‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 294 sur 330 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il semble bien qu'au milieu de tous ces systèmes divers, inspirés par le souci de mettre la théorie musicale en harmonie avec les faits musicaux, une idée commune se dégage et se précise peu à peu : c'est celle de l'unité tonale, formulée par les théoriciens du XIX' siècle, avec cette différence qu'ils ne lui accordent pas tous le même rôle dans leurs systèmes. Mais, en fin de compte, c'est à elle qu'ils aboutissent, souvent sans s'y tenir. De fait, l'idée de tonalité est la plus large et englobe toutes les autres, .l'ai tenté d'en montrer le caractère de primordialité dans un opuscule publié en 191.'i (L. Chevaillier, Tiapport sur la possibilité d'instituer un corps d'enseignement rationnel de l'harmonie, susceptible de rendre compte de tous les faits musicaux classiques et modernes, Leduc éd.) et d'en faire une utilisation pratique dans un manuel pédagogique (Chevaillier, Cours d'harmonie par correspondance, Leduc éd.). Je me permettrai de résumer ici les quelques lignes de début de ce dernier ouvrage, à seule fin de formuler les conclusions qui me paraissent découler Je l'étude des auteurs dont nous venons de passer rapidement en revue les travaux essentiels.

li.XCyCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTI0?1NMRE DU CONSERVATOIRE

Partant du point de vue universel de l'œuvre d'art en général, nous reconnaîtrons d'abord que son existence est soumise à une loi fondamentale qui se présente sous le Iriple aspect suivant :

I. Loi d'unité. — Les éléments — ou parties — dont l'œuvre est composée doivent avoir entre eux des rapports assez étroits pour qu'ils puissent s'unir en un tout cohérent. — On appelle rapports entre deux choses, la comparaison entre leurs points de ressemblance — ou points communs — et leurs points de différence.

II. Loi de variété. — Les éléments constitutifs doivent cependant présenter des points de différence pour faire ressortir les points communs ; sans cela, l'œuvre serait monotone et sans personnalité, — de même qu'un édilîce dépourvu de tout ornement.

m. Loi de simplicité. — Trop de variété risquant de détruire l'unité, c'est dans l'équilibre entre ces deux lois que réside toute la technique de l'œuvre d'art, et cet équilibre peut se résumer dans ce précepte général : Juste assez de variété pour rendre l'œuvre intéressante et originale; • — un palais surchargé de couleurs et de sculptures perd sa beauté.

Les éléments de l'art musical étant les sons, il s'agit donc de combiner les sons conformément à ces lois et selon leurs rapports, — lesquels ne sont autres que des rapports de vibrations. — Or les rapports entre les sons se classent de la façon suivante :

Octave, — sons ayant entre eux le plus de points communs, c'est-à-dire de vibrations communes; — Quinte et Quarte, sons ayant entre eux, après l'octave, le plus de vibrations communes ; — Tierces, — même raisonnement. — Par conséquent, en partant d'un son pris comme centre d'unité et en groupant autour de lui les sons qui sont avec lui dans les rapports les plus étroits iQuinte et Quarte), nous aurons le groupement tonique-dominante-sous-dominante, qui constitue à proprement parler ce qu'il convient d'appeler la tonalité. Les rapports de tierce fourniront les éléments de variété, c'est-à-dire le ?node; et les combinaisons polyphoniques des quinte, quarte et tierce majeure et mineure donneront les Accords parfaits majeur ou mineur, — ainsi que les autres intervalles donneront les agrégations les plus audacieuses dans Tordre de complexité croissante, — tout ceci sans effort aucun et sans qu'il soit besoin d'avoir recours à l'inutile et insuffisante théorie des harmoniques, simplement par le droit imprescriptible que possède l'artiste de combiner les matériaux qui lui sont fournis, jugeant lui-même souverainement et en dernier ressort si ces éléments ont entre eux des rapports assez étroits et assez appréciables pour être esthétiquement associés.

N'est-ce point d'ailleurs cette dernière et péremptoire réponse que les maîtres passés, présents et futurs, ont donnée, donnent et donneront à tous les théoriciens de tous les temps?

LUCIEN CHEVAILLIER.

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