M. Brenet, la Jeunesse de Rameau, loco cit
5. D'après les Nouvelles littéraires, Diderot aurait prêté sa plume à Rameau pour la rédaction de cet ouvrage. Bien que la collaboration de Diderot ne soit pas autrement établie, un passage do Burncy semble de nature a conlirnier le dire de lîavual {XoHvelles littéraires, l,
de l'harmonie. Ainsi s'établissait un critérium de beauté bien caractéristique de l'époque, critérium selon lequel la beauté d'une chose se mesurait à sa naturalité.
Le centre harmonique et la basse fondamentale constituaient deux autres inventions aussi intéressantes. Rameau expose sa conception du centre harmonique au chapitre xvui du deuxième livre de son Ti'aité : « Le principe de l'harmonie, déclare-t-il, ne subsiste pas seulement dans l'accord parlait dont se forme celui de la T", mais encore, plus précisément, dans le son grave des deux accords, qui est, pour ainsi dire, e-ccntre harmonique, auquel tous les autres sons doivent se rapporter. » Ce son f,'rave fondamental devient le principe de la lasse fondamentale, « unique boussole de l'oreille et guide invisible du musicien ' ». La basse fondamentale se forme des notes fondamentales des accords; elle ne comporte que les notes essentielles du ton, sur lesquelles elle n'admet que des accords parfaits ou de septième. Alors, avec quelques intervalles disposés par tierces, intervalles dont le principe subsiste dans un son unique, on pouvait expliquer toute la musique en son infinie diversité^. C'était là un trait de génie, et de plus, ainsi que le fait observer M. Quittard, « la simplicité, au regard des hommes de ce temps, constituait le caractère de l'évidence' ».
Il ne faut pas confondre la basse fondamentale avec la basse continue, car la première peut ne pas être écrite et ne dépend pas de l'artiste qui réalise celle-ci. Elle consiste, nous le répétons, en la note génératrice, réelle ou sous-entendue, de l'accord qui lui est superposé *•. Ainsi, la basse fondamentale de l'accord:
La basse fondamentale ne porte que des accords parfaits ou de septième, tandis que la basse continue porte des accords de toute espèce =. Cette théorie de Rameau, reprise par d'Alembert et plus tard par Helmholtz, est de la plus haute importance au point de vue théorique, car, pour la première fois, la théorie de la consonance se trouvait placée sur une base scientifique'.
Aux yeux de Rameau, l'harmonie doit avoir pour objet essentiel de préciser de façon aussi claire que possible la tonalité, le sens tonaï. Son harmonie est une harmonie d'enchaînement d'accords; elle présente, dans la musique, l'élément logique, l'élément intellectuel. Rameau réintègre, en quelque sorte, dans la tonalité, des accords qu'on ne savait comment classer avant lui, et qui, pour cette raison, se trouvaient affectés d'une individualité distincte. Ainsi, les accords énumérésparDandrieu dans ses Principes d'accompagnement, la sixte doublée, la petite sixte, la fausse quinte, le triton, ne sont que des renversements
1. Génération harmonique, préface. Sur la théorie musicale de Rameau, on consultera le livre do M. Cli. Lalo, Essai d'une estllélique musicale scienti/ique, p. 82 et suiv. (1008).
2. Rameau a cependant admis des accords qui, comme celui de sixte ajoutée, ne se construisent pas par tierces.
3. H. Quittard, Revue d'histoire et de critique musicales, 1902, p. 211.
4. Dans la Démonstration du principe de l' Harmonie, œuvre de maturité, Rameau e.xplique que le rondement de sa découverte consiste en ce que le son musical est un compose contenant une sorte de chant intérieur. Déjà, Descartes et les théoriciens du .\vii« siècle avaient pressenti quelque chose de la complexité des sons musicaux. Cf. A. Pirro, Descartes et la Musique (1907).