En France, bien entendu
14. A ce sujet, nous parlerons plus loin d'une hardie tentative ii laquelle nous applaudissons avec la plus cnlière sympathie. Mais les espoirs que nous fondons sur le peuple ne nous font pas supposer qu'il soit autre chose que tout ;i fait inculte en matière de musique, à l'heure présente. Aussi ne pouvons-nous, en aucune façon, approuver la démagogie de certaine cérémonie oîi le peuple lui-niènie(n comme à Athènes h, osa-t-on écrire!!) fut convié à juger des O'uvros musicales. Pourquoi, dans ces conditions, ne pas lui faire décider le sort ties candidats à l'agrégation de philosophie?
l'art populaire d'aujourd'hui ne vaut pas que nous insistions davantage.
Une exception toulefois, et des plus intéressantes. Nous avons déjà parlé de M, Paul Uupin, auteur do cette Symphonie popiilnirc à la ijloiic ilc la Belgique. Lui seul peut-être était capable d'écrire une telle œuvre sans tomber dans l'emphase maladroite et dans la formule. M. Di'riN est probablement à l'heure actuelle le seul musicien populaire qui mérite d'être cité'. Parce qu'il est essentiellement sincère, parce que chez lui la voi.x du peuple n'emprunte jamais ces accents tout faits, conventionnels, archil'aux, que l'on connaît trop chez les autres; parce qu'enlin il peut chanter les humbles, et leur souffrance, et leur rési- ^'nalion. H le peut : car cette vie des misérables, ce fut sa vie même. Alors que le plus souvent les chansons dites populaires sont éciiles par des messieurs correctement vêtus, bourgeois qui gagnent beaucoup d'argent avec ces œuvres " musicales », et se soucient fort peu des problèmes sociaux, — pour M. Dupi:v, au contraire, la musique fut la divine consolatrice au cours d'une existence difficile et pénible. De là vient qu'elle est belle ; et parfois cette beauté est profonde.
Mais, nous le répétons, il ne s'agit que d'une exception. La décadence de l'art populaire est-elle irrémédiable? Tout au moins, elle apparaît llagrante.
8. Art religieux. — Un examen superficiel pourrait donner à penser qu'il en est de même de l'art religieux. Oserons-nous soutenir le contraire? Sans doute, les pièces d'église proprement dites, destinées au culte, sont assez rarement belles-, et l'on ne peut les comparer à la Messe en si, au Magnificat, à l'Acius tragiciis de J.-S. Bach. D'ailleurs si nos paroisses se montrent trop complaisantes pour de fades Ave veruin, de doucereux 0 Salutaris, ou d'emphatiques Tu es Petrus, si les Messes et les Requiems sont peu fréquents^, il existe cependant un certain nombre de pièces vocales ou de morceaux d'orgue qui ne sont nullement dénués de valeur. Tels par exemple les préludes et les motels de M"^ C. Boulay*, si purement écrits et si expressifs; les œuvres de M. Tournemire, l'éminent organiste de Sainte-Clotilde; le Psaume de M. GuY-UoPARTz; des chœurs de Charles Bordes; l'Êleison de M. Camille Benoît, qui fut élève de César Franck; une .1/esse de M. Jean Huré, le prélude et la fugue pour grand orgue, de M. Fr. Berthet, au sentiment profondément religieux'; enfin, un très beau Pie Jesu de Lili Boulanger...
Mais aujourd'hui, le sentiment religieux n'a pas quitté nos musiciens. Bien au contraire. Si l'on veut
1. Pourtant, à cause de leur caractère, on peut aussi considérer JKoNARD, M. Brunead ct M. Fr. Casadesus comme des musiciens populaires, bien .qu'ils n'aient pas expressément écrit de musique povr le peuple. Il ne faudrait pas quitter ce sujet sans parler d'une œuvre tout d fait à part : les Lii'ds de France de M. Broneau, sur des proses rythmées de Catulle Mendès. Ce ne sont plus des transcriptions de chansons connues ; tout appirtient en propre au compositeur, mais il a réalisé des merveilles... lÎTOcations do campagnes et de paysans moins réalistes qu'idéalisés, — ou plutôt épurés de toute scorie de laideur sans cesser d'être vrais, — l'artiste n'ayant éclairé que de poésie intérieure ct véritable cette vie de liberté sous le plein air, de rudesse saine etnriïve, ou de dramatii[ue révolte. Il faut avoir entendu l'admirable M. Emile Engel chanter (et tout récemment encore, en mail92Û) Vffeureux vagabond ou les .Mauvaises fenêtres, pour se convaincre de toute la profondeur de cette inspiration populaire si personnelle et si réellement humaine.
