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LA MUSIQUE ANGLAISE D'AUJOURD'HUI

Par M.-D. CALVOCORESSI

11 est difticile de donner aux présentes pages, destinées à décrii'e la position de la jeune école anf^laise, une forme autre que celle d'un aperçu, d'une énumération pure et simple.

Le manque de perspective — écueil que doit redouter tout écrivain traitant une question de musique contempdraine — est particulièrement sensible en ce qui concerne la musique anf,'laise d'aujourd'hui. Malgré la bonne volonté que la plupart des maisons d'édition anglaises ont commencé à montrer durant ces dernières aimées, il est nombre de compositeurs (etnon des moins intéressants) dont des œuvres importantes restent inédites et ne peuvent èlie connues que grâce au hasard d'une audition. L'intérêt passionné que la presse et le public de Grande-Bretagne commencent à témoigner aux compositeurs de leur pays se traduit par des discussions vives et instructives à plus d'un égard : mais jusqu'à présent, l'examen critique de la production de ces compositeurs n'a guère été tenté par d'autres ; et la lumière qu'auraient apportée les jugements du dehors venant confirmer, infirmer, niitiger ou compléter ceux que portent les critiques de (irande-Bretagne fait défaut.

11 est donc nécessaire, pour peu que l'on désire éviter d'introduire ici une atmosphère de polémique, de ne toucher que légèrement aux questions essentielles que le sujet comporte. Et afin d'éviter l'inexactitude, il convient de renoncer même à la ressource commode et logique en apparence d'une classification par groupes ou par écoles. Naguère nombre d'écrivains, y compris le présent, crurent utile de tenter une classification de ce genre, fondée sur la communauté d'éducation artistique : de grouper, par exemple, d'une parties compositeurs ayant reçu leuréducation à la lioyal Academy of Music, d'autre part ceux qui sont sortis du Royal Collège, ailleurs ceux qui sont allés apprendre leur métier en Allemagne, et ainsi de suite. .Mais il a bien fallu reconnaître que cette manière de faire ne correspondait à aucune réalité utile au point de vue critique.

l'artanl, par exemple, du fait que l'enseignement donné au Boyal Collège of Music est fondé sur les principes d'un formalisme assez sévère, tandis que celui dont bénéficient les élèves de la Royal Academy décèle des tendances libérales et impose une moins rigoureuse discipline, on ne tarde pas à constater que rien ne permet de dégager de l'ensemble des compositeurs d'.^ngleterre un groupe affirmant des tendances formalistes et constitué par des élèves du Royal Collège, ni un groupe non asservi à une étroite discipline d'écriture et constitué par des élèves de la

Royal Academy. On n'observe rien non plus qui vienne attester (comme on le voit en d'autres pays) l'inhueiice personnelle d'un maître, et relier par des traits communs de style ou de tendances les élèves d'un même compositeur. Dans ces conditions, l'inutilité de tout essai de classification devient évidente.

On comprendra mieux les raisons profondes de cet état de choses si l'on considère l'historique de l'extraordinaire renaissance de l'école anglaise durant les deux dernières décades du xix'= siècle : une renaissance qui, quoique rapide et imprévue, ne commença point sous l'impulsion siiliite de quelque intuition de génie, mais doit son origine à la commune volonté de divers musiciens, compositeurs et éducateurs, qui s'imposèrent la tâche de réagir contre la routine du milieu, d'affirmer en leurs œuvres les nobles aspiralions auxquelles la musique de leur pays avait depuis longlemps renoncé et une compréhension plus exacte et plus profonde des leçons contenues dans l'héritage des maîtres, et enfin d'élever le niveau de l'éducation musicale du public comme des spécialistes.

