistoive du théâtre d'avril 190i, et celui de M. L. de Grandmaison dans la Réunion des sociétés îles beaux-arts des départements (1904); Essai d'armorial dis arlisles français, p. 648-650.

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