‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 40 sur 330 · Voii'* tenons le fiiif de M, Dui-.vni: tiii-mi^nie · texte numérisé non relu

Voii'* tenons le fiiif de M, Dui-.vni: tiii-mi^nie

3. SmiKe/. ;i l'ordre parfait t|ui régit les /tev.'nii.r.le Clair tir lime, ouïe Nocturne.

Sainte en son auréole, ce mystère multiplu de candide et religieux amour, imagination qui s'e.xalte au nom de l'aimée, — et, d'ailleurs, toute la lionne l'Itnnson. et les cinq inélorlicK ,. de Venixe n : ne vous semblet-il pas toucher le fond du cœui' du » pauvre Lélian », sans qu'il y ait jamais le moindie sacrilège à cette façon discrète de le révéler? Leconte de Liste, dit-on, n'aimait guère la musique. Peut-être l'iguorait-il. Mais pour qui sait apprécier le très grand poète de Kahiy pour qui sait comprendre la musique de M. (i. Fauré, quels miracles que le Parfum impérissable et Lydial Comme ils réhabilitent, eu quelques pages, cet écrivain si faussement accusé de froideur! Toute une philosophie douce, tendre, triste et sereine emplit ces strophes imitées d'Horace... Quelle indicible émotion se dégage d'un pur dessin : << OiUdions l'éternelle tombe! n Dans son intuition de l'âme, quels mystères elle découvre !

Le merveilleux de ces œuvres complètes et profondes, c'est que par mille détails et sans jamais détruire l'unité de l'ensemble'*, par d'imperceptibles nuances de mélodie, d'harmonie ou de modulations, les plus fugitifs, les plus subtils, les plus insaisissables mouvements du cœur sont gravés pour toujours, vivant éternellement, dans le souvenir des générations futures... La fantaisie rêveuse, irréelle, d'Arpèfic, l'intense pitié de .Soir, c'est la nostalgie même d'Albert Samain. Et, par la route de la Porèt de septembre (culte œuvre est un moment solennel de la vie : elle marque l'heure d'un retour sur le passé,, dans l'instant précis où l'homme aperçoit la vieilless'> qui s'approche), le musicien s'achemine peu à peu' vers la sérénité supérieure, limpide, comme « audessus des remous du monde », de la Chanson d'Evir et du Jardin clos. Elle évoque la destinée finale (cf. i) mort, poussière d'éto'Ues, Inscription sur le subie, elc.]. Mais on dirait un avenir empli d'une noble résignation, presque d'espoir. — adouci de tout ce qu'un grand artiste a pu créer, certain de la splendeur suprême, ayant foi dans le Destin qui règne sur l'Univers, puisque ce Destin a voulu que nous aimions la Beauté.

De ce point de vue, l'uuivre de M. Fauré apparaît singulièrement belle. Par tout ce qu'elle fait comprendre de l'âme humaine, par l'infinie puissance de l'amour, elle s'élève bien au dessus des limites que certains esprits médiocres assignent à la mélodie. Dans une ligne, parfois, le véritable artiste sait enfermer son cœur; mais ce cœur est un monde, — et, qui sait? peut-être ce qu'il y a de plus vrai, de plus réel sur la terre. — Ainsi de même, en quelquespages, l'admirable Recueillement de Clai'be Debuss\, la conclusion des quatre poèmes d'ALBÉHic .Macnaho, le liofsir/n.olde M. Darius Miliiaud (sur un poème de^ Léo Latil), découvrent de grands horizons et tendent vers {'infini. Par là ces pensées sont hautes et vivront dans l'humanité.

Ayant loué l'absence de redites et tenant la n-pétition pour un défaut', nous souhaiterions de n'y point tomber. Comme on retrouve en ces méloilies certains caractères généraux <léjà connus, — densité, concision, souplesse, imagination vivace, infinie complexité réalisant depui'essyi]tbèses,nousne voiihuis p.-is insister. Une impeccable tenue est doue celle de la niél'idic moderne. Que beaucoup d'entre elles soient tropintérieures pour être chantées dans une brillante saJIe

\. Sîuif le c:is ou celle répétition correspond ji un dévolopperoffiit

de lu pensée, qui reprend ili-s ;iriirmations alllei-ieures pourles étudierplus i'i fond, ou pour en déduire de nouvelles conséquences.

