‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 34 sur 330 · Cf. la préface de la Bérénice de Racine · texte numérisé non relu

Cf. la préface de la Bérénice de Racine

2. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que César Franck lui-même écrivit deux œuvres pour le théâtre ; Uulda et Giselte. Elles sont pleines de beautés, et l'on ne peut que regretter vivement qu'aucun directeur ne se décide â les monter. On citera également, chez les élèves de Franck, Eros vainqtieur, de M. P. pe Bréville, et le Roi Artus, d'EnsEST Chausson, que nos théâtres subventionnés reprendront sans doute un jour on l'autre...

a. 11 eiiste des degrés insensibles, de l'art vériste au plus intime des drames lyriques.

it-ce au juste que la dissonance ? Musicalement, cette concepavec les époques. — D'ailleurs certaines seotièmcs ou mèmi»

4. Ou'est-( tion varie avec les époques. — D'ailleurs certaines septièmes ou mènie certaines neuvièmes sont plus anciennes qu'on ne s'aviserait de l'imaginer, bien avant Monteverdi, Guillaume de Machaut (xm" siècle) avait écrit :

et l'on trouve des seplièmes de dominante dans uo motet de Piirre de LA Choix Ixni" siècle).

D'après la théorie, les accords parfaits sont les seuls consonnants. 11 n'en demeure pas moins qu'en des passages tels qu'à la page 2 d'Asie, de M. Ravel (-< Je voudrais m'en alhr ace la goé/etti:... »), l'accord de septième mi^? sol\i si(j rti\j est d'un caractère parfaitement M consonnaat » et donne, avec beaucoup de douceur, une

impression de repos. Quant aux neuvièmes de dominante, chez Debussy, elles sont d'une extrême suavité. Alors, que devient la théorie et que reste-t-il du reproche?

;■). Cf. les scènes de jalousie de Golaud, l'admirable entr'actc qui précède le dernier duo de Pelléus et de Mélisande, et tout ce duo, etc. 6. Cf. le livre remarquable de M. Louis Laloy sur Debussy.

EACyCLOPÈDIE DE LA MISIQVE ET DICTJOi\.\AinE DU CONSERVATOIRE

Nous n'estimons pas d'un moindre prix la Pénélope de M. Gabriel Fauré. Les snobs liésitent, et quelques confrères aussi, qui ne mesurent point sa liauteur véritable, lant les proportions en son! iiarmonieuses, naturelles, parfaites. Le propre de M. Pauhé, c'est une absolue pénétration des clioses et des êtres; nous ne dirons pas de sa musique qu'elle s'adapte au sujet, mais qu'elle en forme l'essence; niiroii' magique, elU; devii-nl le sujet même. Don unique, de revivre la pensée des poètes, — inexplicable mystère de ne jamais perdre, cependant, sa personnalité si reconnaissable. — Pénélope est donc une œuvre grecque. Enti-e toutes, l'époque du miracle antique convenait à M. FAunÉ. Par sa nature intime, il est à la fois de notice siècle et du temps de l'anciemie Hellade. La pure netteté des contours, la ricbesse cachée de l'inspiration qui toujours dépasse ce que les notes mêmes semblent dire (et cela est le secret de la vraie puissance), cet équilibre de la raison et du sentiment, cette pudeur de l'expression, toute classique et si française, un art qui sait dire tout ce qu'il faut, rien que cela, avec une simplicité raffinée (celle de VErechleion), avec l'émotion d'une matière admirable et lumineuse comme un beau marbre au soleil, — des fragments de " récits », images de ces reliques païennes, toises délicats et fermes, voluptueusement chastes, au-dessus du désir troublé et pourtant d'un charme infini; les danses du premier acte, gracieuses, souples, mais si sobres de réalisation en leur ligne précise, l'auguste sérénité de la nuit où Pénélope, chaque soir, attend le retour d'Ulysse, — et la force du guerrier évoquant la figure héroïque d'Hercule, là, devant nous, gigantesque (trois mesures seulement, — une modulation surhumaine), — quels plus beaux exemples de l'idéal classique? Voiidra-t-on comprendre cet enseiijnenienl, alors qu'aujourd'hui (surtout en musique) tant de personnes ont perdu de vue cet idéal français? Itevivaut en soi-même la naïve et rustique Oihjssée, respirant avec joie, loin des civilisations industrielles, l'atmosphère d'un passé d'harmonie (d'ailleurs sans incliner vers l'archaïsme, mais au contraire interprétant le poème homérique comme l'eût fait un contemporain de Périclès), M. Fauré, on peut bien le dire^ a ressuscité quelque chose de la perfection grecque.

