‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 116 sur 330 · Rapports entre le ton et la gamme. — Le ton · texte numérisé non relu

Rapports entre le ton et la gamme. — Le ton

et la gamme ont donc entre eux de grands rapports, puisqu'ils sont formés des mêmes sons ; aussi sont-ils souvent employés l'un pour l'autre.

La seule différence existant entre la gamme et le ton consiste en ce que, dans la gamme, tous les sons se suivent conjointement, tandis que, dans le ton, ils sont disposés conjointement et disjoinlement. Dans la gamme, on ne trouve qu'une seule forme mélodique, qu'un seul air, parce que les sons s'y présentent d'une manière uniforme; au contraire, dans le ton, la possibilité de varier à l'infini la succession des sons produit une quantité d'airs innombrables.

Gamme d'Ut

Too d'Ut

formé avec les notes

de la gamme d'Ut

Gamme de La majeur

Ton de La majeur formé avec les notes de la gamme de La

Gamme de Sol mineur

Ton de Sol mineur

formé avec les notes

de la gamme de Sol mineur

Dans le courant des entretiens théoriques contenus dans cet ouvrage, on trouvera souvent le mot gamme inployé dans lé sens de ton et vice versa.

4. Nouvelle acception du mot ton. — Nous avons vu, dans notre sixième entretien, qm; le mot ton fut emploj'é, conformément à l'étymologio dont nous avons donné l'explication, pour désigner un son quelconque, considéré à son point de vue de hauteur dans l'échelle générale des sons musicaux. Dans ce sens, le mot ton correspond à ce que nous appelons communément aujourd'hui degré, note. En disant le premier, le troisième, le septième degré d'une gamme, nous entendons ce qu'on appelait autrefois le premier, le troisième, le si'plième ton d'une gamme.

Le premier degré d'une gamme, celui sur lequel elle est établie et qui lui sert de point de départ, était considéré par nos ancêtres comme le premier ton de cette gamme, laquelle prit alors le nom de son premier ton, c'est-à-dire du premier son formant son premier degré. Par exemple, le piemier ton d'une gamme étant un !(^ on l'appela gamme dans le ton d'ut, et on entendit par ton d'ut, l'ensemble des notes de la gamme d'ut. Une gamme ayanl pour premier degré un .si bémol fut dite gamme dans le ton de si bémol, parce que si bémol en était la première note, le premier ton.

Telle fut l'origine du mot ton, considéré cette fois, non plus comme intervalle entre deux notes conjoinles, mais comme ensemble des éléinetits sonores et constitutifs d'une gamme: De ton dérivèrent Ionique, ou premier degré d'une gamme, et tonalité, terme par lequel on désigne les principes généraux régissant la constitution de la gamme.

5. Système de la tonalité moderne. Formation des gammes et des différents tons. — L'histoire de la musique nous apprend que plusieurs systèmes de musique sont nés des divers procédés de combinaison des sons. Les systèmes de musique des anciens Grecs, du plain-cliant liturgique, des peuples d'Orient et des peuples européens modernes, sont autant |de systèmes différents de lonal'Ués.

Dans les études faisant l'objet de notre travail, nous nous occupons spécialement de la tonalité appartenant au système musical européen moderne, lequel eslétabli sur la gamme diatonique.

Cette gamme, telle que nous la connaissons jusqu'ici, a été appelée gamme naturelle d'ut, parce que la première note, qui est son point de départ, estuniti. Kn prenant pour point de départ toute autre note qu'u(, on peut obtenir d'autres gammes, à la condition d'observer exactement la disposition de la gamine d'ut, et de la reproduire fidèlement, soit plus ■ haut, soit plus bas, dans sa forme connue.

De la sorte, la gamme d'ut est considérée comme le ?no[iè/e sur lequel viennent se reproduire d'autres gammes, et prend, à cause de cela, le nom de gamme modèle. Toutes ces autres gammes ne sont que la répétition de la gamme d'ut, exécutée plus haut ou plus bas. On obtient alors d'autres gammes que l'on désigne par le nom de la note servant de point de départ. Telles sont les gammes de ré, de mi. de fa, de sol, de la, de si, ainsi appelées parce qu'elles commencent par un ré, un mi, un fa, un sol, un la, un si. — Nous avons encore vu que la gamme diatonique d'ut pouvait être transformée en gamme chromatique, en divisant, au moyen du dièse ou du bémol, chacun de ses intervalles de lims en deux demi-tons, de manière à former une gamine procédant exclusivement par demi-Ions. On se rappelle que la gamine chromatique contient 12 sons différents.

