‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 86 sur 364 · Uid., acte 111, scène i · texte numérisé non relu

Uid., acte 111, scène i

que les mélodies italiennes à (la capo. Quelques-uns même, de forme très libre, ressemblent à des airs allemands, tel, par exemple, l'invocation de Phèdre à Vénus dans Hippolyte''.

On peut citer, parmi les airs de forme lied, celui d'HippoIyte : « Ah! faut-il un jour"; » celui d'Iphise dans Dardanus : « Cesse, cruel amour'; » l'air des Plaisirs, du même Dardanus' ; celui de Vénus dans le prologue de Dardanus, air en fa, avec cadence à la dominante et seconde partie en sol mineur, etc.

Quant aux airs de dispositif binaire, ils sont beaucoup moins développés, et, le plus souvent, ils se glissent dans le récitatif lorsque la tension lyrique augmente. Rameau greffe ainsi, sur la tige un peu raide de ses récits, une inflnité d'airs tendres, d'airs gracieux ou fiers, qui les diversifient de la plus heureuse façon ^. Ainsi, le II" acte d'Hippolyle présente dans la deuxième scène (Pollux, Télaïre) un bon exemple de la grâce flexible avec laquelle Rameau distribue son lyrisme. Après un récit de Pollux, commence « l'air tendre » : « Lorsqu'un Dieu s'est laissé charmer, » auquel Télaïre répondra par un « air gracieux » : (( Si de ses feux un Dieu n'est pas le maître, » etc. Il s'ensuit une sorte d'arioso souple, onduleux et vivant, dans lequel le jeu tonal projette des lueurs expressives et dramatiques. De même, la scène v du 11° acte de Dardanus se compose d'une série de petits airs français fort courts, enchaînés les uns aux autres et formant un ensemble des plus gracieux.

Il arrive parfois que Rameau, contrairement aux habitudes reçues, se sert d'airs vocaux comme de basses à des mélodies instrumentales. Ainsi, l'air de Diane du Prologue d'HippoIyte et Aricie : « Sur ces bords fortunés, » associe la voix aux seconds violons, pendant que deux llùtes exécutent des broderies. De même encore, l'air de Thésée, au 11= acte de cet opéra : « Sous les drapeaux de Mars, » est doublé par la basse continue, alors que les dessus conservent leur indépendance et leur rôle ornemental.

Qu'il s'agisse d'airs français ou d'airs à reprises, les mélodies vocales de Rameau ne sont jamais indifférentes. Toutes portent caractère, comme on disait alors; tontes revêtent un contour gracieux ou pathétique, s'afflrment avec une noblesse, une fierté qui sont la marque éminente du musicien. On a dit de Rameau qu'il est un grand seigneur en musique. Rien de plus juste. C'est l'air tendre d'Iphise au I""' acte de Dardanus, c'est le délicieux rondeau du même opéra,

7. Dardanus, acte I, p. 53 de la réducliou pour piano et chant {éd. Durand).

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