III. — Accords de neuvièmes, de o.nziêmes
DE THEIZIÈUES, ETC.
La théorie harmonique des traités considère tous les accords existants comme formés de tierces superposées {nous exposerons qu'il peut y avoir d'autres formations d'accords). — Après les septièmes viennent donc les neuvièmes, les onzièmes, etc.
Dans la plupart des ouvrages didactiques, on n'étudie que les neuvièmes de dominante majeure et mineure :
En réalité, il existe un grand nombre de neuvièmes possibles, sans même tenir compte des intervalles augmentés ou diminués. I.a musique moderne utilise couramment ces neuvièmes qu'ignorent les traités (ou qu'ils ne connaissent qu'à titre Je retard); par exemple celle-ci, tout à l'ait couranle ;
Accord du second degré du ton de sol*, dont la onzième est :
fc
On peut, par curiosité, dresser le tableau de toutes les neuvièmes possibles; l'on y trouvera certains accords que parfois emploient les jeunes compositeurs. Cependant, il faut bien dire que l'évolution harmonique ne s'est pas accentuée jiarticulièremcnt vers toutes ces neuvièmes, encore moins vers les onzièmes, les treizièmes, les quinzièmes, etc. Il y a pour cela diverses raisons — non point tant la « dureté» des accords ainsi formés (cette dureté peut être relative, ainsi que nous le verrons; de plus certains musiciens d'aujourd'hui semblent craindre moins la duieté que la douceur). Mais d'abord, si l'on n'écrit qu'à trois ou quatre parties, les onzièmes n'existent point; une neuvième complète suppose déjà cinq parties; en outre le maniement de ces accords est assez gênant; ils ont quelque chose de massif; leur « à propos» exige des occasions particulières. Enlin.ils ont probable ment moins d'éclat (àcausedetoutrslcuis tierces) et restent susceptibles de moins de diversité que les combinaisons bitonales ou polytonales auxquelles va la préférence des jeunes; enlin, comme cette préférence est aussi pour le langage conlrapuni'tique des parties se mouvant librement, les accords de onzième ou do treizième (parce qu'ils restent dans le domaine de « l'harmonie i>la(|uèe ») n'ont pas une faveur aussi grande qu'on pourrait le croire.
Mous insisterons seulement sur les neuvièmes; en particulier, sur la façon libre d'écrire ces accords.
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
Car, au sujet delà neuvième de dominiinte, les traités interdisent de placer la sen^^ihle an-dex^in; de In neuviùme : c'est encore là une conception tout ;\ fait désuète, et nous citerons plusieurs exemples de réalisations «fautives» au point de vue des traités : elles n'en sont pas moins excellentes.
« (i< De Soirs... » Proses lyriques, Cl. DeiîuSsy.)
Le passa^^e suivant de la quatrième Prose li/rique de Deiuissy montre un dessin formant pédale, audessus d'une neuvième de dominante ; il y a donc la fondamentale (doublée) se ti'Oiivant, ainsi que la quinte, au-dessus de la neuvième. La sonorité [est ravissante :
*Eé
Et la
nuit
^MkjR
îi i
Voici quelques exemples encore de neuvièmes de dominantes, écrites autrement que ne le permettent les traités :
(Pelléas et Mélisànde, Debussy.)
(Neuvième de dominante se trouvant doublée (à la seconde mesure) par le mi pédale. [Pelléas et Mélisànde, Debussy.)
toutes ces vieilles forêts sans lumière...*'
lUi
(La neuvième se trouve au-dessous de la sensible; elle est doublée à l'octave ainsi que la septième. (Le Martin-pêcheur, M. Ravel.) (Extrait des Histoires naturelles de Jules Riînabd.)
Tous ces exemples fureiiL réalisés par les auteurs avec la juste précision qui les fait correspondre exactement au paysage ou au sentiment tra<luils. Ce passage du Marlin-pccheur utilise la neuvième audessous de la sensible, avecappogiature de la quinte
par la sixte (so/;). Soyez-en certains : ce n'est pas au hasard, mais guidé par un instinct très sûr, que M. Ravel l'écrivit de la sorte.
Il en est de même des suivants :
(ta Flûte enchantée, M. Rav^l.] trea ralenti
[Le Corbeau et le Renard, A. Caplet.'
Mon .
bon mon
sieur
i): l^'^fij'-
(Neuvième de dominante, placée à distance du seconde de la fondamentale, et au-dessous de la sensible.)
[Seconde SfO'aftajirfe, Erik Satie.) (1887.)
{Chansons populaires espagnoles, M. de Falla.
(La Tragédie de Salomé, Fl. Schmitt.;
(Second renversement do 9, avec la neuvième
au-dessous de la dominante.)
(Même réalisation, au-dessus d'une double pédale.) Quant aux autres sortes de neuvièmes, on verra plus loin, dans le tableau des accords, celui du second degré et celui du quatrième, qui sont aujourd'hui fort employés. L'accord du second degré donne :
(Pellé'is et Mélisande, Debussy.)
L'accord de neuvième ayant la tonique pour fondamentale se rencontre également; ilollre un caractère assez stable :
TECHMQLE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOCIE
EVOLUTION DE L'HARMONIE <,l.-
(Jeux d'eau, M. Uavel.)
La neuvième peut se trouver ajoutée à un ace )rd de septième diminuée:
[Chanson de flûte, F. Bertiiet.)
El les neuvièmes du quatrième ou du second degré se présenteront sous forme de renversements: (Poèmes d'automne, G. Dupont.) -^'T"
Et langnii reu. se . ment la clar .te' se re . ti . re
Pour les Résolutions exceptionnelles, elles sont fort nombreuses. .\ous donnons au chapitre des licences la'plupart de nos exemples de neuvièmes consécutives',
[Quintette, César Fbanck
mais il existe mainte autre résolution exceptionnelle des accords de neuvièmes :
{Sccon<le Saraiande, Eiuk Satie.)
MA„it^-f4!^|£jfe
pfT^