‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 33 sur 330 · Le Clœvatipr Gluclt rt te leitmotiv · texte numérisé non relu

Le Clœvatipr Gluclt rt te leitmotiv

5. Car ia pers(>nn:ilil(> du musicien n'y fut aucunement amoindi-ie par son cntliousiiisnie pour ^VAl;^F,n, ni même par quelques ressemblances — superficielles ifaillcurs — avec la musique de Ma^senet.

3. Ilfaulractlre à pari Icsœuvi-e"! de M.tUoui. Lapaiiua lia Waian«'n et la Jolii]. Dramatiques, pittoresques, elles ('■vaquent l'Espagne du Nord, montagneuse, sombre, violente, passionnée. Ce n'est pas du lliéàtre intérieur; ce n'est pas du vêrisme non plus. — Nous avons

On retiendra de l'intluence «agnérienne non point la lettre, — esclavage provisoire au leitmotif et à l'ampleur des scènes, — mais l'esprit, l'émancipation durable : le droit au drame intérieur, à la vérité psychologique traduite par la musique même. En cet ordre d'idées, l'une dos premières manifestations françaises, l'une des plus marquantes et des plus originales'-, nous semble le Rêve, de M. Alfred Bruneau. Avait-on jamais, chez nous, exprimé si fidèlement, suivi avec tant de souplesse et d'absolue sincérité lesmouvements de l'âme? Peut-être : en certains passages de GouNOD, et surtout en des œuvi'cs non destinées au théâtre, comme la Damnation de Faust. Mais en vérité, le Rêve (1891) est une date dans notre histoire. El si plus tard Louise (1900) parut révolutionnaire (plutôt à cause des vêtements modernes, du milieu et du langage, que par suite de la musique même), c'est qu'on avait oublié le Rêve. Sans vouloir dénier à M. Charpentier ce que sa pièce a de personnel, ni l'humaine sensibilité des meilleures pages (notamment le rôle du Père), il n'en est pas moins vrai que le/îecefut la première tentative de ce genre: fort réussie d'ailleurs, bien qu'elle n'ait pas encorele succès qu'elle mérite. Nouveauté de l'orchestre et des harmonies, hardiesses d'écriture qui nous semblent aujourd'hui si naturelles, mais qui choquèrent â l'époque, livret débarrassé de toutes les conventions pour ne tendre qu'a la vérilé, — tout cela, c'était l'audacieuse révolution entreprise par M. Bruneau. Faut-il l'avouer? Nous attachons peu d'importance au fait d'avoir mis en scène une action moderne, avec des costumes actuels. 11 n'y a pas moins de vieréelle dans le légendaire Pelléas, où Golaud souffre de l'alfreuse jalousie, où Mélisande cède à l'éternel charme de l'amour. Quelques compositeurs confondirent ainsi le réalisme et la vie profonde (alors quecelle-ci réside au contraire dans l'expression musicale et dans la beauté du poème, non dans les contingences ni l'atmosphère du sujet).

D'autres s'orientèrent différemment. Mais en général le théâtre lyrique conserva son double idéal de se«sibilité vraie, àë musique avant toute chose... Ce n'était pas que d'aucuns ne fussent restés fidèles à de plus anciennes formules. Leur conception du théâtre se ressentait de l'exemple retentissant de certains succès populaires; peut-être aussi de l'enseignement delà « cantate » qui mène au prix de Rome. L'art de Xavier Leroux, travailleur acharné, celui de Marty, de MM. Paul Vidal, G. Pierné, Revnaldo Haun, Ch. Levadé, h. Février, se trouvent apparentés à celui de leur maître Massenet; Samuel Rousseau, Erlanger, les frères Paul et Lucien Hilleliacher, MM. Le Borne, Silvio Lazzari,A. Sa var», Georges Hue, subirent davantage l'intluence de Bayreuth, le plus souvent avec de sincères efforts et non sans un véritable talent^. Mais, sauf exceptions, ils semblent moins hardiment atteindre l'intérieur de l'âme, que d'autres musiciens dont les critiques discuteront les qualités théâtrales. Elles sont plus cachées peul-être, plus réelles sans doute. Tels par exemple les drames d'AL- «ÉRic Magnard, Bérénice et Gucrarur, dont la tenue, en apparence un peu austère (mais avec une musique

parl^plus liautde Gaiumei. DiiroNT, ce jeune musicien trop tôt disparu. Son M'uvre théâtral est important; on connaît suitoul Antiiv. qui fut très vivement .-idmiré de certains critiques, pour la pén)!'i-osilc, la sincérité, la simplicité (dans le meilleur sens) de l'inspii-ation. On ne doit pas oublier non plus les deux drames lyriques de i\l. Ai.rREii Bac.h»;lkt, Scewi ot Qiniinl la ctoclie sonfiern..., ({ui létnoifçnent d'une émotion à Li fois scé nique et musicale, — et la l''ortt Ueue de M. Louis Auaiùni, inspirée des ConliM de l'cT-rault.

TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

si pleine de sensibilité pour qui veut bien la comprendre), et le manqne d'arlilices scéniques el la simplicité toute lacinienne' ne laissèrent point de surprendre le public déshabitué ilu goCll classique. — Nous avons apprécié déjà le Fcrnial do M. u'Indv; il y faut joindre VElmwif'r. oi[,nialf;ré la part accoi'ilée au réalisme de la vie contemporaine (l'action se passe dans un milieu de pécheurs), l'élément symbolique et religieux conserve la pi'épondérance, comme le plus souvent chez M. V. d'Inuy. — Le l'ai/x, de M. liiY-lioi'AHTz, appartient également au groupe des piècesécrites sous l'inlluence de l'enseignement franckisle-, avec parfois des allures assez wagnériennes. Mais on saisira qu'il est impossible, qu'il serait injuste de classer rigoureusement ces œuvres', dont certains •côtés sont tout intérieui's, et d'antres plus extérieu- <'ement scéniques. L'essentiel reste la part que tous ces auteurs accordent à la lausiqiie pure, et la sincérité avec laquelle ils tendent à traduire des sentiments sans viser à <( l'elTet théàlral ».0n ne contestera pas qu'il se Irouve, dans Ariane et Bnrbc-Iitciie tle 11. Paul Dlkas, un ell'ort extrêmement soutenu, et souvent avec une grande noblesse, vers l'expression prolonde (à quoi le portait tout naturellement le beau livret de M. MaeterlincUl, — sans préjudice, d'ailleurs, des qualités de rythme et de solidité symplionique qui le caraclérisent en d'autres morceaux bien connus. Comme aussi le Civtir du moulin, cette œuvre de vive et charmante émotion de D. de Sévkrac, les précédentes n'ont pas conim le succès populaire, ni la « gloire » de rester au répertoire courant. [N'en accusons pas leur valeur léelle, bien au contraire, — mais le goiît souvent déformé du (fi'o^ public.

Le soit de Pctlcas cl Mélisandc, celui de Pcnclope, sont à peu près semblables. Ces pièces n'apparaissent sur l'afliche qu'à de trop rares intervalles. Et pourtant, ce sont d'incontestables chefs-d'œuvre, les plus réels, à n'en pas douter, de toute notre musique théâtrale. Encore qu'ils soient bien connus de l'élite, nous ne pouvons moins faire que de nous y arrêter quelques instants.

La musique moderne ouvre les fenêtres toutes grandes sur la nature. Nous l'avons dit : l'ancienne était, bien souvent, celle des salons. Avec Pellêas, c'est l'ombre du grand parc, la grotte au bord de la mer, la forêt légendaire, la nuit d'étoiles, le clair de lune

sur les cheveux blonds de Mélisande... C'est tout cela, si direclement, et qui pénétre en nous, si profond, que nous ne savons plus où nous sommes, que nous ne pensons plus à faire la part du sentiment et de la sensation. Syiilhèse |)arl'aito, nulle ouivre n'apparaît si éloignée de la formule, nulle n'esl plus variée au gré île l'instinct qui en dicte les incessantes trouvailles; cela semble « fait avec rien », comme on dil; mais ce rien, il le fallait trouver, et c'est le grand art. PcUcuk, encore aujourd'hui si jeune, si présent, est d'une réalisation beaucoup plus simple que les médiocres imitations debussystes. On avait parlé de ses « perpétuelles dissonances i>*; c'est ine.xact: les accords parfaits y jouent un rûle imporlant. et d'ailleurs l'écriture est d'une grande pureté. Pour les combinaisons de thèmes, il peut s'en rencontrer, mais raremeni, car Dkhussy n'en ressentait pas le besoin et n'aimait pas à faire étalage de « science ». Quant à l'orchestre, à l'art d'accompagner les voix, à la lîdiJlité de la prosodie, à la conduite harmonieuse des scènes, quelles leçons merveilleuses! Art condensé, subtil et juste, qui n'a de y iinpressionnifimc que la spontanéité d'intuition, unissant les qualités des « esquisses d'après nature » à celles des tableaux longuement médités, — vigoureu.x, violent même lorsqu'il le faut, et toujoui's profond''. De la vie, avant tout. En deux mesures, c'est le charme lumineux de l'adolescence et l'inlînie séduction de l'amour (l'arrivée de Pelléas, au tableau des Phares, ou bien encore telle phrase de Mélisande: « C'cKt quelque chose qui est plus fort que moi... »). Ainsi l'artiste, le poète-divinateur (vatcs) réalise des images parfaites qui sont des mouvements de l'àrae. Canime qui s'étend de l'ombre à la Inniière, de la jeunesse heureuse à l'agonie, de la tendresse à l'atroce jalousie qui tenaille le cœur... Mais nous venons bien tard pour chanter ces louanges. N'esl-ce point vouloir enfoncer des portes ouvertes"? Il est vrai que des aveugles volontaires, encore aujourd'hui, ne consentent point à voir les jardins enchantés où elles conduisent. C'est pourquoi nous jugions utile d'évoquer ces merveilles, même après d'e.xcellentes monographies'"'. Une étude plus approfondie dépasserait notre cadre ; il ne s'agissait ici que de combattre des erreurs en dégageant les caractères généraux de ce chef-d'œuvre.

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