Ces musiciens agirent et progressèrent indépendamment les uns des autres, chacun selon ses visées et ses lumières, clierchant parfois au dehors les préceptes et les exemples qui leur paraissaient nécessaires. Parmi les influences étrangères qu'ils subirent à des degrés divers, — à part, naturellement, celles des classiques, — la principale fut celle de Brahms; et durant un temps, il sembla que seule la musique allemande stimulât leur émulation. La seule influence non allemande qui jusqu'à ces derniers temps se soit fait sentir en Angleterre de façon tant soit peu marquée fut celle de TcHAÏKOvsKY. Mais plus récemment, ce qu'il pouvait y avoir d'unilatéral dans les tendances des compositeurs anglais a été contrp-balancé tant par l'éclosion d'une conscience plus indépendante de leurs individualités respectives et de la diversité des voies accessibles à l'art musical que par une connaissance graduelle des étapes que cet art avait marquées hors l'Allemagne. Quelque jugement que l'on porte sur la valeur des résultats artistiques acquis jusqu'à ce jour (et l'on doit se souvenir que cette opinion est encore en voie de formation), on ne peut que reconnaître que l'histoire de l'art n'olfre aucun exemple d'évolution plus rapide et mieux conduite, en dépit de circonstances au début bien défavorables.

« En 1868, lorsque Sulliva.n revenait de Leipzig, constate le musicographe de la Edinbiirgh Revieir, nous étions tombés au niveau le plus bas qu'un peuple ait jamais atteint : nous étions, comme l'a dit

EXO'CLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOXMAIHE DU cnXSEnVATOIRE

Carlyle, « un peuple muet », et notre seule fonction était de payer nos voisins du continent afin qu'ils vinssent nous déconcerter par des probirmes que nous ne comprenions pas. En 1862, la venue de la musique pour la TempiUe, suivie de près par l'ouverture Le Paradis et la Péri de Bennett, lit naître quelques espoirs qu'une ère nouvelle s'ouvrait... mais notre mouvement nationaliste ne prit guère corps que vingt ans plus tard... Les progrés furent lents et difficiles; jamais nation n'avait eu tant à désapprendre... mais, malgré tous les obstacles et toutes les oppositions, ils sont venus... Nous n'avons pas encore atteint notre but; il reste encore beaucoup à faire avant que nous n'ayons défiuitivemeut laissé derrière nous les vieilles règles et les vieilles erreurs, avant que nous ne soyons libérés de toutes les barrières. Mais une jeune génération se lève, pleine de talent, de promesses, d'entliousiasme. La route est ouverte droit devant elle : ou peut avoir confiance en son avenir. »

Charles Hubert Hastlngs Parry (né à Bouruemouth le 27 février 1848, mort à Rushington le 7 octobre 1918) fut un des principaux représentants de l'esprit sérieux, probe, esseiilieLIement conservateur qui présida aux premières avances vers la voie du progrès. Il reçut son éducation musicale des compositeurs

SlE,RA'DALE BeN.NETT, MaCFARREN et llUGO PlERSOiN, et

commença de bonne heure à écrire d'abondance des œuvres vocales, des pièces de piano et de la musique de chambre. C'est en 1880 que son concerto pour piano exécuté à Londres par Dannreuther, et ses scènes de Prométhéc délivré, exécutées au Festival de Gloucester, commencèrent à attirer sur lui l'attention du public. Le catalogue de son œuvre comprend cinq symphonies, des sonates, trios, quatuors et autres œuvres de musique de chamlore, quantité d'œuvres vocales et chorales de genres divers, et de la musique de scène pour VAgamemnon d'Eschyle , les Nuées, les Oiseaux et les Grenouilles d''Aristophane.

Nature pondérée, ennemie des concessions, plus réfléchie qu'inventive, il poursuivit sa voie sans évoluer beaucoup dans ses tendances. Comme éducateur il a joué un rôle important. Nommé en 1894 directeur du Boyal Collège of Music, et en 1900 professeur de musique à l'Université d'Oxford, il a écrit quelques livres d'histoire et d'esthétique dont les plus importants sont The Evolutiun of tlie Art of Music (1896) et Style in Musical Art (1906), tous deux remplis de considérations intéressantes.