Chacun de ces douze sons naturels et altérés peut

TECIIMQI'E. ESTHÉTIQUE ET PÉDACOGIE

servir de point île départ aune gamme nouvelle. Un peut donc ajoutev aux noies naturelles de la gamme diatonique les noies altérées de la gamme chromatique, et obtenir la gamine des Ions d'ut dUse, de rc bémol, de mi l-icinol, de fa dièse, de sol bi'mol. de la bémol, de si Ixinol. etc .

On peut voir, dès à présent, les ressources innombrables oll'ertes au compositeur pai' l'emploi des divers ton^ dont rensemble forme notre lomdilé moderne.

Pénétrons maintenant dans l'analyse des lois et des principes de ccltfflonulitr.

Rappelons-nous d'abord que la ijninme diatonique naturelle et modèle d'ut renferme.

5 Ions placés

S entre le l'^ iH le - 2^ -

î<^ de 3« -

t le

clSdomUonsplacés] ^nlre ><= ^^^ ,,

•i" ileïré.

Si nous prenons pour point de départ chacune des notes de cette gamme, en n'utilisant exclusivement que les notes de la gamme d'»/, nous obtiendrons les successions conjointes suivantes :

En examinant avec attention les gammes du précédent tableau, nous reconnaîtrons facilement que les deux demi-tons n'y occupent pas les mêmes places que dans la gamme modèle d'ut. A cause décela, les espaces des <o»is sont également changés. Il en résulte que ces gammes ainsi présentées ne reproduisent nullement la gamme modèle, dans la disposition de ses tons et demi-tons, lîn exécutant ces gammes sur un instrument de musique quelconque ou en les chantant avec la voi.t, l'oreille reconnaîtra facilement qu'elles ne produisent pas un chant, un air, absolu-

ment semblables à ceux de la gamme modèle. Ces gammes, ainsi formées, seraient donc incorrecte.s.

Afin de rétablir, dans ces gammes incorrectes, l'ordre régulier des tons et dos demi-tons, tel qu'il se trouve dans la gamme modèle, on a recours aux altérations et on élève au moyen du dièse ou on abaisse au moyen du bémol l'intonation de certains sons.

Dans la gamme commençant par ré, en élevant d'un demi-Ion cliromati(|ue au moyen d'un dièse le fa et 1'»/, on obtient les ilemi-tons à la place voulue, c'est-à-dire entre les troisième et quatrième degrés et les seplièmo et huitième degrés.

degrés

Dans la gamme commençant par mi. en diésant le fa, ïnl, le koI, le ré, on rétablit l'oi'dre nécessaii-e des tons et des demi-tons.

Dans la gamme ayant la note fa comme point de départ, on abaisse le si par un bémol, et alors le premier demi-ton se trouve placé comme il doit l'être entre le troisième et le quatrième degré.

Dans la gamme commençant pas sol, on hausse le /■(( d'un demi-ton au moyen du dièse; dans celle commençant par /a, on dièse \e fa, Vut elle sol: enfin dans la gamme ayant si pour premier degré, on met des dièses devant le fa, l'ut, le sol, le ré, le la. Ainsi modifiées, ces gammes ont leurs cinq tons et leurs deux demi-tons régulièrement placés.

En comparant ces diverses gammes dans leur seconde forme modifiée et correcte, avec la gamme modèle d'î(<, on observera qu'elles reproduisent à des degrés plus ou moins élevés, premièrement la forme, secondement Vair de cette gamme modèle.

On se rend compte par là de toutes les modifications pouvant être obtenues au moyen de signes d'altération. On voit en outre que chaque gamme exige l'emploi d'un certain nombre d'altéiations pour se trouver avec une forme absolument identif]ue à celle de la gamme modèle. On voit, en troisième lieu, que le nombre et l'espèce des altérations ne sont

pas semblables dans Loutes les gammes : l'une prend un dièse, une autre en prendra trois, une autre enlln pourra réclamer l'usage du bémol.