2. Il faut bien avouer que les musiciens ne sont guère aidés par les iidèles ni méme,a l'occasion, par le clergé. M. Henri Bdsser nous contait à ce sujet ses ennuis, chaque fois qu'il jouait un morceau de J.-S. Bacu : son public le jugeait ennuyeux, insupportable. Et bien d'autres
envisager la question sans étroitesse, aisément l'on reconnaîtra qu'il émane de bien des onivres dont la destination n'est point l'église, dont les litres le plus souvent n'ont rien à voir avec celle-ci, et dont les auteurs ne sont pas tous d'orthodoxes croyants. Le sens de l'infini, celui du divin anime une grande partie de notre musique, — symphonie ou théâtre. — Nous avons déjà parlé des drames mysliques de M. Max d'Ollone et de M. Vincent d'Indy". Joignonsy la Cathédrale, de M. Jean Huriî, et la Légende de saint Christophe, que l'auteur de Pervaal fit, en 1920, représenter à l'Opéra. Certaines pages de cette œuvre sont au nombre des plus belles écrites par M. d'Indy. Mais, à tout prendre, lelle mélodie de M. Fauré, par la gravité, par la profondeur du sentiment, n'est pas moins religieuse. Egalement le quatrième des Poèmes d'ALiiÉRic MAGNARD,et le rôle d'Arkel, dans Pelléas et Mélisamlc. Bien entendu, il ne faut pas oublier le Martyre de saint Sébastien, où Claude Debussy s'inspira des maîtres duxvi"' siècle, avec autant de pureté que d'originalité. On trouverait d'ailleurs en certains A(/(T(/?os symphoniques la trace de hautes pensées : et déjà celui du quinzième quatuor à cordes de Beethoven est la plus religieuse des prières. Enfin, nous-mème, dans les deux parties dont se compose l'Abbaye, opposant l'ancienne foi au doute moderne qui, se plongeant dans l'inlini des espaces interstellaires, célèbre en définitive la puissance éternelle; — dans trois chorals d'orgue; dans celui qui teimine la symphonie des .Satson.s, n'avons point perdu de vue les horizons du mystère, ni le chemin qui, de la vie à la mort, conduit à « l'autre monde ». — D'ailleurs, l'art musical n'a pas dit son dernier mot sur de pareils sujets. L'influence des chants grégoriens (qui pourrait être beaucoup plus féconde,car ceux-ci sont mal connus de la plupart des musiciens), la résurrection de la fugue librement développée, librement écrite dans une pensée et dans un langage modernes, nous réserveront peut-être d'heureuses surprises lorsqu'un musicien de génie s'avisera de ces richesses inépuisables. L'essentiel, — plus d'un artiste le prouve, — c'est qu'en ce peuple, que Thomas Graindorge jugeait si loin de la poésie, il puisse encore se trouver des esprits avides de l'idéal, des yeux qui regardent au loin vers ce qu'on a raillé parfois, et qu'un seul mot exprime : Vau delà.
9. La musique comique. — Mais nulle âme ne semble aux étrangers plus déconcertante que la nôtre par ses contrastes simultanés. Ne voit-on pas, sur les portails des cathédrales, à côté de terribles images des châtiments infernaux, ces caricatures de pierre où l'esprit joyeux, malgré toutes les terreurs, reprend
organistes, M. Jean Horé notamment, citeraient des anecdotes du même genre, que l'on croirait extraites des Grotesques de la musique, de BrM.\07.. Tel le grief qu'un vicaire faisait à certain Sanctus de notre connaissance : un Sanctus pianissimo! cela ne se faitpas, « c'est impossible ». Il existait déjà celui du Hequiem de Berlioz, mais notre vicaire évidemment l'ignorait.
3. Le meilleur semble celui de M. G. FalhE. Encore, malgré des pages admirables, ne saurait-il passer pour le chef-d'œuvre du maître.