TECIIXIQUE, ESrriÉTlQUE ET PÉDAGOGIE

LA MUSIQUE FRANÇAISE 13:i

<le concerts, devant des dames en toilette ayant pour fonction naturelle de s'épier nintiiellemenl, cela se conçoit. Ce n'est point un art mondain, et son but ne saurait (Hre non plus de forcer l'admiration du public par le dynamisme des rythmes on de la sonorité. Il s'agit do plus, et de mieux. Del'àme.ct du silence; de ce qu'on peut atteindre en profondeur dans la solitude amie d'une chambre close, avec quelques intimes. Ces œuvres n'en sont pas moins grandes, au contraire.

Signalons d'ailleurs une tendance assez récente, bien qu'on en trouve des exemples plus anciens. Nous voulons parler de mélodies de grandes dimensions, ou plus exactement de récits mis en musique. Autrefois, avant qu'on se fut avisé que la belle prose est parfaitement « musicable «, ces sortes de pièces étaient rares. De Scmu.mann, on connaît le Ganl (poème lie Schiller), beaucoup plus développé qu'un simple lif'l. Et de S.\i.nt-Saens (ce fut, il est vrai, un essai discutable), la Fiancée du timbfilicr. Nousmême, ému par la grande beauté de La Fin de l'Homme (de Leconte de Lisle), lui avons donné la forme d'un poème lyrique'. Mais aujourd'hui, depuis les drames de M. BiiurfEAU et de M. CiiAiiPENTiEn, depuis les Chansons de Dllilis de Claude Deiiussy, la prose a droit de cité dans l'art musical. Il est tout naturel que des compositeurs ne reculent point devant de longs récils» — fragments de romans ou traductions de grands classiques. Nous voyons ici les débuts d'un art tout nouveau, et certains coups d'essai sont des coups de maître. Tel nous semble en effet le Sacrale de M. Ekh^ Satie. Le texte même de Platon- lui inspira des pages sérieuses ou souriantes, dignes de celle inimitable noblesse familière du plus grand des ironistes et du plus grave des philosophes. En vérité, il fallait un tact affiné, et non moins que la tendresse respectueuse qu'a vouée M. EaiK Satie au maître sage, pour, osant raconter sa mort, ne point se montrer inégal au sujet. Mais ce musicien possède le don classique de la mesure et la sorte d'ingénuité tour à tour railleuse ou tendre, qu'aimait Socrate. Peut-être celui-ci dirait-il : « Eh quoi! lu prends la peine d'écrire de la musique sur le récit de ma mort? pourtant elle fut très simple, el nullement héroïque. Toutefois, si l'entreprise te plaît, agis à ton gré, comme bon te semblera. Je sais trop peu de choses pour décider que celle-ci soit impossible. » — Au même genre, en un style tout dilférent, appartient l'œuvre de M. Darius MlLHAUDSur la Porte étroite de M. André Gide. La musique y met tragiquement en valeur les angoisses de la jeune lille, enveloppant ces pages émues d'une atmosphère qui ne paraît pas artificielle... La Porte l'iroite est déjà presque du théâtre, et mène tout logiquement à. l'Enfant prodigue des mêmes auteurs.

7. Art populaire. — Tolstoï a soutenu naguère qu'une symphonie est inférieure à la plus simple chanson, parce que celle-ci traduit l'expression même du peuple. Nous ne savons (ou plutôt nous croyons de-

I. Cette (pnvre coloie le domaine de la musique reli^ietise on philosophique, et telle serait également une interprétation de l'admirable Kain (maigre la révolte ijui sans cesse y gronde), si quelque musicien tle grande envergure sent'iit la iorce de s'y hasarder.

i. Traduit, bien entendu. — L'intention même de M. Satie se tronvg nettement indiquée dans cette phrase de Socrate : « On croira que je plaisante. Mais rien n'est plus sérieux, n On a coutume de ne voir en ce mnsicien qu'un hnmoristeaux fantaisies déconcertantes ; ici, comme il le dit bien, rien n'est plus ai^rieux.