Ces différents points étaient utiles à démontrer clairement.

Il s'agit maintenant de savoir : 1° quel est le principe originaire de la gamme ; 2° dans quel ordre les différentes gammes (ou les différents tons) se produisent; S" quel est le nombre et l'espèce des altérations entrant dans la formation de chaque gamme, et dans quel ordre ces altérations sont établies.

Tel sera l'objet des lignes suivantes.

6. Principe originaire de la gamme. — Nous avons parlé, dans un autre entretien, du phénomène naturel de la résonance des corps sonores. Nous savons déjà qu'en mettant en vibration un corps sonore on entend, outre un son principal générateur, celui que notre oreille apprécie le mieux en raison de sa prédominance, d'autres sons accompagnant le son générateur, appelés sons harmoniqui's.

En effet, si on fait résonner par exemple une grosse corde d'instrument, une oreille exercée peutentendre un son principal avec lequel viennent se confondre deux autres sons aigus, dont l'un est la douzième juste au-dessus dn son principal, c'est-à-dire l'octave de la quinte Jtis(e de ce son, et l'autre la dix-septième majeure au-dessus de ce même son, c'est-à-dire la double octave de sa tierce majeure.

son générateur Le chant formé par ces trois sons

serait parfait si la voix humaine était assez étendue pour exécuter d'aussi grands intervalles. En mettant ces trois sons en rapport de voisinage pour en faciliter l'exécution, on obtient un accord composé d'un son principal (son grave générateur), de la tierce majeure et de la quinte juste de ce son.

Telle est la naissance de l'accord auquel on donne le nom d'accord parfait, parce qu'il est l'ouvrage de la nature.

Le principe d'un son générateur portant avec lui ses harmoniques étant connu, la génération des autres sons, c'est-à-dire la production des autres sons du système musical va en découler tout naturellement.

En prenant, par exemple, le son ut comme son générateur, nous voyons que le prcjmier son harmonique nouveau produit après le son générateur est sa douzième juste, qui, ramenée à l'état d'intervalle simple, donne une quinte juste, appelée sol. En considérant à son tour ce sut comme son générateur, ce sol sera accompagné de ses harmoniques ré, si.

majeure

hapmoniquoa

son çéoérateur

d'où résulte un nouvel accord parfait

Voilà donc de nouveaux sonj qui, ajoutés aux trois précédents, nous donnent la succession suivante : ttt, mi, sol, si, ré.

En raisonnant logiquement, on considère que cet ut générateur de sa douzième juste so^ peut lui-même être engendré par un autre son placé à sa douzième inférieure, donnant l'intervalle simple de quinte inférieure. Or, le son générateur produisant à l'intervalle de douzième juste l'harmonique ut,esl fa, dont les harmoniques sont ut, fa :

majeure

d'où résnlle l'accord parfait suivant :

son générateur

Nous voilà donc en possession de trois accords

naturels

produisant la succes-

sion de ces sept notes : fa, la, ut, mi, sol, si, ré. En plaçant ces sept sons en l'état de voisinage le plus proche qui est l'état conjoint, nous obtenons la succession conjointe suivante dont est formée la gamme d'ut que nous connaissons :

'> » o^> ° - ° " r II

ut, Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, Ut,

Cette gamme d'ut est donc engendrée par trois sons principaux : 1" le son ut; 2" la quinte supérieure de ce son; 3° sa quinte inférieure. Ces trois sons forment avec leurs harmoniques l'ensemble des sons de cette gamme. Ces trois sons principaux sur lesquels sont établis les trois accords jjarfaits générateurs de la gamme sont placés sur les premier, quatrième et cinquième degrés de la gamme. On doinie à ces trois degrés le nom de notes tonales, parce que c'est par eux que le sens tonal de la gamme est caractérisé, d'où renonciation suivante : On appelle, dans une gamme, notes to.nales, les trois notes sur lesquelles sont placés les trois accords parfaits générateurs de cette gamme. On peut donc déduire de ce qui précède que notre système de tonalité moderne n'est pas un produit direct du cerveau humain, puisqu'il émane du phénomène de la résonance donné par la nature. L'homme n'a fait que s'approprier, en les développant par la science, les éléments fournis par la nature : c'est déjà beaucoup!

