‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 165 sur 330 · La composition musicale et l'exécution. — La · texte numérisé non relu

La composition musicale et l'exécution. — La

musique se produit sous deux formes parfaitement distinctes : la première, toute d'invention, de conception, est la composition musicale, c'est-à-dire Fart de créer et d'écrire, au moyen de signes spéciaux et d'après certaines rèfjles, des pensées musicales, des chants, sortes de discours sonores prenant naissance dans le cerveau humain.

Sous sa seconde forme de production, elle donne le moyen de communiquer à l'homme, par le canal de son organe auditif, les compositions musicales conçues et écrites par le musicien-compositeur : ce moyen n'est autre que l'exécution, soit vocale, soit instrumentale.

En résumé, nous trouvons deux formes de production musicale, d'où dérivent deux divisions : la conception de l'idée et l'interprétation de cette idée au moyen de l'exécution vocale et instrumentale.

.3. Eléments constitutifs de l'exécution musicale. — Dans l'exécution musicale, on considère quatre éléments principaux : le rythme, la mesure, le mouvement et l'expression.

L'exécution musicale est établie sur ces quatre éléments. Elle doit trouver en eux sa puissance et sa force.

On sait déjà que le rythme est la division proportionnelle du temps en espaces égaux et inégaux. Chaque son a une durée et une valeur relatives.

La variété et le mélange des difîérentes durées el des différentes valeurs des sons forment le rythme et les combinaisons rythmiques. Les variétés de durée et de valeur des sons servent à former les mesures. La mesure est la division d'un morceau de musique en courtes parties régulières. Ces parties, appelées ellesmêmes mesui-es, contiennent divers signes de durée formant des rythmes variés.

Le degré de vitesse ou de lenteur qui existe entre l'articulation de chaque son, ainsi que la faculté de pouvoir augmenter ou ralentir à volonté ce degré de vitesse et de lenteur, constitue le mouvement.

En résumé, avec le rythme qui est la division du temps, avec la mesure qui est la répartition régulière de cette division appliquée à la composition musicale, enTin avec le mouvement qui consiste dans la durée plus ou moins longue de temps attribuée aux différentes combinaisons rythmiques, la science musicale possède trois éléments qui lui donnent son essence rnalérielle. L'expression vient féconder cette matière et lui donner la vie de la pensée!...

L'expression appartient à la fois à la composition et à l'exécution musicales. Dans la composition, elle est l'art de rendi-e avec ardeur les passions, les sentiments, au moyen de la mélodie et de l'harmonie des sons.

Dans l'exécution musicale, elle consiste dans certains accents qui viennent de l'àme et du cœur, et que l'artiste, doué de passion et de sentiment, fait passer dans son jeu ou dans son chant. Sa sensibilité, l'impressionnabilité de son imagination vive et

ardente, lui inspirent ces accents qu'il communique à ceux qui l'écoutent en faisant pénétrer chez eux les émolions ressenties par lui-même.

En musique, l'expression se produit parle mouvement, les nuances et l'accentuation.

4. Le caractère. — Avant de passer à l'étude de ces trois facteurs expressifs, il nous faut considérer attentivement quels sont, dans une composition musicale, les divers éléments qui rendent nécessaire l'emploi de l'expression dans l'exécution.

Dans toute composition musicale on remarque le caractère, le style, la couleur.

Le caractère consiste dans une certaine originalité de forme, de mesure, de mouvement, de sentiment donnant une physionomie particulière à une composition musicale.

Le caractère d'une marche funèbre ne ressemble pas à celui d'un air de danse; le caractère d'un chant pastoral est tout différent de celui d'un chant guerrier. Chacun de ces morceaux a une allure, une forme, une physionomie qui lui sont particulières et qui établissent son caractère.

b. La couleur. — La vivacité des pensées musicales, l'animation dansla conduite et l'enchahiement de ces pensées, la forme imitative de la mélodie, l'harmonisation appropriée au caractère de cette mélodie, le mouvement des rythmes et leur variété donnent la couleur à une composition musicale.

La couleur contribue à donner à un morceau le caractère appartenant au pays où se passe la scène que le compositeur veut décrire. Par exemple, un boléro espagnol, pour avoir de la couleur locale, devra être conçu avec le rythme et le mouvement appartenant à cette danse. 11 en sera de même pour toute autre œuvre caractéristique exigeant une allure, une forme mélodique et une harmonie particulières.

La musique d'un opéra ou d'un ballet a de la couleur locale quand le compositeur la conçoit dans le caractère de la musique du pays où se passe l'action et de l'époque à laquelle a lieu cette action.

6. Le style. — Le style (a dit Boffon') est l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées.

En musique, le style consiste dans l'originalité qu'un compositeur sait donner à l'expression de ses idées et de ses sentiments.

Chaque peuple a son slyle. De là les différentes écoles : 1 école française, l'école italienne, l'école allemande. Le style de Bach ne ressemble pas à celui de Mozart, celui de Wagner à celui de Saint- Saens, ce qui veut dire que la manière de sentir et l'expression de cette manière ne sont pas semblables chez ces compositeurs. Les compositeurs de génie sont ceux qui ont un style qui leur esl propre. Ils entraînent à leur suite un grand nombre d'imitateurs de talent, mais ne possédant pas comme eux un style personnel. Dans le langage musical, on-invente quelquefois des mots nouveaux, prenant leur origine dans les noms de compositeurs dont le style et les procédés font école et sont imités par d'autres compositeurs.

Par exemple, on dit : les wagnéristes, pour désigner ceux qui adoptent la manière particulière au com|iositeur Wag.nkii, et on appelle la doctrine wagnérienne celle créée par ce grand inaitre.

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