D'entre la centaine d'œuvres inscrites au catalogue de sa production, combien en est-il que la postérité retiendra comme olfi-ant les signes d'une véritable imagination créatrice? Cette question, qui en dernier ressort est la principale au point de vue de ceux qui veulent connaître sa musique, et qui n'est pas encore tranchée, est peut-être plus facile à résoudre que la question équivalente qui se pose à l'égard de ses principaux contemporains et successeurs. En 1906, le musicologue déjà cité de la Ediuburgh lievieiv écrivait :

« Paury, dans son œuvre entier, emploie un idiome purement anglais, tout aussi national que celui de Purcell même. 11 est le porte-parole, de tous, le meilleur qu'olTreiit notre pays et notre temps; il est de tous le plus mâle et le plus digne : dans sa musique se retrouve l'esprit de Milto.n et de Wordsworth. »

Mais, d'une façon générale, la critique paraît s'accorder à reconnaître à cette musique plus de tenue que de foncière originalité.

Charles Villiers Stanford iné à Dublin le 30 septejnbre 18.ï2l commença son éducation en Irlande, la continua à Cambridge, et la compléta par des lei'ons reçues de Beinecke à Leipzig et de Kiel à Berlin. Par sa Symphonie en si bémol exécutée à Londfes en 1879 et sa Si/mpltonic Elégiaque jouée trois ans plus tard à Cambridge, il commença d'affirmer, presque en même temps que Parry, une influence qui s'étendit rapidement. Aujourd'hui, le catalogue de son œuvre comprend environ cent cinquante numéros, dont sept opéras, sept symphonies, deux rapsodies irlandaises, des oratorios, des cantates et autres œuvres vocales ou chorales, des concertos pour divers instruments et de la musique de chambre.

Sa carrière d'éducateur commença en 1883, date de sa nomination comme professeur de composition au Boyal Collège of Music. En 1887, il fut nommé professeur de musique à l'Université de Cambridge, et en 1918 (à la mort de Hubert Parry) diiecteur du Royal Collège.

Frédéric Hymen Cowen (né à la Jamaïque le 29 janvier 1832) étudia la musique à Leipzig avec Mosche- LÉ3, Reinecre, Richter et Hauptmann, et en 1869 se présenta au public anglais avec une symphonie et un concerto de piano. Mais c'est en 1880 seulement qu'avec sa Symphonie Scandinave il se classa parmi les représentants les plus estimés de la naissante école de musique syniphonique. Depuis, c'est principalement comme chef d'orchestre qu'il a exercé une utile influence. 11 est essentiellement un compositeur de musique légère, appréciée pour sa grâce sans prétention et son aimable fantaisie. Il a écrit six symphonies, quatre opéras, des oratorios et cantates, un peu de musique de chambre et quelques opérettes.

Alexander Campbell Macren'zie (né à Edinbourg le 22 août 1847) fut dès sa jeunesse envoyé en Allemagne étudier la musique. A l'âge de quinze ans il revint dans sa ville natale, mais la quitta bientôt après pour Londres, où il devint élève de la Royal Academy dont il est aujourd'hui directeur. Sa Cantale The Bride, exécutée en 1881 à Worcester, ses Rapsodies écossaises, son oratorio The Rose of Sharon, marquent les principales étapes de la première partie de sa carrière de compositeur et attestent des qualités de fantaisie poétique et d'humour qui, malgré la prédominance de tendances nettement conservatrices, se retrouvent dans les œuvres plus espacées de la période ultérieure. Il s'est signalé comme chef d'orchestre aussi bien que comme éducateur.

Edward William Elgar (né le 2 juin 1857 à Broadheath), auquel tous les écrivains s'accordent à décerner la première place parmi les compositeurs anglais de sa génération, est essentiellement un autodidacte, qui se forma au contact de la musique qu'il entendit ou à l'exécution de laquelle il participa comme exécutant ou comme chef d'orchestre. En 1896, sa cantate Kinij Olaf, exécutée au festival musical de Hanley et son oratorio Lux Chrisli, exécuté à celui de Worcester, altirèrent sur lui l'attention générale. En 1899 furent jouées ses variations pour orchestre Enigma, qui produisirent une impression profonde, de même que son cycle de mélodies avec accompagnement d'orchestre Sea Pictures, entendu pour la première fois la même année. En 1900, fut exécuté à Birmingham son oratorio The Dream of Geroiitiiis, la plus généralement admirée de ses œuvres.

