‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 87 sur 364 · Ibiil., acte V, p · texte numérisé non relu

Ibiil., acte V, p

0. Otto Jabn, dans sa biographie de KIozarl, signale, dans l'œuvre de Hameau, la grande liberté du chant, la fermeté du réciUitif, que soutiennent des accords plus fournis et plus multipliés. (Otto Jabn, 11, p. 198.)

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWAIRE DU CONSE nVATOIIŒ

C'est encore l'air grave d'Anlénor, ou bien, dans la note grave et dramatique, l'air de Dardanus : « Lieux funestes, » celui de Thésée aux enfers dans ilippolyte, etc. Quelques-uns ont un charme triste et poignant. Quoi de plus douloureux que l'air de Phèdre dans Hippolijle, au début si saisissant : u Dieux cruels, vengeurs implacables, x ou que celui d'Iphise dans Dardanus : » Arrachez de mon cœur le trait qui le déchire! » On pourrait multiplier les exemples.

U est, toutefois, un revers à cette brillante médaille, et il convient de reconnaître que les mélodies vocales de Rameau ne constituent pas le plus beau fleuron de sa couronne. On y sent parfois un je ne sais quoi de saccadé et de guindé qui n'avait point échappé à Chabanon. Il semble que le musicien ne s'y trouve pas à l'aise et que les anciennes formes de chant gênent son inspiration. Au contraire, il s'exprime magnifiquement dans les chœurs, toujours pleins d'une sonorité si puissante, tels, dans Castor, « Brisons tous nos fers, » et : « Que tout gémisse. » Ses mélodies instrumentales vont nous le montrer en pleine liberté et en plein génie.

h) SYMPHOiNIES'

Sous cette rubrique, nous étudierons successivement le caractère des thèmes instrumentaux de Hameau, la mise en œuvre de ces thèmes, la fonction expressive de son orchestre et l'instrumentalion. ^l'ous avons dit plus haut que, chez Rameau, le musicien ne se séparait point du théoricien; c'est ce qui résulte, ainsi qu'on va le voir, de l'examen de ses symphonies. Ici, en eflfet. Rameau se montre à nous sous son double aspect de compositeur inspiré et de philosophe, sous sa double face de musicien Imaginatif et d'harmoniste calculateur et rélléclu.

Les qualités essentielles de la musique de Rameau

sont la clarlé et l'expression; la clarté, qui résulte du travail qu'il a fait subir aux agglomérations sonores en les condensant toutes en quelques formules simples, synthétiques ; l'expression, qui résulte de ce que, suivant l'heureuse définition donnée par M. Louis Laloy, la musique de Rameau cherche sa fin en dehors d'elle-même. Cette musique s'efforce de peindre, d'exprimer; elle a une fonction extra-musicale; elle vise sans doute à traduire les sentiments humains, mais aussi et surtout, à transposer des spectacles, des visions, à en caractériser les apparences et la signification profonde. C'est par là que Rameau est un grand, un magnifique musicien.

Tout d'abord, ses thèmes s'offrent à nous comme burinés avec un relief et une fermeté de contours étonnants. Us ont une précision merveilleuse et quelque chose de définitif. Leur clarté tonale est parfaite et leur caractère nettement indiqué.

La clarté lonale provient de ce que, fidèle à son principe qui fait découler la mélodie de l'harmonie, Rameau n'emploie dans ses thèmes que des notes ayant un sens harmonique. Bien souvent, ces thèmes sont des accords déployés, couchés horizontalement en quelque sorte. Toute note étrangère à la signifification harmonique qu'il veut leur imposer en est sévèrement bannie. Leur simple exposé détermine la tonalité avec une clarté qui ne laisse prise à aucune indécision. Les thèmes consonants, formés de l'arpège du ton, clairs, limpides et décidés, interprètent des sentiments de force, de grandeur héroïque, de toute-puissance. Ainsi, le thème de l'entrée des athlètes, dans Castor et. Pollux, n'est autre que l'accord déployé d'u( majeur. Cette mélodie s'expose dans toute sa nudité héroïque et caractérise immédiatement ce que le musicien a l'intention d'exprimer- :

Voici encore, dans ce même opéra, un air de Démons qui n'est constitué que par les notes de l'accord de /(( majeur^ :

\kihir

En outre, et afin d'affirmer encore plus énergiquement la tonalité, Rameau répète certaines notes de ses mélodies, et ces notes ne sont autres que les notes tonales, que celles qu'on appelle en harmonie les « bonnes notes », la tonique, la dominante.

Ces répétitions de « bonnes notes » confèrent aux thèmes une fermeté, une décision tonales inimaginables. Dans le célèbre Rigaudon de Dardanus, il répétera neuf fois la tonique sol :

les révolu haute per beaucoup

s encore ici l'appréciation propliétique de Chabanon îs (ie Rameau : « H n'eut jamais de modèle ni de craignons pas d'affirmer hautement qu'après toutes 0 l'art pourra subir, lorsqu'il sera porté à sa plus :ir ([uelquc peuple que ce soit, alors même, ce sera d'égaler notre artiste dans cette partie et de méri-

ter d'être placé à coté de lui. » [Elot/e, p. 10.) Ceci est à rapprocher de l'opinion de Diderot, qui disait que les symphonies de Rameau dure- . raient éternellement.

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