M. Brenet, (n Jcunnse rff Rameau, loco cit
8. Ibid., p. 872. Les Principes d'acoustique et de musique ou système général des interealles des sons et son application à tous les systèmes et instruments de musique de Sauveur parurent en 1704,
firsTornE de la mcisique
XVII' ET XVIII" SIÈCLES
FRANCE nm
ou\Ta;,'e lliéorique le plus essentiel; c'est dans ce livre qu'il a jeté les bases de toutes ses innovations, et la plupart des publications tliéoriqnes qu'il foia par la suile ne seront que des gloses, que des développeniiMits du Traité initial, ou bien dés écrits do poli^Miique suscités par les attaques ou les observations quL' l'on dirigea contre son système. Malheureusement, la lecture du livi^ de Rameau exige beaucoup de patience, en raison de sa rédaction confuse, obscure, souvent contradictoire, et il est fort heureux, pour les idées du maître bourguignon, que d'Alembert se soit chargé de les mettre au point, dans un petit écrit aussi clair que précis , intitulé : lilémentx de musique théorique et pratique, suivant /es principes de M. Rameau, éclaircis, développée et simplifiés^ (1752).
Fondé sur une conception toute nouvelle du phénomène de l'accord, le système de Rameau- part d'une proposition de Descartes, aux termes de laquelle toutes les consonances sont contenues dans les six premiers nombres. Observons, d'ailleurs, que Zarlino et Francisco Salinas se préoccupent également de l'importance du nombre six, en lequel Salinas enferme l'harmonie tout entière^. Rameau prend pour base le corps sonore « tel qu'il peut l'observer dans la nature », c'est-à-dire la corde divisée d'après une progression régulière permettant de produire la série des intervalles, puis il la fait résonner : il obtient alors, outre le son principal, deux autres sons à l'aigu de celui-ci, à savoir : la douzième, c'est-à-dire l'octave de la quinte, et la dix-septième, c'est-à-dire la double octave de la tierce majeure. En d'autres termes, pour tout corps sonore, au son fondamental ou générateur viennent se joindre, comme harmoniques, sa douzième et la tierce située immédiatement au-dessus. L'accord s'engendre donc par la consonance des harmoniques d'un son principal.
Un second fait invoqué par Rameau consiste en la ressemblance qui existe entre un son quelconque et son octave. Dès lors, toute sa théorie s'échafaude; la quinte et la tierce pouvant être abaissées d'une ou de deux octaves sans modifier le principe de l'accord, «t pouvant par conséquent être rapprochées de la note de base, il s'ensuit : 1° que l'accord parfait, produit par la série naturelle des harmoniques et le plus naturel des accords, se compose de deux tierces superposées; 2" qu'il est loisible d'obtenir tous les renver- •sements de cet accord, renversements qui résultent des positions des harmoniques générateurs. Harmoniquement parlant, ut-mi-sol est l'équivalent de misol-ut. C'est là une découverte précieuse et géniale, car, au lieu déconsidérer chaque renversement comme un accord ayant sa personnalité propre , on n'envisagera dorénavant les divers renversements que comme différents aspects d'un même accord, et Rameau, résumani sou système en un aphorisme bien xvMi' siècle, déclarera « que la raison ne nous met sous les yeux qu'un seul accord' ».
L'accord de 7= s'engendrait par l'adjonction d'une
1. Ces J'Uriitcitts furent traduits en allemand par Marpurg et parujenl à Leipzig en 1T5T. Rameau, par une lettre insérée dans le Mercure do mai 1752, rendait hommage, dans les termes suivants, au travail de d'Alembert : « M. d'Alembert a cherché dans mes ouvrages d«s vérités à simplifier, à rendre plus familières, plus lumineuses, et, par conséquent, plus utiles au grand nombre. Enfin, il m'a donné la consolation de voir ajouter à la solidité de mes principes une sîmpli- •cilé dont je les sentais susceptibles, mais que je ne leur aurais donnée qu'avec beaucoup de peine et peut-être moins heureusement
2. Voici quelques ouvrages concernant le Traitt' rie 'Hclmholtz, Théorie physiologique de la musique, 1868.
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tierce mineure à l'accord parfait. Quant à l'accord mineur, sa genèse s'expose et se développe surtout dans la Itémonstration du principe de l'harmonie (17;i0^% où Rameau, moins catégorique que Zarlino au sujet de la résonance inférieure, forme l'accord mineur en prenant trois sons ayant tous trois un même harmonique commun, à savoir, la quinte de l'accord. Ainsi : ((/,, intn,, soli comptent .so/j parmi leurs harmoniques.
Voici comment Rameau expose la genèse du mode mineur. Supposons avec le corps sonore donnant iit comme fondamentale, quatre autres corps, les deux premiers à la quinte et à la tierce au-dessus du premier, et les deux derniers à la quinte et à la tierce au-dessous du premier. En faisant résonner le corps ut, on voit les deux premiers « frémir » dans leur totalité, tandis que les trois derniers ne frémissent que partiellement; l'un se divise en trois parties égales, et l'autre en cinq.
Si on désigne par i la corde qui donne le son fondamental ut . les deux harmoniques supérieurs
\ 1 (quinte et tierce) seront représentés par - et -, tandis que les cordes donnant la quinte et la tierce audessous le seront par .'j et ."i. On aura ilonc les deux séries suivantes :
Harraonir]ues Ilarmoiiiquos
Eu vertu du principe de l'idenlité des octaves, et en considérant, au lieu des longueurs de cordes, les nombres de vibrations. Rameau substitue à ces deux séries les deux séries suivantes :
On voit alors que la différence entre A et A' réside simplement en la transposition des tierces, car dans 6 0,6
tandis que dans A', on a la même quinte formée des 6 , 5 77 et -.
et la différence de cet arrangement des tierces constitue celle des modes majeur et mineur. Rameau conçoit donc ces deux modes comme opposés l'un à l'autre.
De la sorte, les deux accords majeur et mineur ne se placent pas sur le même rang; si l'accord majeur est fourni par les harmoniques supérieurs d'une corde vibrante, le mineur est sugçjéré par plusieurs cordes ayant une longueur qui leur permette de vibrer par sympathie avec le son fondamental générateur des harmoniques supérieurs. Rameau qualifiait de fré- ■missement cette vibration par sympathie.
Il résulte de là que, bien que fourni par la nature, l'accord mineur n'est pas aussi naturel que l'accord parfait majeur; Rameau appelle celui-ci le souverain
Ein Wink Rameau s far die rrsten harmonischen Ubùnfjen {Al/ijcmeini: vmsiMische Xeitunii, 1869, n° 4). — Ch. Henry, la Théorie de Hameau sur la musique, 1887. — Hugo Riemann, Geschichte der ilusiklheorie, 1S08. — V. d'indy. Cours de composition musicale, 1" livre. Histoire des théories musicales, p. 133 {Itevue musicale, l" avril 1906). .