Depuis le Septuor auguste des Troyens (en exceptant également les très belles Stances de Sapho), on semblait oublier la grandeur et la santé païennes; on se souvenait plus volontiers de ÏAnthologie. Il ne faudrait pas qu'on se méprît sur le sens de nos paroles; nous n'avons garde de critiquer; nous fûmes des ])remiers à soutenir les Chansnns de Bilitig de Claude Debussy, la Dnplinis et Chloé de M. IUvel; ces musiques font le plus grand honneur à l'Ecole française, et resteront. Mais sera-l-il permis de tenir Pénélope pour l'expression, infiniment noble, d'une plus belle époque?

Et cela nous conduit tout naturellement vers une autre œuvre de M. Fauré, moins connue que Pénélope, mais unique peut-être dans tout l'art moderne. Nous voulons parler de cet extraordinaire Promélhée qu'on entendit naguère (en 1900 et 1901) aux arènes de Béziers. On sait que chaque année, pai' l'excellente initiative d'un Mécène bitterrois, M. Castelhon de Uauxhostes (loué soit son nom !), cette ville organisait

1. Qui sait? pouL-cU'C un jour verrons-nous l'Amoriipie y consacrer 1.; Ihêàtrf de \' tnii-ersilc de ('alifoniie. i Berkeley. — con^lruiL sur le modèle exact de celui d'Epidaure, dans un nierveilleui décor d'eucalyptus et de cyprès.

d'admirables représentations où l'on évoquait le souvenir des drames antiques, où l'on réalisait avec nos moyens modernes quelque chose d'analogue à ce que fut le théâtre grec. Dill'érent certes, mais participant à la même sorte de beauté : mélange de poème parlé et de chœurs soutenus par des « orchestres d'harmonie ». En plein mois d'août, au grand soleil, sous le ciel étincelant d'une après-midi radieuse, on contemplait, on écoutait avec la plénitude du bonheur, la résurrection d'un passé miraculeux. On découvrait avec joie l'admirable, et puissante, et douce, et pure sonorité de l'orchestre en plein air. Le soir descendait. Peu à peu les ombres plus longues emplissaient la grande coupe des arènes ; et dans le silence de la nature, la musique gagnait une intensité merveilleuse... Emotion singulière, faite d'art profond et d'allègre santé. Le public de nos théâtres « barbares », à l'atmosphère viciée, ne saurait imaginer le bienfait d'un tel équilibre. Ce furent d'inoubliables journées'. On y donna mainte œuvre intéressante : Déjanire, de Sai.nt-Saens; le Premier Glaive, de M. H. Rabaud; Bacchus et Silène, ballet de M. Max u'Ollone; Héliogabale, de Déodat de Séverac, etc. Mais Prométhée nous apparut comme une révélation^. Il semble que M. Fauré ait vu le Tilan face à face, enchaîné au roc du Caucase sous les flèches d'délios implacable, — et les blocs cyclopéens de Mycénes, — et la jeune humanité dans l'enthousiasme du Feu nouveau, et les Dieux cruels, la vierge Pandore, les Océanides consolatrices. Il eut le secret de cette force abrupte et fruste, sans la maladresse d'un primitif ou l'artificiel d'un néo-archaïque. Il fit chanter Gala comme une Erda de l'Hellade, aussi belle que dans la Tétralogie, davantage peut-être par la densité musicale et l'équilibre harmonieux d'une majesté qui ne tourne jamais à l'emphase. Les funérailles de Pandore, que termine une plainte sereine, divinement consolatrice et qui parait descendre de l'Olympe, — l'extraordinaire limpidité d'espoir et de lumineux pardon, dont s'éclaire une phrase à l'allure de bas-relief grec, avec je ne sais quoi de jeune éternellement^, — et l'apothéose qui, superbe, conclut dans toutes les forces de l'orchestre et des chœurs, atteignant la hauteur grandiose de la scène finale de la Gôttcrdiimmerunrj , — solennelle, mais avec la mesure parfaite, simple, définitive et comme indestructible d'un temple grec; — il faudrait tout citer : notre vocabulaire resie inégal à dire ces splendeurs. C'est le triste sort des critiques, d'où bien ne pas comprendre les œuvres, s'immortalisant comme les ScuDO par le ridicule d'une haine grotesque; ou bien, les aimant profondément, de ne pouvoir faire passer dans leurs mots le fiisson que donne la toute-puissante musique. Il y faudrait un poète de génie. Mais être assuré qu'il existe des cnuiis qui ressentiieiU assez profondément l'antique émotion, les uns pour la faire revivre dans le domaine musical, les autres pour la retrouver en ces u;;uvres de notre école française, c'est un grand réconfort en ces jours où le lieau se trouve attaqué de tant de manières, — défiguré, ou jugé superfiu. Elle n'est donc pas morte, cette beauté, u chose si grande et si auguste, que des siècles de barbarie ne peuvent l'ell'acer à ce point, qu'il n'en reste des vestiges adorables' ».

2. Voir, à ce sujet, notre article (par intérim) dans le Mercure de /^ra»cc, septembre i'.)01.

'.i. « Les Dieux graves nous ont souri... les chemins sont clairs oî& lu passes... »

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