‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 193 sur 330 · A. L,\v:(;sAC, i'Education musicale (page · texte numérisé non relu

A. L,\v:(;sAC, i'Education musicale (page

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET OrCTlOXSAinE DU CONSERVATOIRE

chant en articulant les syllabes appellatives de chaque note.

Lorsque au début du xvii" siècle, le principe de la modulalion fut découvi-rt et élabli, ce qui eut lieuen Italie, la musique ancienne et non modulante se transforma. De liturgique et religieuse qu'elle était presque exclusivement auparavant, elle fut reconnue propre à interpréter toutes les passions humaines parle secours de la modulation d'où naquit la musique moderne. La musique pro/'nne et dramatique fut inventée; avec celle-ci, le rythme musical et les intonations devinrent plus variés, plus compliqués.

11 fallut préparer des chanteurs et des instrumentistes à interpréter convenablement les œuvres nom" breuses de musique de théâtre, de chant ou d'instru' ments, qui se produisaient dans une proportion tou" jours croissante.

Des écoles de musique furent créées, d'abord dans les villes d'Italie, berceau de l'art nouveau, ensuite dans les Pays-Bas, en France, en Allemagne.

L'étude du solfège fut introduite dans ces écoles- Des ouvrages spéciaux contenant des leçons de solfège graduées furent écrits, et on leur donna le nom de solfèges.

Le solfège d'Italie, contenant des leçons des plus grands compositeurs de l'époque, parmi lesquels figurent Léo, Durante, Scarlatti, Basse, Pobpora, Mazzoni, Caffabo, David Perez, fut composé pour l'usage des conservatoires d'Italie. 11 fut un des premiers recueils de ce genre qui aient été écrits. Il est resté célèbre.

En France, l'établissement du Conservatoire de musique à Paris, qui eut lieu à la Qn du xviii' siècle et au commencement du xix'=, nécessita la composition d'ouvrages théoriques spéciaux pour l'étude des différentes branches de l'art musical. C'est alors que furent publiés les Solfèges du Conservatoire, contenant des leçons composées par les plus grands maîtres du temps. Ces solfèges sont restés des modèles du genre et virent naître successivement à côté d'eux une quantité considérable d'ouvrages analogues.

L'enseignement du solfège comprenant l'étude de toutes les clés usitées, on composa des recueils pour rétude des clés. Parmi ces derniers, les solfèges à changements de clés sont ceux dans lesquels une leçon, au lieu d'être écrite dans une seule clé, change de clés à certains endroits plus ou moins rapprochés et quelquefois à chaque note, afin d'exercer les élèves à la connaissance des différentes clés.

Depuis une cinquantaine d'années, afin de préparer les élèves qui prennent part aux concours de fin d'année scolaire dans les différents conservatoires de France et de l'étranger, lesquels ont une leçon manuscrite k déchiffrer, il a été publié plusieurs sûZ/ë^es manuscrits d changements de clés. Parmi ces derniers, en France, les six volumes d'ALBEni Lavionac furent les premiers publiés; vinrent ensuite les solfèges manuscrits d'ÀMBROisETHOMAS (2 volumes),de PaulRou- GNON (6 volumes), de Gra.nd-Janv (2 volumes)'.

L'étude du solfège n'existe pas seulement dans les conservatoires, mais encore dans les écoles municipales de Paris et des principales villes de France et de l'étranger. Elle est également pratiquée dans une quantité innombrable de cours spéciaux et de maîtrises, et aussi dans lessociélés chorales orphéoniques. A côté des conservatoires de musique, il s'est ou-

1. Cilons encore les recueils manui^crits de HUoitY-RENAun, Paput, CiiANiEii, M™" lïoY, en Fiance; deKADuux, dcCoNnAnDY, en Belgique, elc.

vert depuis le commencement du xix= siècle un grand nombre de cours spéciaux pour l'enseignement collectif simultané du solfège. Dès cette époque, l'enseignement populaire de la musique prit un grand essor, sous l'impulsion active d'hommes dévoués à l'art et inventeurs de méthodes nouvelles.

Méthode Wilhem. — Parmi ceux-là, Boculillon- WiLHEM, né à Paris en 1781 et mort en 1842, composa une méthode qui devint célèbre sous le nom de méthode Wilhem. Les succès obtenus par Wilhem dans des cours particuliers lui firent confier, en l'année 1819, par le gouvernement, l'organisation de l'enseignement du chant dans les écoles primaires à Paris. Cet enseignement prit dans la suite un grand développement. Il est à l'heure actuelle florissant dans les écoles municipales de la ville de Paris et des |irincipales villes de France. Il faut reconnaître que l'inlroduction de l'enseignement simultané du solfège <lans les écoles est due, en grande partie, à l'activité de Wilhem et à la clarté de sa méthode.

