‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 198 sur 330 · ÉTUDE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉTUDE HISTORIQUE

AYANT-PnOPOS

Les auteurs qui se sont intéressés à l'Histoire des origines de la notation musicale ne sont pas toujours d'accord quant à l'interprétation à donner des anciens textes et des anciens usages.

Appelé à rédiger pour l'Encyclopédie de la musique la partie concernant les Origines de la notation musicale moderne, y SlÏ mis tous mes soins à chercher les documents nécessaires parmi les musicogi'aphes et les travaux faisant autorité en pareille matière. Mon but n'a pas été d'écrire un ouvrage d'opinion, mais de présenter un recueil d'études documentaires plutôt qu'un corps de doctrines. J'ai essayé de faire connaître au lecteur, dans une forme aussi rapide, aussi claire que possible, les principau.i éléments historiques de la Notation musicale moderne. On trouvera dans le cours de la présente étude la citation bibliographique de tous les ouvrages et des auteurs consultés par moi.

1. Considérations préliminaires sur les origines de la notation musicale. — Deux systèmes bien distincts doivent être remarqués dans l'histoire de la notation musicale des dilTérentes nations : le premier consiste dans la notation par signes pris dans les lettres de l'alphabet et fut usité chez la plupart des peuples anciens ; nous observons, dans l'autre, la notation musicale au moyen de signes spéciaux qui n'ont aucun rapport avec les lettres alphabétiques, et qui furent adoptés par les peuples modernes.

Bien des hypothèses ont été émises sur la notation musicale chez les anciens peuples de la plus haute antiquité, les Assyriens, les Egyptiens, les Chaldéens, les Syriens, les Hébreux, sans que rien de positif n'ait été découvert à cet égard.

Les anciens monuments ou les anciennes sculptures de ces peuples nous ont fait connaître quels étaient les instruments de musique usités de leur temps; mais on ignore s'ils avaient un système de notation musicale.

Par contre, on croit que les Hindous et les Chinois figuraient leurs sons au moyen de signes spéciaux, et que la première idée de noter les sons musicaux par les lettres de l'alphabet aurait pris naissance dans l'Inde.

Les Grecs de l'antiquité notaient leur musique par les lettres de leur alphabet. Les lettres droites ne suffisant plus, ils les employaient dans diverses positions : en les couchant, en les renversant, en les inclinant en divers sens et en apportant quelques modifications à leur forme.

Les Romains empruntèrent aux Grecs une part de leur doctrine musicale; mais ils la simplifièrent pro-

gressivement, ainsi que leur notation compliquée. Encore usitée au ii° siècle de l'ère cln-étienne,elle fut abandonnée vers le milieu du iv^. « Les premiers siècles de l'histoire de la musique chrétienne sont enveloppés d'un voile épais. Ce n'est plus la pénombre de l'antiquité, c'est la nuit noire et profonde, et cependant, quelle lumière doit sortir quelques siècles plus lard de cette obscurité! Après deux siècles le jour naît, bien faible encore; mais saint Ambhoise' et SAINT Grégoire^ surgissent au début du monde nouveau, comme ces pics élevés qu'éclairent dans l'ombre les premiers rayons du soleil levant. C'est grâce à ces deux hommes que la musique antique se relie à celle du moyen âge et, par le moyen âge, à la musique moderne^. »

2. Notation alphabétique. — C'est vers celte époque qu'il est parlé d'une écriture, appelée notation boùtirnne, et dont on attribua l'invenlion au philosophe Roiicii (BoETRis), qui vivait vers la fin du v'' siècle et le commencement du vi' de notre ère. Cette notation se composait des quinze premières lettres majuscules de l'alphabet latin. La voici dans sa disposition et sa signification musicale :

ABCHETGHItC IMTfaP

rjjl

TDC^

-xx^

rc

1, iv siècle.

t. VIO siècle.

.1. il. l.Avoii, Jlisloire de la musique, p. 70.