Depuis sont venus (pour ne nommer que les compositions les plus importantes) : les oratorios Tlie Aposllcs (1903) et T/ie/iini/i/om (1903), deux symphonies

TEClLXIQUe. ESr/IÉTIQLE ET PEDAGOGIE

\l'MS el 1911), un concerto pour violon (1910), un pour violoncelle ^1919), l'étude symphonique Fahlaff (1913), l'ode Tlie Slusic Malien pour conlÊ-allo, chœur et orchestre (1912), une sonate pour piano et violon (1919), un quatuor à cordes (1919) et un quintette avec piano (1919).

C'est pput-i'lre en ce qui concerne Elgar que la lâche de foriniiler ou même de suggérer une appréciation critique dans le cadre essentiellement impersonnel du prosent ouvrage s'avère la plus difficile. La plupart des criliiiues de son pays s'accordent à lui assigner un rang très haut non seulement parmi les compositeurs de Grande-Bretagne, mais parmi tous les maîtres du temps actuel, — verdict prononcé avec enthousiasme, étayé par des arguments mûris avec soin, et auquel il ne manque que d'avoir subi la double épreuve de la discussion contradictoiie sur un terrain commun, et surtout du temps.

Il importe de souligner les mots « sur un terrain commun » : car il semble bien qu'entre les critiques d'Angleterre et certains de leurs collègues d'aulres pays qui n'ont jamais trouvé un mot d'éloge pour les œuvres d'KLCAR soumises à leur jugement, il y ait une dilVérence non seulement de points de vue, mais de points de départ. Ce n'est loutefois pas dans le présent article qu'il est possible d'examiner cette ((uestion, dont l'importance croîtra à mesure que lesdites œuvres et le restant de la production du compositeur seront mieux connues au dehors.

Granville Bantock (né à Londres le 7 août 1868) (ît son éducation musicale à la Royal Academy of Music et se lit de bonne heure connaître non seulement comme compositeur, mais comme un chef d'orchestre vivement désireux de répandre les oeuvres de l'école britannique contemporaine.

Le catalogue de son œuvre comprend une dizaine de poèmes symphoniques, une Sijmphonie Hébridéennc (191G) Omar Khayam pour chœur sans accompagnement ^1906j, des ouvertures, deux ballets, un peu de musique de chambre, une messe et quantité de musique vocale.

William Wallace (né le 3 juillet 1 860 à Greenock, en Kcosse) n'entra à la lioyal Academy of Music qu'après avoir achevé ses études de chirurgie ophtalmologique et n'y resta que quelques mois ^1889). L'année suivante fut exécutée la première de ses œuvres, une scène vocale. Lord of Darkness. En 1892 furent joués son Trio pour piano et archets, sa Suite d'orchestre The Lady of the Sea, et son Poème symphonique The Passing of Béatrice. Depuis il a écrit, outre plusieurs poèmes svmphoniques dont le mieux connu s'intitule François Villon (1919), une symphonie The Création 1899), nombre de mélodies et diverses œuvres chorales. 11 est l'auteur de deux très remarquables liiTes d'esthétique et de philosophie musicales, The Threshold of Music (1908) et The Musical Faciilly (1914).

Ethel May Smtth (née à Londres le 23 avril 18b8) étudia quelque temps à Leipzig et y ût ses débuts avec un quintette à cordes (1884) et une sonate pour piano et violon (1887). Plus tard elle écrivit, entre autres œuvres, une Messe solennelle lexécutée à Londres en 1893), les opéras The Wreckers (1906) et The Boatsuains Mate :1912i, qui sont ses œu\Tes les plus connues.

