Traité, p
de l'accord parfait ou de celui de septième de dominante. De même, l'accord de neuvième avec quinte
superflue (augmentée)
n'est envisagé
par Rameau que comme un accord appelant une cadence. Rameau simplifie l'harmonie, la rend claire et logique. Il fut un grand artisan de la tonalité.
Aussi repousse-t-il les gammes qui ne sont pas construitescomme la gamme diatonique, et voilà pourquoi il témoigne de l'hostilité à l'égard du plain-chant, qui, selon lui, fut cause de l'infériorité des anciens".
Le Traité de Rameau, outre l'établissement d'une gamme mineure qu'on a appelée plus lard la gamme de Rameau^, et un système destiné à simplifier les signes de mesure, contient, au chapitre xix du deuxième livre et dans le quatrième livre, quelques principes d'esthétique et d'accompagnement.
Rameau déclare d'abord que « la mélodie vient de l'harmonie », idée qu'il développera plus tard dans ses Observations sur notre instinct pour la mudque et sur son principe (1754)^ : « Dès qu'on veut éprouver l'effet d'un chant, il faut toujours le soutenir de toute l'harmonie dont il dérive; c'est dans cette harmonie même que réside la cause de l'elfet, nullement dans la mélodie quih'en est que le produit. » Plus loin (quatrième livre), il s'occupe du problème de l'expression sentimentale, problème que, nalurellement, il rattache à l'harmonie. 11 confère, en effet, aux accords des propriétés expressives; selon lui, chaque agglomération sonore correspond à une association d'idées. C'est que non seulement il clierche à rendre l'harmonie claire, mais encore à lui imprimer une grande force d'expression. « Il est certain, assure Hameau, que l'harmonie peut émouvoir en nous dilférenles passions, à proportion des accords qu'on y emploie. Il y a des accords tristes, languissants, tendres, agréables, gais et surprenants; il y a encore une certaine suite d'accords pour exprimer les mêmes passions '". »
Pour les ic chanis d'allégresse et de magnificence », il faut des accords consonants; emploie-t-on des dissonances, celles-ci doivent se présenter de façon naturelle, et il convient de les préparer.
La « douceur» et la « tendresse » s'expriment par des dissonances mineures préparées, les « plaintes » par des dissonances « par emprunt et par supposition )'", également mineures; les « langueurs » et les <' souffrances », par les dissonances par emprunt, et surtout par le chromatique. Quant à la fureur et au désespoir, sentiments tendus, ils s'accompagneront de dissonances non préparées.
Pour Rameau, les tonalités, elles aussi, revêtent un caractère expressif. Ainsi, les tons majeurs d\it, de ré, de la, conviennent fort bien aux « chants d'allégresse »; ceux de fa et de sH> s'adaptent aux « tem-
6. On remarquera que la « prime » de M. Riemann n'est autre que la basse fondamentale de Rameau. Les clavecinistes, avant Rameau, faisaient tous, sans s'en flouter. de la basse fondamentale.