4. Professeur à l'Institution nationale des jeunes aveugles, — aveugle elle-même.
5. A cause de leur signiûcalion particulière, nous citons à part deux œuvres fort remarquables : le Psaume de M. Florfht Schmmt, danses devant l'Arche, dont il faut interpréter le caractère religieux d'après celui de Jéhovah, puissant et terrible ; et le si pathétique scciynd poème lyrique sur le livre de Job, de M. Rabadd, d'où s'exhale toute la révolte humain"* devant un Eternel qui reste voilé, incompréhensible en ses caprices cruels.
6. Toute la Ou de L'ervaul, mainte page de Y Etranger sont réellement religieuses...
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET niCTIO\NAinE DU CONSERVATOIRE
ses droits? Il faut vivre, il le faut avant tout, et l'on ne vit pas sans quelque gaieté, et le rire est le propre de l'homme. Musicalement', l'on peut dire aussi que le comique est le propre de la nation française. En ce royaume des sons, les autres peuples rient peu. Si l'opéra-bouffe naquit en Italie, qu'esl-il devenu depuis Falstafjf?Si Mozaet, en Allemagne, écrivit un chef-d'œuvre, les Noces de Figaro, ce fut une exception dans ce genre; le comique de Beethoven et de Weber est de qualité discutable; celui de Schcma>!n, de Schubert, de Brahms, n'existe guère. Il renaît, parfois assez loui'd, chez Wagner, et durement sareastique chez M. Uichard Strauss. Knfla, Moussobgski créa le premier la formule de la vraie comédie lyrique dans le Mariage (malheureusement inachevé), mais la Uussie apparaît plus tragique ou plus rêveuse que goguenarde {à part certaines œuvres récentes de M. Strawinsky, lequel d'ailleurs vit loin de son pays depuis quelques années). Au contraire, la France musicale a gardé le privilège d'un comique extrêmement pi'ospère et dans nos temps modernes étonnamment varié. Les graves personnages, les Prud'hommes solennels se font un devoir de rester moroses; ils méprisent cet art de raillerie : bien à tort. Qu'il soit discrédité par l'opérette, n'étendons pas ce discrédit aux autres manifestations de l'humorisnie. En réalité, chacun rit à sa façon. «Dis-moi comment tu ris, je te dirai qui tu es... » Il y a un abîme, du sourire de M. Bergeret aux convulsions irraisonnées de la Foule qui <( se tord ». L'homme comprend et traduit le comique de mille façons différentes : notez que si le débit du tragédien reste monotone, boursoutlé suivant la formule, et d'ailleurs impersonnel, le comédien doit être doué de l'intuition la plus vive, de l'intelligence la meilleure. 11 lui faut observer sans cesse, joindre le bon sens à la fantaisie. On ne permettra point qu'il soit conventionnel ; on exigera qu'il traduise les innombrables nuances de la vérité. Ainsi de la musique, lorsqu'elle aborde ce difficile problème. Plus elle sera vraie dans l'expression des personnages burlesques, plus il lui aura fallu d'imagination, d'originalité créatrice. Mais en pareille matière nous avons confiance : et déj à la vitalité puissante d'un art si traditionnellement français, ramifie à l'extrême la branche du comique-. Qu'on en juge : A tout seigneur, loul honneur; commençons par V opéra-comique, ce « genre éminemment national » (il ne représente qu'une petite partie de la musique française, mais n'importe). Après une éclipse assez longue, — car le temps des succès d'AuBER, d'AoAU, de Victor Massé correspond à certaine décadence^ d'un art devenu bien superficiel et préparant l'invasion de l'opérette, — il s'est repris à briller d'un nouvel éclat depuis qu'avec Carmen, où vivaient des êtres humains, interprétés par une musique solide, originale, créatrice, la bonne voie fut enfin retrouvée.
1. Il ne s'agit eu eCfet, ici, qae de la musique. Car nous n'avons garde d'oublier l'Iiumoui' ano;lo-saxon, si s:ivoureu.x, ni le talent des caricaturistes allemands du Simplicisiiinms.
2. Celte étrange l'^êtc de l'Ane, audacieuse parodie au cours de laquelle un âne était introduit dans une église (M. Pieh.mî, très heureusement, utilisa l'une de ces Proses anciennes en son allègre cl spirituel scherzo de l'An mW^, — les Farces du moyen âge, les gaies et fines chansons du xvi" siècle, — celles plus récentes, mais non sans liumour,de Monsieur DnmoUei et de Cadjit Rousseile, et des airs bien caracLeri>tiques : la lioutanijère, la Mère Michel, montrent déjà des nuances fort diverses et témoignent de ce besoin du rire (ou du sourire, suivant les cas), dont l'expression ranime les cœurs et console — passagèrement, il est vrai — ■ de bien des choses.