Frédéric Delics (né le 29 janvier 1863 à Bradford) est d'origine allemande. 11 étudia d'abord la musique seul, puis reçut à Leipzig des leçons de Jadassohn et lie Rkwecke. Il a longtemps vécu en France, et n'a

guéi'e habité son pays natal, i|u'il avait quitté en 1887 pour aller s'établir en Amérique. Son œuvre comprend des opéras, parmi lesquels Koamja (1896) et The Villaye Romeo and Jiiliet (1902), des poèmes symphoniques, Paris (1900), Appalachia (1903), Brigg Pair (1908) et In a Summen tiarden (1908), la symphonie chorale SeaDrift (1904), A Mass ofLife (1905), Dawe lihapsody (1909), un Requiem (1914; ce n'est point, malgré le titre, une œuvre religieuse), les drames lyricpies The Magic Fauntain (1894) et Fenimore and Gerda (1912), et un fort beau Concerto pour piano et orclieslre (1890, modifié en 1907).

John Blackwood Me Ewen (né à Hawick, en Ecosse, le 13 avril 1868) fut élève de la lioyal Academy of Music, où il est aujourd'hui professeur (et en cette qualité particulièrement estimé). Il a écrit nombre d'œuvres de genres divers, dont les plus importantes restent pour la plupart inédiles et n'ont été exécutées que fort rarement. Le catalogue en comprend trois symphonies, des ballades, des ouvertures et une suite pour orchestre, quatorze quatuors à cordes dont le mieux connu est le treizième, Biscay (une œuvre très belle de pensée et de réalisation), une Fanlaisie-Quintctte à cordes, un concerto pour alto, et des œuvres vocales.

Passant maintenant de la génération moyenne, qui est celle des premiers artisans de la renaissance et de leurs premiers émules, aux suivantes, grâce à qui l'évolution de la musique anglaise s'est poursuivie avec une activité et surtout une diversité sans cesse croissantes, les premiers noms que nous rencontrons sont ceux de Guslav Holst et de Halph Vaughan-Williams.

Ce n'est que tout récemment que Guslav Holst (né le 21 septembre 1874 à Cheltenham) a pris rang dans l'opinion publique parmi les compositeurs dignes de retenir l'attention. Auparavant son important bagage (il commença sa carrière de compositeur en 189j) était resté pour la majeure partie ignoré; et si quelques-unes de ses œuvres furent exécutées, ce fut sans grand retentissement. Au cours de ces dernières années, la suite d'orchestre Bt'îii il/oci (jouée pour la première fois il y a une douzaine d'années aux concerts Balfour Gardiner), plusieurs œuvres chorales telles que l'Hymne à Jéstis, les Hymnes du Rig Veda, r « opéra di Caméra » Savitri et surtout la suite d'orchestre les Planètes ont contribué à produire une réaction aussi subite que vive ; et tous s'accordent aujourd'hui à reconnaître que Holst mérite d'occuper une place importanle parmi ses contemporains.

Guslav HoLST étudia la musique au Hoyal Collège de Londres, où il fut l'élève de Charles Stantord pour la composition. Ses études terminées, il fut quelque temps musicien d'orchestre; mais à partir du moment où il fut nommé directeur des études musicales et professeur de composition au Morley Collège, il consacra tout son temps à l'enseignement et à la composition.

Sa première œuvre fut un opéra eu un acte, The R£vohe (La Renonce) ; parlageant la fortune d'une grande partie de celles qu'il écrivit parla suite, cette œuvre resle jusqu'à ce jour inédite et non exécutée. Viennent ensuite diverses compositions instruraenlales, des mélodies, des chœurs, une symphonie (exécutée à Bournemouth en 1902) et un deuxième opéra, The Youlh's Choice (Le Choix de l'Adolescenl, inédit, et non exécuté).

En 1903 il écrivit le poème symphonique Indra, qui inaugure l'intéressante série de ses œuvres inspi-

rées de la liUérature sanscrite (les autres sont : deux séries dliymnes tii'éfs du Jiig Vcda, la première, op. 24, pour une voix, la deuxième, op. 20, pour chœur; et l'opéra di caméra Savitri, op. 23, joué en 1910 et eu 1921).

Ses autres œuvres principales sont deux suites pour musique militaire (op. 28 a et b), une pour orchestre à cordes, la suite PItantastes d'après le roman leerique de iMac Donald (op. 29, n° 2, contemporaine de la suite Beui Mora); la suite Saint-Paul pour orchestre; des odes, des psaumes, et l'opéra The Perfcct Pool (Le parfait Sot), qui contient un ballet exécuté à trois reprises avec succès au cours de l'année 1922.

