I. — Accords parfaits
Les traités d'harmonie ' actuellement en usage retardent considérablement sur la conception moderne des accords parfaits. Non que leurs leçons ne soient bonnes à réaliser; au début, elles sont nécessaires; mais elles forment un ensemble incomplet; voici pourquoi :
La musique des « classiques » du xviii* et du xix° siècle est écrite, principalement, sur les accords de tonique, de dominante et de sous- dominante (y compris les renversements, bien entendu). Et certes, le génie des Mozart, Haydn, Beethoven — pour ne citer que ces trois maîtres — en a su tirer des merveilles. Ils sont parvenus à une singulière diversité, avec des moyens en somme assez restreints. Mais, à notre époque, on s'est enfin souvenu du xvi" siècle et de mainte pensée harmonique tombée daos l'oubli.
Les traités d'harmonie se sont inspii'és du style dit « classique ». De là, je pense, leur conception de hons et de mauvais degrés de la gamme ^, d'enchal-
1. Il va de soi que j'écris ici pour dos lecteurs dfjà famili.orisés avec les ti'aitês d'iianiioiùe; toulefois je m'e Torconti de rester clair, môme pour ceux qui n'en ont point une pratique courante, mais sou« leinent la connaissance normale du solfège.
2. On ne niera point d'ailleurs que le premier, le quatrième 6t la cinquième dogr'6 ont queU|ue chose de plus liic c^de plus stable que le troisième, le siiièmo et le septième.
TECH.yiQCE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
nements de premier, de second, de troisif'me ordre. On reraarqiuTa que — par exemple dans le liaité de Reber — les leçons sur les accords parfaits n'utilisent pas très souvent ceux du sixième degré, plus rarement ceux du second depré, et par exception seulement ceux du troisième. Autrement dit, en une basse donnée dans le ton de do majeur, les accords des traités seront, en général :
Moins souvent
et, pour ainsi dire jamais (à moins de « marches d'harmonie ») :
On souhaiterait que cette lacune lût comblée, car l'usage de ces derniers accords varie les leçons d'une manière fort agréable et très musicale. Mais surtout il faut bien noter que les compositeurs modernes les ont écrits de la façon la plus heureuse.
On trouvera également, dans le traité de Reber, des indications telles que les suivantes, qui sont de nature à porter le trouble dans les jeunes esprits' :
mauvaia
ou encore
Or, il est essentiel de noter que ces jugements sont à l'usage exclusif des traités d'harmonie, et que nos maîtres contemporains, comme d'ailleurs ceux du xvi« siècle, ne s'en inquiétèrent jamais. On peut très bien, si l'on veut, et par discipline-, se conformer
1. Dociles, ils eo arriveront à se restreindre fâcheusement; indociles, ils s'insurgeront conlre Rzscn et n'écouleront plus un seul de «es conseils, dont certains pourtant ne majiquent pas de sagesse.
2. Affaire de convention entre le maître et l'élève. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire, en ce qui concerne les trois enchainemeots cités plus haut.