3. Qu'en conclure, sinon que. malgré la noblesse des intentions et l'anMïnr de l'humanité que Tolstoï répand snr le monde, ses Lbéorics sont discutables : on ne peut les tenir pour absolument justes.

vlner) ce qu'il eùl dit de la mélodie française, celle des Ddpauc, Fauué, DEmissv. Sans doute l'eiM-il jugée incompréhensible, raflinéedans le plus mauvais sens, et maladive. Pourtant elle est belle et sincère; dans l'ensemble, elle esl simple; mais on doit convenir qu'elle s'oppose évidemment à l'idéal de Tolstoï'. Il se fût adouci, peut-être, à goflter certaines transcriptions de noire folklore national, — à moins qu'indigné des « accompagnements », il n'eût crié au sacrilège. Aurail-il admis l'évidence : nos musiciens ont aimé l'àme populaire? Celle de jadis, il est vrai; car la plupart de nos artistes sont loin du peuple d'aujourd'hui : on peut le regretter, cl cela tient à des causes sociales que nous étudierons plus loin. Toujours est-il que cette vie d'autrefois, celle des Cévenols, des liasques, de la Bretagne immuable, les compositeurs l'ont retrouvée avec une joie émue. Elle ne fut pas étrangère ;i plus d'une trouvaille. Le mouvement vint de Boi;nr,AULT-Di;couDRAY. Berlioz, tonjours précurseur, avait goûté le charme naif de ces vieux airs, et nous avons vu qu'il l'évoqua dans la PanloraLc de l'Enfance du Christ. Mais, infatigable cherclieur, librement enthousiaste, Bocrgault-Ducoudray nous révéla les modes antiques. So'n (jeuvrc'" fut de ressusciter l'àme celtique par ses recherches assidues dans la campagne bretonne auprès de vieux paysans ayant gardé la pure tradition, — et par la: liberté même de ses transcriptions, dont l'accompagnement aux harmonies neuves, mais toujours d'un juste caractère, rend mieux accessibles à notre oreille moderne (avide d'accords)ces airs vénérables du folklore armoricain. Sans doute n'a-t-on pas encore apprécié tout son rôle. Professeur d'histoire de la musiqiïe, au Conservatoire, — avant même les belles résurrections des Chanteurs de SaiiH-Gervais et de la Schoia caiitorum, il forma la jeune génération. Plus d'un se souvient qu'il lui dévoila le charme austère et serein de ces modes grecs qui sont à la fois ceux de l'art grégorien et de la plupart des chansons bretonnes. D'ailleurs ces découvertes arrivaient en leur temps. Car, de par l'évolution même de la musique et des sentiments, les musiciens retrouvaient naturellement ces gammes. Peut-être, s'il l'eût fallu, les eussent-ils inventées. C'est un problème de psychologie qu'on n'a pas encore éclairci : alors qu'aux xvii« et xviii» siècles la certitude du majeur et du mineur, celte d'une musique basée sur les seuls accords (ou peu s'en faut) de tonique, de dominante et de sous-dominanle, s'accordaient probablement avec celle des esprits, avec les tendances autoritaires du règne de Louis XIV, — la plus grande variété et la sorte de mystère des modes grecs correspondraient-elles à l'indépendance moderne'' en même temps qu'à certain sentiment de l'infini, vastes horizons de cet océan d'inconnu sur lequel vogue la pensée contemporaine'? Toujours est-il que ces formes de cadences (so/majeuravec/'ttlî comme 7= degré; la mineur avec solSi au lieu de solï,), jugées trop vagues par les vieux professeurs de solfège,

4. Oulre celle qu'il accomplit comme compositeur, cL qit'on ne doit pas négliger [Rhapsodie cambodgienne , Tkarivo-vn-f de momhrcnx chœurs et mélodies, etc.). D'autres musiciens se livrèrent ;'i d'^inCércssantes recherches dans ce domaine de la cl*anson populaire: noxis y reviendrons plus loin. Oéja, en 187.3, Bizet avait dominé IVxcnaple par X Artésienne, dont plusieurs thèmes sont populaires; on les trouve au musée d'Aix-cn-Provence.