Le point le plus intéressant qui se dégage de la biographie de Ralph V.aughan Williams (né à Uown Ampne.y le 12 octoljre 1872), c'est la diversité des maîtres dont il voulut recevoir les conseils. Son éducation fut faite d'abord au Royal Collège of Music et à l'Llniversité de Cambridge, où ses professeurs de composition furent d'une partPARRY et Stanford, de l'autre Charles Wood. Plus tard, il reçut à Berlin des leçons de Max Baucn, et à Paris des leçons de Maurice Ravel. Son œuvre comprend trois grandes symphonies : London Symphony (1913), Pastoral Symphony (1922) et A Sea Symphony (1916), cette dernière avec soli et chœurs; trois Rapsodies pour orchestre sur des thèmes populaires du Norfolk; des cycles de mélodies, de la musique de chambre, dont trois quintetles (pour piano, violon, violoncelle, clarinette et cor, 1901; pour piano et archets, 1905; pour archets, 1914) et de la musique de scène pour Les Guêpes d'Aristophane.

Arnold Bax (né à Londres le 8 novembre 1883) est élève de la Royal Academy of Music. 11 a écrit une douzaine d'œuvres d'orchestre dont les plus caractéristiques sont une symphonie (1922), le poème syniphonique The Garden of Fand (1913), les tableaux symphoniqucs Tintagel et November ivoods (1917), et le Concerto pour alto et orchestre (1921), une quinzaine d'oeuvres de musique de chambre, dont deux sonates de piano et violon, un quintette avec piano (191n), un quatuor pour archets (1918), un quintette pour archets et harpe (1919) et une Elégie Irlandaise pour quatuor d'archets, harpe et cor anglais (1921); un grand nombre de pièces de piano, parmi les dernières desquelles se détache it/edï(erra.)!(?a»i, entendue pour la première fois en 1922, et nombre de mélodies.

John Ireland (né le 13 août 1879 à Bowdon) étudia la musique au Royal Collège of Music et à l'Université de Durham. Ses œuvres principales sont le prélude symphonique The Forgotlen Ililc (1913) et une Symphonie Rhupsody (1921), deux sonates pour violon et piano (1909 et 1917), de très intéressantes pièces de piano (notamment Décorations, London Pièces, deux Rapsodies, un cahier de Préludes) et une sonate pour le même instrument, et des pièces vocales.

Frank BiuuGB(né le 26 février 1879 à Brighton) est élève du Royal Collège of Music et a écrit nombre d'œuvres de musique de chambre ainsi que des pièces de piano, des mélodies et quelques œuvres d'orchestre. Parmi ces dernières, inédites pour la plupart, il convient d'accorder une mention spéciale à la suite d'orchestre Tkc Sea (1912), qui fut récemment exécutée à Londres avec un grand succès.

Cyril Scott (né à Oxton le 27 septembre 1879) est un des mieux connus à l'étranger d'entre les jeunes compositeurs anglais, et a souvent été décrit comme celui qui a le plus franchement adopté la manière

de l'école dite impressionniste. Outre un grand nombre de pièces de piano et de mélodies, il a écrit deux symphonies (dont la première est détruite et la seconde, après revision, a reçu le nom de Three Orchestral Dances), des ouvertures pour Aglavaine cl Sélyzette, La Princesse Maleine, Polléas et Mélisande, et quelques autres œuvres d'orchestre, un concerto de piano, un opéra T/f; Akhemist, et deux quatuors d'archets, un quatuor, un quintette et un sextuor pour archets et piano.