Ce qui vient d'être expliqué au sujet de la formation naturelle de la gamme d'ut, peut être également appliqué à toutes les autres gammes coniincnçant par toute autre note qu'ut.

Chaque gamme est engendrée, comme cela a lieu pour la gamme d'ut, par un son primordial qui lui

TECHNIQUE, ESTRÉTIQVE ET PÉPACOG/E

donne son nom et par les quintes justes supérieure et inférieure de ce son donnant trois sons sur lesquels sont placés les trois accoi'ds parfaits générateurs- Chaque gamme a donc comme la gamme d'ut ses trois noti's lonaks placées sur les premier, quatrième et cinquième degrés.

Il fallait choisir pour la démonstration théorique un type servant de modèle. La gamme d"u( a été choisie, parce qu'elle ne donne que des notes simples, non altérées, c'est-à-dire naturelles.

7. Nom particulier donné à chaque degré de la gamme. — Chaque degré de la gamme diatonique reçoit un nom particulier en rapport avec la fonction qu'il y remplit, avec le ranj qu'il y occupe et avec certaine propriété qui le caractérise.

La fonction (ou le rôle) d'un degré d'une gamme consiste dans la part qu'il prend à la formation tonale de cette gamme.

Le ;'a)i(/ qu'il occupe dans la gamme dépond de son numéro d'ordre dans la succession de sous composant cette gamme.

Enfin, chacun des sons de la gamme alfecte notre oreille d'une manière particulière en raison de certaines propriétés caractéristiques : les uns donnent une iilée de repos plus ou moins complet, tandis que les autres excluent celte idée et semblent se porter attractivement vers les premiers.

Nous allons analyser la fonction et la propriété de chaque degré de la gamme :

Le premier degré s'appelle note tonique ou simplement tonique, parce qu'il donne son nom au ton formé avec les notes de la gamme dont il est le son primordial et générateur. C'est sur la tonique qu'est établi l'accord parfait du ton,el c'est elle qui donne le sens le plus caractérisé de repos, de fin dans un chant.

Après la tonique (1" degré), le degré le plus important dans la gamme est le cinquième, appelé note dominante ou simplement dominante, en raison de la fréquence de son emploi et aussi parce qu'il est le seul, avec la note tonique appartenant à deux accords générateurs, ce qui explique sa prépondérance tonale.

Accord générateur

Accord générateur

=5iF

tonique

Sol dominante

Dans l'accord parfait, la dominante est la note la plus élevée et domine les autres notes de cet accord. Le septième degré de la gamme s'appelle note sensible ou simplement la sensible, à cause de sa tendance attractive vers la tonique qu'elle laisse impérieusement désirer el pressentir. En chantant la gamme d'ut, si on s'arrête sur le si ("" degré), on sent très bien qu'une autre note doit forcément venir après pour donner l'idée de repos ou de conclusion. La note sensible, placée un demi-ton diatonique au-dessous de la tonique, se porte naturellement vers elle, d'où sa sensibilité appellative.

Nous verrons plus tard dans quel cas le septième degré de la gamme, se trouvant placé à l'intervalle d'un ton de la tonique, perd sa qualité de sensible et est alors appelé sous-tonique.

Les noms donnés aux autres degrés de la gamme se rapportent à leur voisinage avec la tonique ou la dominante, les deux notes principales du ton. Le second degré, placé au-dessus de la tonique, s'appelle sus-tonique. Le troisième degré a reçu le nom de îJzédiafUe, -que justifie sa position à mi-chemin entre la tonique et la dominante. Elle tient le milieu dans l'accord parfait. Le quatrième degré, placé au-dessous de la dominante, prend le nom de sous-dominante, tandis que celui de sus-dominante est donné au sixième degré de la gamme, placé au-dessus de la dominante. Le huitième degré, qui est la tonique transportée à l'octave, est appelé octave.

Résumé :

Page 1