Cf. la Naissance de Bouddha, de M. M. Délace, etc
pour leurs œuvres, ont préféré le titre de Sonatines, soit qu'ils les aient jugées d'allure moins scolastiquo que des sonates régulières, soit qu'ayant évoqué dos sentiments accessililes aux enfants et destiné ces compositions îi la jeunesse, ils se soient considérés comme de modernes « Cle-mentis ». La Sonatine de M. Ravel est universellement appréciée, et vraiment c'est l'une des plus cbarmanles parmi toutes ses compositions de piano. Nous citerons également celle'' de M. Jean Hurk, claire, limpide, et si musicale; celle de Paul Martineau, son élève, où revit l'àrne de la Bretagne qui fut son pays natal; celle de M Erik Satie (« Sonatine bureaucratique ») d'un humorisme très fin et d'une grâce ingénue; et celles dr l'auteur de ces lignes, M. Cu. Ivoxhlin.
Mais ici, comme à l'orchestre, c'est dans les formes libres que l'imagination des musiciens semble le mieux se complaire. Poèmes symplioniques en camaieu, ces Rustir/aes de M. Roussel, En Languedoc de D. DE Séverac, Gaspard do la nuit, les Miroirs, la Pavane pour une infante défunte, de M. Ravel, les ravissantes Sarabandes de M. Kniic Satie et de Claude Deiîussy, les Promenades de M. Poulenc, les Pièces brèves de M. Honkogek, le Passé de M. Trançois Beiithet, les incomparables Nocturnes et Barcarolles de M. Gaiiriel Fa-uré. Tout ce que nous avons dit au sujet de l'art descriptif et puissamment évocaleur qui est si particulièrement celui de nos temps modernes, retrouverait sa place à propos de ces œuvres dont la plupart sont vraiment de premici' ordre, pleines de musique et de sensibilité, si justement significalives de l'âme de chaque musicien. Le recul de l'avenir montrera quel prix il faut attacher à toute cette c< école du piano ». Sans doute pourrait-on s'aviser que certains parTois, non des moindres, cèdent au plaisir de composer à leur tour des « pluies de perles^ » (encore que si différentes et tellement au-dessus des Cloches du monastère). Leur excuse est dans une incomparable habileté d'écriture pianistique; nombre d'entre eux sont de remarquables exécutants. L'essentiel d'ailleurs ne lient pas tant à cette perfection du style instrumental qu'à la musique véritable; mais celle-ci, le plus souvenu abonde.
6. Les « mélodies ». — Elle n'est pas moins rare en cet humble genre de la mélodie (dédaigné de quelques orgueilleux fervents de la « musique pure » : ils établissent ainsi une sorte de hiérarchie, à toit selon nous, car seule importe la qualité désœuvrés). C'est à dessein que nous évitons le terme de lied. Non du tout pour faire acte d'un nationalisme (qui serait puéril) en nous refusant à l'emploi d'un mot allemand. Mais le vrai, c'est que le lied germanique diffère profondément de la mélodie française. Celle-ci est bien autre chose. Outre que l'âme de nos poètes n'est pas la même, — plus fine, plus précise (tout en restant légendaire lorsqu'il lui convient), [ilus riche en détails caractéristiques, parfois aussi plus contenue et non moins profonde : telle s'affirme aussi notie mélodie pour chant et piano. Issue des liedcr de ScHUMANN et des romances de Gounod (dont certaines sont d'ailleurs fort belles), la mélodie est devenue un poème intime et subtil qui n'appartient qu'à notre école (on y peut comparer toutefois celles de nono-
2. Voyez, par exemple, ceux de Bcilioz, toujours si bien pi.iportionnés.
3. Cf. : /eux d'eau (MiunicE Ravei), Ce qu'a vu lu vent d'omt (DbuDssvj, etc.
DINE et surtout de Mol'ssorgsui, où d'étonnantes trouvailles s'enchâssent dans l'ensemble ; mais la plupart des nôtres furent écrites par des musiciens auxquels l'an merveilleux de Moussonosiu était encore inconnu). Entre les charmantes ou très belles pièces de Ciîsar Franck, d'ALiîxis de Castillon, de Magnabd, de Chausson, de CiiABaiiîR, de Claude Debussy, de iMM. Hknri Dui'arc, A. Houssel, M. IIavel, F.. Bertmeï, — pour ne citer que les plus typiques, — nous ne voulons ni ne pouvons marquer de préférence; il nous serait fort diflicile de choisir. Mais sans doute ferons -nous mieux apparaître l'essence de la mélodie par les exemples d'un grand niaitie, M» Gai!riel Fauhé. Kul mieux que lui, nul aussi bien que lui peut-être n'a réalisé cette parfaite union de la musique et de la poésie. On connaît des personnes qui prétendent tenir cet art pour inférieur; elles voudraient interdire que l'on écrivit de la musique sur de beaux vers! c< Les poèmes ont Icuv musique; c'est un tort, un crime parfois que d'y collaborer. » N'est-ce point une confusion de termes'? Il semblerait que le pur bon sens, à défaut d'une élémentaire érudition, dût immédiatement suggérer l'idée contraire, la musique des compositeurs étant un commentaire lidèle et profond, soulignant la beauté littéraire, éclairanl ses qualités intimes. Lorsque les mots, par le charme des syllabes et du lythme, forment déjà ce que les littérateurs appellent improprement « une musique ", on distingue mal pour quelle raison il ne serait permis qu'au diseur de vers, de les réciter, — et l'on ne saisit guère pourquoi le musicien se verrait interdire de s'en inspirer, — avec la juste prosodie, avec l'exactitude et la pei'fection que l'on sait, en les parant de toute la magie et de toute la vérité de sou art. Il est un fait indéniable : toujours, les grands maîtres ont su choisir de belles poésies, ou du moins des textes dont le sentiment restait profond'. Goethe, H.Heine, V. Hugo, Th. Gautier, Lamartine, Musset, ont inspiré Schubert, Scui'mann, Berlioz, Gounod. Kt Baudelaire a transformé peut-être notre musique moderne. Car, nous l'avons dit, l'Invitation au voyage de M. Dui'ARc est une date dans l'évolution de l'art, étonnante et géniale synthèse qui fut d'ailleurs absolument incomprise à l'époque de sa création 2. Pareillement, les mciodies de M. Gabriel Fauré sont les images fidèles des poésies d'où son iaspiration "envole au royaume enchanté du rêve. — Nous voulions analyser, expliquer la beauté de ces œuvres, et voici qu'elle s'enfuit devant nous, insaisissable, comme un papillon vermeil qu'on n'ose poursuivre pur crainte, en y touchant d'un contact brutal, de détruire aussitôt son merveilleux éclat. Comment dire ce qu'est devenue l'âme de Verlaine par le miracle de cette collaboration? Non point changée certes, mais comme dévoilée, mise à nu, — et si purement, avec une telle intuition fidèle et respectueuse, que la pudeur intime du poète ne s'en effaroucherait. Quelle infinie soullrance, de voir une œuvre caricaturée en des accents vulgaires, par l'expression emphatique et théâtiale de sentiments faits pour n'être que devinés! Mais ici, rieii de cela. On ne sait ce qu'il faut admirer davantage, de la sincérité si touchante du poète ou delà délicatesse de louche du musicien. D'une prison, qui pouvait être grossièrement dramatique. Une
1. 0» poiil discuter, pnr exemple, la forme pnpliqiie des Mrlnfties perêanes d'A. Rcimult. Miiis le t'nnd reste tiiuit et n*>ble.