Josef IIolbrooke (né le 6 juillet 1818 à Croydoni, élève de la Royal Academy of Music, est un compositeur remarquablement fécond, connu surtout par ses œuvres orchestrales, dont nombre furent inspirées par des lectures de Poe : The liaven (1900), Utalume, (1904) et The Bells (1906) entre autres. Il a écrit une Symphonie dramatique à la mémoire d'Edgar Poe (1908), une Symphonie, Apollo and the Scaman (1908), toules deux avec chœurs, de même que The Bells, une trilogie d'opéras The Children of Don (1908), Dijlan et Bronwcn, ainsi qu'une pièce lyrique d'ordre moins ambitieux, Pierrot and Pierrette (1909), une assez grande quantité de musique de piano, quelques mélodies et nombre d'œuvres de musique de chambre.

H. Balfour Gardiner (né à Londres le 3 novembre 1877) fit ses études partie en Angleterre, partie en Allemagne, et a composé de la musique d'orchestre (dont une ouverture et une symphonie exécutée en 1908i, (le la musique de chambre (dont un quintette et un quatuor pour archets) et quelques œuvres chorales.

Rutland BouuHTON (né en 1878) reçut son éducation musicale au Royal Collège of Music, et depuis 1914 s'est presque entièrement consacré à oi'ganiser dans la ville de Gladstonbury des festivals musico-dramatiques pour lesquels il a écrit diverses œuvi'es, dont les principales sont les drames lyriques The Immorlal Hour, The Birth of Arthur, The Round Table, les symphonies chorales Tlie Skeleton in Armour, The Invincible Armada, et Midnight. Il vient d'achever une Alliestis, d'apiès la traduction anglaise du drame d'Kuripide.

York BowEN (né à Londres le 22 février 188i) lit son éducation à la Royal Academy of Music. Le catalogue de son œuvre consiste entièrement en musique instrumentale, parmi laquelle deux symphonies, trois concertos de piano, un concerto et deux sonates pour alto, un poème symphonique Tasso, un quatuor d'archets et un autre pour quatre altos, et un septuor pour archets, clarinette, cor et piano.

Benjamin James Dale (né à Londres le 17 juillet 188o), élève de la Royal Academy of Music, s'est, comme York Bowen, consaci'é à la musique purement instrumentale, en dehors de laquelle il n'a écrit que quelques pièces vocales et lieforc the Paling of the Stars pour chœur et orchestre. Il est l'auteur d'une symphonie, d'une fantaisie pour orgue et orchestre, d'une suite et d'une fantaisie pour alto et piano, et d'une sonate pour piano (qui est son œuvre la mieux connue).

Norman O'Neill (né h Londres le 14 mars 1875) fut l'élève de A. Somehvkll, et à Francfort d'IvAN Knorr. Il s'est surtout fait connaître parla musique descène qu'il écrivit pour des pièces des genres les plus divers, depuis Ihimlet et Le lioi Jean jusqu'à The Gods of the Mountains de Lord IJunsany et à la Marie-hose de Barrie. Mais il est l'auteur de nombre d'u'uvres instrumentales (dont une Ouverture llumoresgue pour orchestre et un quatuor d'archets).

Eugène Goosskns (né à Londres le 20 mai 1893) a

TEciixioiE. ESTiiÈriorii: et pÉnAOoaiE

rapidement conquis une place ti'ès en vue non seulement par ses compositions, mais par ses races qualités de chef d'orcliestre et son excellente propagande €n faveur de la musique moderne de tous les pays. Son œuvre comprend les poèmes svmphoniques Persetis et The Eternal Rlii/thm, le scherzo d'orclieslre Tarn O'Shantcv, la musique de scène pour le Philippe II de Verhaeren, Four Coiiceits et Nature Poems pour piano, des mélodies et de la musique de chambre.

Lord Hi-RNERS (Gerald Hugii Tyrwbitt, né à Londres le 18 septembre 1883) fit ses études musicales à Dresde et à Londres et a écrit quelques onivres de piano et deux suites d'orchestre de tendances pittoresques et luimoristiques.

Le pittoresque et l'humour sont également les caractéristiques les plus saillantes de la musique d'Arthur Bliss.