.5. On objectera f\vt& des siècles de foi ont aussi counu !a diverstlé de ces modes {dans le chant grégorien notammetlt). Mais le moyeu à.ïc et la Renaissance, de bien des manières, furent libres en comparaison du XVII* siècle. Il suffit d»^ songer aux cathérlralcs gothiques ou môme à certains cbiîtcaux de la Renaissance, el cTy opposer la colonnade du Louvre.

sont aujourd'hui d'un usage aussi courant qu'elles l'étaient au xvi° siècle'. — Mais, et très à propos, l'influence de Bourgault-Ducoudray vint préciser la tendance générale. D'autres'- étudièrent avec soin le folklore national, où dès lors sans relâche puisèrent les compositeurs. Souvent, ce fut pour employer ces thèmes à des œuvres orchestrales : nous avons déjà cité la Symphonie pour piano, de M. d'Indy, sur un chant cévenol ; nonihre de ses élèves l'imitèrent, et bien des ^ncds débulent par quelqu'un de ces vieux airs. Charles Bordes^ et M. M. Ravel* ont heureusement utilisé le folklore basque. M. Ladmirault écrivit une charmante Suite à quatre mains sur des airs de biitiou Irécorrois, et les concerts Colonne ont exécuté récemment (1920) la Rhapsodie sur des chansons franmises, de M. Chaules Kœchlin". — Mais nous insisterons tout particulièrement sur de simples transcriptions, comme en avait réalisé Bourgault-Ducoudray. Nous les aimons, malgré ce qu'on pourrait trouver de paradoxal à les voir se servir d'accords assez raffinés et de modulations hardies... Pourquoi pas, si le caractère ethnique ne s'en trouve diminué, et si l'intérêt musical s'en augmente d'autant? (D'ailleurs, comment admettre aujourd'hui la forme de couplets identiques, avec la monotonie d'im accompagnement indéfiniment répété V) De ce nombre, sont les alertes Chansons normandes de M. Moullé, de qui l'imagination sans cesse en éveil sait trouver sans cesse de nouvelles variantes d'harmonie ou de contrepoint; les Airs populaires, au style parfait, de M. Périlhou, les sept Chansons bretonnes de M. Jean Huré, d'un charme pur, d'une aisance extrême, qui dénote un excellent musicien, et dont l'une (" En espérant le bâtiment... ») est d'une grande élévation de sentiment; les Chansons du Vicarais de M. Vincent d'Indy, fort intéressantes et si caractéristiques; d'autres interprétations, non moins réussies, de M. Le Flem, de M. E. Vuillermoz, de M. Ladmirault"; le recueil si captivant des Chansons bourguignonnes de M. M. Emmanuel, avec ses réalisations à la fois fidèles, traditionnelles et neuves; enfin, lumineuses, sobres, d'une écriture exquise, les Mélodies grecques de M. Ravel, — ainsi que ses beaux Chants hébraïques et ceux de Paul Martineau, d'un style aussi audacieux que musical. Pour terminer, n'oublions pas les spiriluels accompagnements que M. Gabriel Pierné écrivit à des thèmes connus'' (et parfois aussi à des chansons originales, d'ailleurs fort réussies*), — et les deux

1. Moins eiclusif, il est vrai; mais les exemples indiqués plus haut se pourraient multiplier à l'extri-me.

2. IN otamment M. Julien Tiekçut {Histoire de la chanson française), les rédacteurs de la Tribune de Saint-Gervais, etc.

3. Divertissement pour trompette et orchestre, sur des airs basques. — Suite en quintette pour flûte et instruments à cordes. — Danses béarnaises,

■'t. Trio pour piano, violon et violoncelle.

;-. Le folklore étranger a souvent inspiré nos musiciens. On se souvient toujours avec plaisir de la Rhapsodie noncégienne de Lai.o ; ou n'a pas oublié les airs de ballet de Henry VIII. Et la gamme « défective >. particulière â l'Ecosse fut em[iloyêe, non sans charme, par M. pALADiLHE daus scs Mélodies écossaises, trop peu connues.

Li. Nous reviendrons plus loin sur la belle transcription de ses deux vieux cantiques bretons.

~. M. Dumollet, Nous n'irons plus au bois, Cadet lïousselle, etc.