TECHMQUB. ESTHETIOVE ET PÈDXCOr.lE

Notation grégorienne. — L'n siècle plus tard, sous le poiitilicat du pape Gréc.oihe le Grand, on aurait réduit les caractères alpliabéliques aux sept premières lettres de l'alphabet. Ce système impliquait l'idée de l'octave par le redoublement des lettres .\BCUErG. Les diverses octaves se distinguaient entre elles au moyen d'une rangée de lettres majuscules pour les sept premiers sons, de minuscules pour les sept suivants, et enlin d'une rangée de sept lettres minuscules doubles pour l'octave suivante :

A B C D E F G abc d e f g ad bb ce dd ee, etc.

Ce système prit le nom de notation grégorienne, du nom du pape sous le règne et, croit-on, sous l'impulsion duquel il aurait été imaginé'.

« Cependant, écrit Gevaert^, aucune de ces deux assenions ne se soutient devant un examen impartial des textes. Boèck ne coimait d'autres caractères musicaux que ceux des Grecs, bien qu'un chapitre de son livre soit intitulé : Dénomination des notes mimi. cales par des lettres grecques et latines^. Ce chapitre ne contient aucun vestige de la prétendue notation boélienne, et prouve jusqu'à l'évidence que Boece entend par lettres latines, la traduction des termes grecs en mots latins. A la vérité, en plusieurs endroits

de son livre, il se sert, pour la démonstration de ses théorèmes acoustiques, des caractères de l'alphabet romain; mais la signilication de ceux-ci vaiie selon la nature de la proposition à établir, ce qui suflit à prouver l'absence de toute valeur constante attachée aux signes; l'intervalle AB. par exemple, signifiera, tantôt un intervalle d'octave, tantôt une quinte, une quarte ou un demi-ton'. Deux t'ois seulement les lettres ABC DE F G, etc., représentent une échelle ascend ante; mais au lieu d'expiimer la série la, si, ul, ré, mi, fa, sol, elles correspondent aux sons si, ut, ré, mi, fa, sol, la, ce qui excluttoule analogie avec la notation appelée plus tard boétienne, de même qu'avec celle qui porte le nom de saint (irègoire. »

L'érudit musicographe auquel nous avons emprunté les lignes précédentes, pense que la notation caractérisée par les signes musicaux, qui, depuis le haut moyen âge, portent le nom de neumes', est la première dont l'Eglise ait fait usage; d'après lui, l'œuvre musicale de saint Grégoire aurait consisté à l'aire un choix parmi les chants traditionnels, à régler leur usage et à en prescrire la propagation au moyen de l'enseignement oral.

On voit ici un exemple de la notation alphabétique, avec la traduction en notation moderne^ :

dclicdedcliaBicdaGFG(7 sit - rto-menBo - mi - ni be-ne-dic - hm in Sac — eu -la

sit - no-men Oo - mi-ni b- ne- die — tura in Sas — eu -la

Vaici un autre exemple dans lequel les intervalles entre les notes sont indiqués par la position plus ou moins élevée des lettres''.

On se rappellera que les lettres majuscules repré-

sentent les notes de l'octave grave, tandis qae les minuscules sont attribuées aux notes de l'octave supérieure qui suit.

dj, cd^dct^ij sit no-men Do — mi -ni be-

ne-dic

a a a G F G G - tum in Sa -eu -la

3?^ g ff

' sit no-men Do — mi -m be — ne-dic

tum in Sa

eu -la

Système de notation imaginé par Hucbald. — A

la notation alphabétique se rattache un essai de réforme de l'écriture musicale inventé par Higbaud ou HccBALD iHugbaldus), moine deSainl-Amand, né vers 840 ou 845 et mort vers 930 ou 932. Ayant divisé l'échelle musicale en quatre tétracordes commençant au gamma F ou sol grave, et qu'il qualifie de gra-

1. ■ C'est de celle ancienne manière de désigner les notes du chant qu'est venue la coutume île marquer dans les Bréviaires les terminaisons des dilTerentes psalmodies par des lettres. » {Traité théorique et pratique du chant appelé ijrégorien, Paris, 1750, par Pojssos.)

2. Riitoire et théorie de la mutique de 'Antiquité (t. I, p. 438).

ves, finales, supérieures, excellentes, il ajoute deux sons aigus, qu'il nomme rémanentes'; puis il imagine un système de notation ayant pour base un caractère en forme de F, qui, par des changements de positions et des modifications dans la forme, désigne chacun des quatre degrés de chaque tétracorde.

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