Arthur Bi.iss (né à Londres le 2 août 1891) fit ses éludes m.usicales à l'Université de Cambridge. Ses principales œuvres sont : Colour Symphonii pour grand orchestre (exécutée au festival de Gloucester en 1922), une rapsodie pour ténor et soprano soli, fliite, cor anglais et quintette à cordes (1921); Roui pour soprano et petit orcliestre (1918); un concerto liour piano, ténoi-, solo, instruments à cordes et percussion; Mclée Fuutasquc pour orchestre; et Conversations pour archets et bois.

La présente liste, incomplète sans doute, mais dressée avec le souci de n'omettre le nom d'aucun des compositeurs les plus représentatifs ni de leurs œuvres les plus marquantes, donnera tout au moins une idée de l'étendue du mouvement par lequel la Grande-Bretagne s'est, en quatre décades, placée en bon rang parmi les nations productrices de musique.

Ceux qui au sujet de la musique de Grande-Bretagne voudraient soulever la question si souvent débattue de nos jours de la nationalité musicale ne trouveront pas dans l'étude du folk-lore anglais, gallois, écossais ou irlandais un point de départ comparable à celui que les exégètes de la musique russe ou de la musique hongroise trouvent dans le folk-lore russe, oriental, ou hongrois. Si la musique anglaise a évolué dans un sens national, c'est bien plutôt par l'esprit, par l'ensemble des caractères de pensée et de sentiment que par la recherche d'éléments idiomatiques empruntés aux chants traditionnels. On a pu noter, non sans quelque apparence de raison, la couleur irlandaise parfois manifeste dans la musique de Stanford, ou le caractère nettement écossais que celle de Mackexzie révèle çà et là. On voit aussi que Vaughan ^VILLIAMs, follv-loriste expert, doit beaucoup à sa connaissance des aii's populaires et en utilise parfois dans ses compositions. Mais ce ne sont là que des points de détail; et l'importance des caractères spirituels est mille fois plus considérable comme le montre le musicographe de la Edinburgh Reviciv lors-

qu'il fait allusion au caractère <( purement anglais ') de l'idiome de Parry.

Et à propos de cette citation, il convient de souligner le rôle considéi'ablc que joue dans l'évolution contempoi'aine l'étude de l'ancienne musique anglaise des grandes époques.

Kclairer d'un commentaire critique la liste établie plus haut, c'est, comme il a été dit déjà, courir le risque d'introduire un élément de pure polémique dans des pages où la présence d'im tel élément est essentiellement indésirable. Il pourra être utile toutefois d'indit|uer que d'entre tous les compositeurs nommés, — à part les précurseurs et Elgar, à qui tous s'accordent à attribuer la place d'honneur, — ceux dont la critique s'est occupée jusqu'ici avec le plus d'intérêt et dont les a^uvres ont été l'objet des discussions les plus utiles à la formation d'une opinion raisonnée sont : IloLST, Vauguan-Williams, Ireland, Bax, Josef HoLBROOKE, Delius, Cyril Scott, Bliss et Goossens. Il en est d'autres qui, connus pour une ou deux do leurs œuvres plutôt que pour l'ensemble de leur production, se sont classés en bon rang dans l'estime générale.

Dans cette estime, il semble que Gustav Holst ne soit pas loin d'occuper la plus haute place (un jugement exprimé par nombre de critiques, et auquel l'auteur du présent article souscrit sans réserves) avec, auprès de lui, Vaughan-Williams, Ireland et Bax. Delius également est tenu en haute estime. Hol- BROOKE et Cyril Scott ont des partisans moins nombreux, mais pleins de conviction. Et un vif intérêt est marqué aux productions de Bliss et de Goossens. M.-D. CALVOCOKESSL

Note bibliographique.

Parmi les ouvrages et articles se rapportant aux musiciens anglais contemporains, les suivants seront consultés avec fruit :

Anderton. — Granville Bantocl;, Londres, 191îj.

Buckley. — Elgar, Londres, 1904.

Colles (H.-C). — The Music of Vaughan Williams {The Chesterian, Londres, février 1922).

Evans (E.). — Modem British Composers, une importante série d'articles publiée dans le Mtisical Times à partir de janvier 1919.

FoxStrangways (A. -H.). — Ralph Vaughan Williams (Music and Letters, Londres, avril 1920).

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