3. Eiceptous-ea le Pré-aux-Clercs, le Médecin malgré lui, Philémon et Baueis,
A vrai dire, ni Carmen, ni Lakmé, ni Manon, ne so-nt de vérilables opéras-comiques : le rire et les larmes s'y mêlent et nous songeons plutôt ici à des passages humoristiques tels que le ()t(4)(<«;//', l'ensemble final : •< Bel ollirier... », les scènes du début : « U reviendra quand lu garde ntonlante... ». Après Mozart, Bizet découvrit des trésors dans le sol en fiiche de ce vaste champ, encore aujourd'hui bien loin d'être épuise. Nous l'avons déjà noté : on ne s'étonnera pas (sauf quelques exceplions dont nous parlons plus loin) que nous tenions le comique de l'opérette pour tout autre chose que musical. ])e la boulfonnerie du livret, du jeu fantaisiste des acteurs jaillit un rire assez artificiel (dirons-nous même : pas toujours très intelligent'.'). Peindre des caractères, comment ici la musique le pourrait-elle? Ceux- ci n'existent guère, les personnages n'étant en général que des fantoches. En quelques scènes parfois, la mélodie verse dans un sentimentalisme d'assez mauvais goût, ou bien elle se montre franchement triviale, soutenue par ces 2/4 trépidants qui, sous le règne d'OrPENBACH, fii'ent la joie du second empire. Mais lout cela n'est pas réellement drôle; peut-être n'y saurait-on voir la moindre gaieté. Et puis, l'opérette semble exiger, pour plaire à son public spécial, une banalité particulière d'accords et de modulations qui ne sort pas de la formule. Esclave d'une tradition fâcheuse, elle croit au devoir de « réaliser » avec platitude. Elle s'interdit la distinction naturelle de certains renversements; dans ce « mauvais lieu )i,ils sembleraient une incongruité. Somme toute, un style à part, de quoi sans doute est née la chanson populaire d'aujourd'hui, et dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne favorise pas la vi'aie musique. Il a fallu le charme et la science d'un Raoul Pugno', l'habilelé, la souplesse extrême d'un André Messager, ou toute la bonne humeur, la solide technique d'un Ch. Lecocq^, d'un Louis Ganne, d'un Gabriel Pierné'^, pour y rester de bons musiciens sans trop déplaire au public. — Mais l'opéra-comique est tout autre chose. D'excellents compositeurs, parfois de premier ordre, ont su relever le niveau d'un genre injustement dédaigné; ils ont renoué la chaîne d'une tradition '^ qui, de nos jours, aboutit au triomphant Màrouf de M. Henri Rabaud. Au reste, ce genre n'est pas exactement défini (toujours l'arbitraire des classifications, alors que seule existe la variété des espèces). Mais l'on peut bien affirmer que, là aussi, la musique n'est pas toujours comique en elle-même.
Ellepourrale devenirdans la comédie mwsicaie. Mais pour mieux l'aire entendre notre pensée (ce n'est point facile, d'autant que cette sorte de comique n'est encore accessible, si l'on peut dire, qu'à des initiés), nous devons entrer dans quelques détails. Ils ne seront pas superflus, car nous touchons ici à la forme nouvelle
4. Tmil le monde s'accorde aujourd'hui à supposer que R. Pognu fut l'auteur v.^Titable de Joséphine vendue par ses sirurs.
5. D'ailleurs Lccocq a toujours intitulé chacune de ses œuvres : " ojiéra-comique >'.
0. Il s'agit de certains débuts de M. PiEnNÊ, qui par la suile s'eierça dans beaucoup d'autres genres. Mais on n'a pas oublié le charme et la naturelle gaieté de ces œuvres de jeunesse. Ouanl à l'opéra-comiqiie, il s'y montra parfois (comme en ses chansons enfantines) un eicellent humoriste, notamment dans la l'ille de Tabnriit.
