V. d'Indy : Mcdée
TECHXIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
Cii. Kœchlin, Accompagnement.
Est- ce leur à me est- ce mon à me qui s ex ha le.
Et la polytonie se présente tout naturellement lors d'une pédale formant accord
LiL[ Boulanger : Clairières dans le ciel.
Enfin, citons cet exemple déjà assez ancien (1891) du Rcvc, de M. Bruneau, qui dut paraître incompréhensible à l'époque où il fut écrit; et pourtant, il est si bien l'expression du désarroi, de l'angoisse, de l'infinie douleur de l'évèque!...
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Il faut avouer que M. Bruneau s'est montré audacieusement précurseur.
Aujourd'hui, il n'est pas rare que l'on rencontre, non plus seulement deux, mais trois tonalités réunies :
Ch. Kœchlin, Paysage d'octobre, extrait des Paysages et Marines.
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Darius Milhaud : les Chocphores.
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En citant des exemples plus anciens de fragmeiils de pohjtonie, il va de soi que nous n'entendons nullement signifier que les jeunes musiciens aient imité leurs devanciers; selon toute apparence, ils ignorent ces fragments; ceux-ci n'en demeurent pas moins assez typiques, car ils montrent que l'oreille des maîtres n'était pas réfractaire à ces nouvelles façons d'écrire. Mais elles se présentent, chez eux, à l'état d'exceptions assez rares. Il en est tout autrement de compositeurs tels que M. Milhaud, M. IIoneggeb, M. AuHic, M. Poulenc, etc. S'ils ont pris l'habitude de ces sonorités, jusqu'à s'en servir couramment et non plus pour l'expression de sentiments tout particuliers, c'est plutôt par le besoin d'aller plus avant, au gré de leur imagination vagabonde, dans la grande forêt vierge. Ils y furent conduits par l'extension des accords sur pédales (principalement sur les pédales à forme mélodique), par la liberté des appogiatures non résolues, parles lignes d'un contrepoint dont ils «énéraliséreol les principes d'indépendance. Parfois aussi, ce fut telle fausse note retentissante dans une lecture d'orchestre (faute d'étourderie du copiste : feUx cidpa) qui leur ouvrit des horizons nouveaux; car, en art comme en science, le hasard nous met souvent sur la voie de nouvelles trouvailles. Rien ne doit être négligé par l'artiste, et, comme dit Mreterlinck, « il M'y a peut-être pas d'événements inutiles ». -- Quoi qu'il en soit, il faut bien noter que la contagion est générale. En Autriche, M. Sciiunberg; en Allemagne, M. HiCHARD Strauss; en Hongrie, MM. Ko- DALY et Hartok; en Italie, M. Gasblla, M. Malipiero, M. I'. Buso.Ni; en Russie . enfin, M. STRAVviNSKY(par des exemples éclatants : Vcirouchka, le Sacre du Printemps le Rûfisiijnol), suivirent des voies « polylonales ». Accords parfaits de tonalités diverses, entendus simullanémenl, parfois avec des septirmes diminuées ou d'autres accords dissonants; chromatique très libre, qu'on ne peut plus guère analyser par les méthodes habituelles; ces musiciens semblent voguer avec ivresse sur la grande mer, conduits par l'instinct seul. Précepte peut-être dangereux à qui ne sait pas gouverner son navire sur des eaux moins inconnues; et sans doute reste-t-il sage de connaître d'abord les principes de la technique usuelle'... I.e gi'iire chromatique, complètement atonal, voilà jusqu'où parviennent cci'taines œuvres. Et les musiciens ne s'arrêteront pas en si beau chemin. 11 est probable que d'autres moyens seront mis en usage; peut-être
1. D'ailleurs' il convient de reconnaitre que ces musiciens ne sont aucunement des primaires, mais qu'ils ont il'abord appris « le nii5ticr
2. Depuis que ces lignes furent écrites, tout récemment en un con-
les tiers ou les quarts de tons^ : on rejoindrait ainsi l'ancienne musique grecque, et l'orientale : pourquoi pas'? et l'on bénéficierait d'ailleurs de tout ce qui fut découvert depuis les siècles anciens, dans les domaines de rharmouie, du rythi'ne, de l'orchestre, et même de la mélodie. — Mais en pareille matière l'avenir est imprévisible avec exactitude; tenons seulement pour assuré qu'il ne s'agit pas, aujourd'hui, d'appauvrir la musique sous prétexte de la « simplifier, afin que le peuple la comprenne n. Ne donnons plusdans l'erreur commise à la fin du xviri" siècle.
Toirtefois, il est bien des manières de concevoir la richesse musicale, l'originalité, et la plus belle simplrcilé. Aussi conviendrait-il de préciser notre pensée au sujet de la polytonie et de toutes ces libertés de mouvements parallèles. Nous avons attaché quelque importance au chapitre de l'harmonie moderne et donné de nombreux exemples. Mais il ne faudrait pas qu'on pût se méprendi'e sur le sens de ces exemples. Il ne s'agit aucunement de prétendre que tel langage soit préférable h tel autre. Nous avons déjà témoigné que nous considérons les anciens moyens (et particulièrement le style diatoniqire : modulant ou non) comme pouvant conduire ■ — encore aujourd'hui, et même dans l'avenir — à de très belles oeuvres. A ce sujet, l'exemple du .Jardin clos de M. Fauré est des plus probants, ,1c me poserai sur ion cœur, Dans la nj/mphéc, Inscription sur le satjle, sont des pièces uniques par la beauté de la ligne combinée à celle de l'harmonie. Elles montrent une richesse d'imagination, une subtililé, une diversité de moyens, une maîtrise d'écriture, une profondeur tle sentiment que nous ne supposons pas qu'on puisse jamais dépasser dans la musiqire; allons plus loin : nous n'entrevoyons guère, de nos jours, celui qui pourrait l'atteindre^. — Or, ce ne sont là que des accords parfaits, ou de septièmes, avec des notes de passage et des niouvcnierrls de liasses à la fois logiriues, hardis, analysables toujours, et conformes à la tocbrrique traditionnelle de Iîach; l'ensemble reste aussi personnel, aussi nouveau que n'importe qiroi; enfin, ce style possède la simplicité, la sérénité des choses définitives. C'est dire que nous ne tenons nullemerrt pour nécessaires la polytonie et ses r'écentes tr'ouvailles. Convenons d'ailli'irrs que, chez ccriaius, cette éciiture n'est pas encore « au point ». D'ici i)eu,tout le monde en voudra user, comme d'une panacée universelle : ce fut le cas, naguère, avec les neuvièmes successives, et
cert do M. Jkan WiiîNEn (mars lt):!2), nous entendîmes un quatuor à cordes de M. Ar.oïs IIaba (jeune composileur liongrois) écrit >i dans le système de quarts de tons ».