8. Les Trois Petits Oiseaux; les Trois Chats blancs; Petit Bonhomme, etc.

'.*. Depuis Br/.ET {l' Artésienne) et L\i.o (le /loi d'Ys), nos musiciens ont souvent fait appel au fol/dore, dans leurs œuvres théâtrales. On se souvient de la chanson des jeunes filles, au premier acte de VEiraitger (également transcrite p:ir M. Jean Hdré on ses sept chansons bretonnes); on n'a pas oublié celle que chante Angélique au second acte du Jîéve. M. Brunrad, dans Kériyn, s'est fort heureusement servi de thèmes orientaux recueillis par Bot'ru.Aui.T-DccouDriAV. Enfin, pcn-

suiles pour le piano à quatre mains, la Nursery, de M. D.-E. Inghelbrecht, charmantes paraphrases de ces rondes qui firent la joie de notre enfance '.

Certaines gens font preuve d'une étroitesse regrettable. Prud'hommesques gardes champêtres, ils voudraient interdire que l'on touchât à ces airs naifs. Peut-être bien au fond leur sont-elles indiiférentes, ces vieilles chansons; mais ils les tiennent pour sacrées : nul n'y touchera; on n'aurait pas le droit de les traiter symphoniquement. Cette proscription n'a pas de sens, et le seul débat doit porter sur ce que valent les œuvres ainsi réalisées. D'ailleurs, une fois déplus, la tradition nous soutient. On sait que Gou- DIMEL transcrivit à quatre parties les Psaumes protestants, et de Bach l'on connaît d'admirables commentaires aux chorals liturgiques. Théoriquement, il semble donc que la cause soit entendue. D'autre pari, tous les morceaux que nous avons cités'" ont une réelle valeur, une signification musicale et personnelle. Mais on doit l'avouer: cela ne constitue pas»» art populaire d'aujourd'hui; c'est une sorte de reconstitution vivante du passé, interprété par des moyens et des âmes du xx" siècle. Une façon moderne de penser à ce folklore des temps jadis". Celui qui, de nos jours, se manifeste par les « scies » de musichall, valses lentes ou chansons de marche, n'offre aucune espèce de ressemblance avec celui d'autrefois. Plus rien de la tendre et large mélancolie ou de la rude allégresse bretonnes'^, rien de l'élégance provençale ou basque, ni de la bonhomie alsacienne, ni du charmant esprit de l'Ile-de-France. Des refrains de faubourgs, échos des banlieues industrielles et des « cinémas »; une sentimentalité niaise, douceâtre et de mauvais aloi; un ramassis de formules banales, une épaisse gaieté, sans bonne humeur comme sans poésie; au demeurant, la qualité musicale la plus médiocre. Il faut l'incroyable ignorance de presque tout le monde '^ en matière de musique, la singulière et déplorable inculture de notre nation dans ce domaine, et la décadence générale du goût, pour ne pas s'indigner, ou rire avec « délectation morose », en face de ces manifestations déplorables. — L'opérette et le café-concert ont passé par là. Il ne reste plus que la fausse élégance, la fausse beauté dont certains mercanlis sans scrupule empoisonnent le peuple. Nous sommes convaincu que le peuple vaut infiniment mieux, et qu'il le faut nourrir avec de la vraie musique^''. Mais, en attendant cette régénération musicale de la masse,

dant la guerre, l'Opéra-Gomique a représenté le Beau Jardin de France, de M. F. Casadesus, dont l'inspiration naturellement populaire convenait h merveille à l'emploi de ces airs anciens.

10. Il en faut cxcepler naturellement notre Bhapsodie, que nous n'avons pas âjuger ici.

It. Exception faite pour certaines mélodies bretonnes, dont le caractère immuable fut conservé tel quel (malgré les accords modernes) par quelques musiciens icV Ecole ce/^f'ç'/e, notamment M. Ladmiraci.t.

12. Mais toutes ces musiques populaires dejadis étaient inspirées par la nature : elles sont d'origine campagnarde et non citadine... Aujourd'hui, que voit le peuple des faubourgs autour de soi ? D'affreuses maisons sales et tristes : des tuyaux d'usines; du charbon et des machines. On n'a pas mesuré tout ce que de pareilles conditions d'existence ont de malfaisant pour l'humanité tout entière.

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