7. ^'ous citerons tout particulièrement la Bas(jchr, de JI. MKSSAGEn, Phryné, de Smnt-Shens, le Itoi l'a dit, de Léo Dkliiif,s. Il y faudrait joindre des œuvres hybrides, dont le dénouement tragique ne fut pas sans déconcerter les auditeurs : on regreltera vivement l'incompréhcnsiori qui nous prive do voir inscrits au réperloii-e cette Proserpine et cet .iscaiiio oii l'on goûte peut-être le meilleur de toute Tinspiralion de Saint-Saeks, dans les rùles charmants d'Angiola et do Colombe d'EstourviUe.
TECHSUOrE, ESTHÉTlnlE ET PÉDAdOCIE
d'un art vers quoi se diligent, par diltërents chemins, plusieurs de nos compositeurs. — lniaf;iiie/ que le musicien, au lieu de traiter en comparses sans iinporlancc les personiiage* ridicules qu'il met en scène, y consacre toute lacouviclion d'un Shakespeare, d'un Musset^ d'un Molière. Supposez, comme il le fait dans le domaine lyrique, qu'il enlrepienne de nous montrer le tond de leur âme : de peindre musicalement ce qu'elle a de f,'rotesque, de vaniteui, de stupide. IJQ puissant maitre créa Rrfmnhild, Yseult, Tristan, Siepl'ried (d'ailleurs, incidemment, il aborda le comique en lîeckmesser et commença de résoudre le problème). Qu'un autre dans sou art fasse revivre HoUom ou Claudio, et la comédie musicale sera née'. Il suflirail qu'il les prit nu .■iéiieu.v, et qu'en place d'écrire sa musique à co((>t/'('!(a', il voulût liien s'appliquer à les peindreen touteconscience, en toute exactilude, en toute profondeur: tel Flaubert, lorsqu'il immortalisa Bouvard et Pécuchet. Il n'y faudra pas moins qu'a ne grande imagination, une absolue maîtrise, des dons musicaux admirables. Nous pouvons entrevoir (non du tout d'après le Baibier. réellement trop « charge >> et (rop farce), mais par certains passapes des Noces de J-'igaro ou At^sMuitres-elianleuis. et surtout par l'étonnant premier acte du Mariuije (de Moussorgski), ce que deviendra quelque jour la comédie lyrique. Klle pourra d'ailleurs n'être que spirituelle, faite d'ironie souriante et d'expiessiou modérée; ou bien, elle atteindra la truculence grandiose d'un lialielais... Et qu'on ne tlise pas : le domaine de la musique ne s'étend pas si loin. Il est plus vaste qu'on ne croit. Auss' bien, en pareil cas, la musique possède d'iniluies ressources, et non pas seulement dans l'orchestration on les rythmes cocasses, mais dans l'allure même delà mélodie (voyez DiimoUet et Cadet Rousselle] et surtout dans le choix, dans la réalisation des accords. Elle se fait, si l'on veut, pauvre, mesquine prud'bommesque, prétentieuse, scolaslique, pédante, maladroite. A des oreilles suflîsamraent fines, la gaucherie de certains devoirs d'iiarmonie est d'un ridicule inénarrable. On ne se doute pas de tout ce que l'art recèle en cetordi'e d'idées. — Quelques musiciens l'ont compris; en général, ce furent les meilleurs. Déjà leur intuition les guide en ce nouveau domaine. Comme toujours, le précurseur fut Berlioz : on connaît la parodie grotesque et grandiose à la fois' du Die$ Irae dans la Si/mphonie fantastique. Le comique en ressemble à celui de certaines gargouilles de cathédrales, ou de bêtes monstrueuses, comme celles de la Tetitation de saint Antoine de Jacques Callot. Dans ce genre de la parodie, trop facile parfois,raais qui peut inspirer de très spirituelles caricatures, Chabhier était passé maitre. On a dit qu'il avait « le génie du comique •>, c'est assez vrai-. Ce musicien avait conçu la lorme d'une opérette dont l'écriture conservât une pail'aile tenue musicale'; dans VÉtoile, il raillait à la Ibis le grand opéra, le théâtre italien et la fausse prosodie de l'opérette elle-même : naturellement tout cela lut lettre morte au public;
1. Je sais bien que Vf.rdi nous a campé un étonnant Faîstaff, mais on petit concevoir une façon plus musicale encore tie traduire le comique. Ciiez Veiidi il résulte surtout du rythme et de l'accentuation mélodique.