L'orphéon français naquit de cet enseignement simultané et mutuel-. Wilhem peut en être considéré comme un des fondateurs, vers l'année 1833.

La méthode de Wilhem, à la fois théorique et pratique, était divisée en plusieurs cours gradués. Chaque principe théorique était accompagné de l'application pratique par le solfège. H avait imaginé des tableaux gradués de lecture musicale, où les difficultés du rythme et de l'intonation étaient contenues dans des exercices spéciaux et progressifs.

Parmi les moyensjd'enseignementde cette méthode, l'escalier vocal, les mains musicales et l'indicateur vocal en étaient les principaux.

L'escalier vocal présentait l'aspect d'un escalier double a marches inégales, dont les hauteurs différentes indiquent la place des tons et des demi-tons dans les gammes diatoniques en montant et en descendant. Les gammes chromatiques avaient également leur escalier vocal.

Escalier vocal.

Les mains musicales, prenant la forme de mains humaines, représentaient la portée de onze lignes ; la main droite figurant les notes élevées avec la clé de sol, la main gauche les notes basses avec la clé de fa. Les deux mains sont réunies par une sorte d'anneau portant la clé d'ut et qui sert de transition aux deux parties. Les doigts représentent les lignes de la portée.

2. Ccl otiseignemenl f'tiiil muturl. parce que les élèves les plus avancés devaient diriger les plus Taibles et remplissaient le rùle de moniteurs.

TECH.yiQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉnAGOCIE

:iri9

Figure dt'S mains musicales de \Vii.hkm.

M'iLHEM imaj-'ina également une autre main qu'il appela main cltromutiquc et figurant une main droite dont les phalanges des doigts représentent : les premières, les no(es 6("/Ho/ist'eii; les secondes, les notes natitrclles ; et les ti'oisièmes les notes diésées.

l'igiire de la muin chronatique.

L'Indicateur vocal, à noies et à clés mobiles, consistait dans un tableau qui représente une portée ordinaire formée de cinq grosses lignes transversales avec deux lignes supplémentaires, l'une supérieure, l'autre inférieure ; ces lignes sont traversées perpendiculairement par quatre fortes barres qui les divisent en trois compartiments latéraux : le compartiment du milieu, surmonté d'un 1:, est réservé aux notes naturelles; dans celui de gauche surmonté d'un K sont placées les notes bémolisées, tandis que dans le compartiment de droite, surmonté d'un ;, se posent les notes diésées. Les lignes et les interlignes sont percés de trous destinés à recevoir des pi'oiis ou notes mobiles, à l'aide desquels on figure toutes les combinaisons possibles. Enfin , sur la première barre, à gauche, se trouve encore une rangée de trous destinés à recevoir d'autres pions sur lesquels sont figurées les clés de sol, de fa et à'ut.

L'indicateur vocal a pour objet de faciliter l'étude des notions les plus compliquées de la lecture musicale.

1. Nous empruntons ces explications à \' l£ncyclopt:die ih's choses utiles (Garoier, éditeurj.

Figure de l'indicateur vocal.

Notes bémolisées

Notes. dites naturelles

Notes diésées

ojo

^^ ,i J Place des clés et des notes mobiles y* jâ ^ lorqu'elles sont au repos.

2ou9

Expliquons àprésent.de quellemanière on emploie Vindicateur vocal, par exemple, pour la composition des gammes.

Les notes mobiles rangées au bas du tableau portent : les unes des chiti'res romains, les autres des chiffres arabes. Les premiers, marqués I, IV, V, VIII, représententles notes que l'on nomme tonales, parce qu'elles sont invariables et que, si l'on vient cà les diéser ou à les bémoliser, on change nécessairement le ton. Les notes marquées 3,6, 7 se nomment modales ou variables, parce que, si l'on vient à les baisser, on ne change pas de ton, mais seulement de mode. Le jeu de ces notes mobiles, alternativement placées dans les compartiments et sur les lignes ou les interlignes de la portée, donne toutes les modifications possibles de la gamme et habitue rapidement les élèves non seulement à se rendre compte de la composition de chaque gamme, mais à opérer tous les changements de tons ou de mode.

Au moyen de l'indicateur vocal, on pouvait égalements'exercer aux transpositions et un jeu des difierentes clés'.

Le système de parler à l'intelligence des élèves par la vue, par l'oreille et aussi par le toucher, au moyen de tableaux spéciau.t, de mains musicales, de portées musicales vides, avait déjà été imaginé avant WiLHEM, par de nombreux théoriciens, à diverses époques. Dans notre entretien sur les Orir/ines de la notation musicale-, nous parlons de la Main lv(rmo~

Page 1