‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 329 sur 330 · CLAR · texte numérisé non relu

CLAR

XYLOPH.

TROMBONES sourdines

Tuha sourdine

Bornons ici cette déjà longue série d'exemples... L'essentiel, c'est qu'il y ait toujours harmonie entre la réalisation sonore et l'expression voulue; c'est aussi que l'idée musicale ne soit pas absente; que l'on sente une mélodie vivante circuler dans l'ensemble, si complexe soit-il. (Ainsi, ilans sa conférence sur la jeune école française, faite à l'université de Harvard, M. Darius Milhaud rappelait cet excellent conseil de son maître incomparable, M. André Gedalge: « Mais faites-moi donc une mélodie de huit mesures qui subsiste, vivante, sans accompagnement! »)

11 n'est pas nécessaire, il est parfois dangereux qu'un art obéisse à des Ihéoiies préétablies. La liberté avant tout! D'autre part, il ne serait pas souhaitable non plus que la polytonie fût simplement un jeu du hasard, comme ces dessins obtenus par une tache d'encre, en repliant la feuille de papier. Les réactionnaires diront: " Souvent, il en est ainsi! « Mais non. Ce n'est pas le cas, au moins chez la plupart de nos jeunes musiciens. Empirisme ne signilîe nullement recherches aveugles et foi'luites. Ces artistes, s'ils tâtonnent, s'ils peuvent même se tromper, c'est avec sérieux et conviction; c'est eu obéissant à leur instinct musical. On doitadmettre ce postulat et rien ne nous fait croire, a posteriori, qu'il soit faux. Mais de toute façon, l'écriture polytonale est très difficile. Impossible d'ailleurs de savoir par la théorie ce qui va, ce qui ne va pas. Y a-t-il en musique des agrégations de sons forcément mauvaises? On rencontre des cas si imprévus, que nous hésitons à soutenir que des « doublures de sensible», même avec la sensible à la basse, soient toujours impossibles. Elles le sont le plus souvent, cela est cerlain; et cette sorte de réalisation paraît une des plus plates, des plus pauvrement lourdes qui soient. Cependant, il y a la manière... En définitive, c'est plutôt dans les enchaînements, dans leurs rapports, dans leur signification musicale et expressive (comme aussi dans les mélodies et les rythmes) que réside la platitude ou la beauté. Car il y a une joif plate et niaise, il y a des sentiments et des réalisations bêtes, désolamment vulgaires, des « œuvres mauvaises », absolument parlant. Seulement,les codifier, et savoir pourquoi, c'est bien difficile!

En matière de polytonie, à l'heuie actuelle, cela devient tout à fait impossible. Le style polylonal, nous l'avons dit, est fort difficile à pratiquer. Aucune note n'y doit être mise au hasard (comme des sceptiques seraient tentés de lecroire). Mais, comme pour le reste de la musique, c'est affaire d'inspiration, — de génie, après tout. (Chaque musicien digne de ce nom doit posséder un peu de génie ; sans cela, à quoi bon?) La polytonie estdonc intuitive, et diverse extrêmement; elle vaut ce que vaut, elle est ce qu'est le compositeur ^ IJe toute façon, sachons bien qu'il ne pousse aucune plante à panacée dans la forêt nouvelle. Un accord seul n'a point de vertu mystérieuse. Il semblerait à l'auditeur enthousiaste que telle harmonie possède telle vertu desciiptive, lorsqu'il la découvre chez celui qui en inventa l'usage pour tel cas particulier. Mais celui-là fit œuvre de créateur; il devina le just'e l'apport de cette harmonie avec le

1. El, plus que nulle p,Trl, une parfaile justesse psl nécessaire à l'eiécution. La moimlie fausse noie, la uiouidn' intonation îi côté, détruit i-omplcteni .ni l'i'irct ■■! r.Mul los ai- "or.ls inroinpri-hensiblps.

2. D'ailleurs, pour difficile qu'ellu soit, il reste encoie plus malaisé d'érrire un beau cboral eonsonant, prrsiinnp,!.. juste expression de la sensibilité du musicien. L'eeriture à quatre parties, cette simple écriture a base d'accords parfaits et de septièmes, demeure la cliose la

contexte, avec la ligne mélodique et la pensée musicale. On ne pourra pas, on ne pourra jamais le copier. Déracinez un de ces arbustes à Heurs merveilleuses, il mourra si vous ne le transplantez dans un terrain que fertilise à son tour le génie. Et, comme en musique il ne saurait exister de copie textuelle, l'épigone qui s'imaginerait, usant au hasard de tel accord, lui conserver sa vertu première, se tromperait lourdement.

De tels conseils, peut-être, ne sont pas inutiles aux jeunes artistes. L'erreur autrefois commise avec les quintes augmentées qui semblaient si <i modernes » (chargées naturellement, obligatoirement, d'une certaine violence éclatante), — mais qui n'aboutirent à rien chez les copistes, — cette erreur qui se renouvela par l'emploi des neuvièmes post-debussysles renaîtra sans doute aux nouvelles provinces que s'est annexées le royaume de la musique. Un jour prochain, aujourd'hui peut-être, ou même hier, surproi duction industrielle de polytonie systématique envahissant le 11 marché musical» de l'Europe! Nous devrons, comme toujours et plus que jamais, nous méfier des formules. 11 est si facile d'écrire à tort et à travers un accord tel que celui-ci :

Pr

Des médiocres finiront par nous en dégoûter, jusqu'au jour où plus tard un authentique génie rajeunira la formule par l'emploi original qu'il en inventera.

Mais le domaine de la polytonie est si vaste, les réalisations obtenues sont susceptibles de tant de variantes', que nous avons confiance en l'avenir, malgré les inévitables épigones qui, pour un temps, discréditeraient ces harmonies.

Enfin, que nos aînés se rassurent! Les styles nouveaux ne détrôneront pas les anciens, — non plus que la septième de dominante n'a tué l'accord parfait. Simplement , nous possédons aujourd'hui de vastes provinces, encore peu connues , et que plus d'un travailleur va cultiver avec enthousiasmi^, — tandis que les pionniers, avides d'autres horizons, élernels juifs errants, s'en iront plus loin, toujours plus loin, vers les terras ignotas...

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