Rc|iris par VOpéra, mais sans rester .au répertoire
1 1. On nous excusera de nous citer nous-niémc...
11. Naguère, on le put à la Sehola cantnrum, .'i la Société Bach, aux concerts de la Sorbonne; mais qu'il serait profitable au puolic des
TECHNIQUE. ESTllÉTinVE ET PÉDAGOCIE
feraient si liien l'cducalion du publie, VOile à itaintc Cécile, de Haendel, et toute la musique du xvi° siècle? Mais cette musique des maîtres de la Renaissance nous apporte quelque espoir. Elle est écrite, comme on sait, a capclla, c'est-à-dire sans accompagnement. Les questions d'amour-propre des orchestres professionnels, leurs engagements vis-à-vis des choristes syndiqués n'ont plus rien à voir : c'est par là qu'il faut tenter de vaincre. Lorsque le public aura pris goùl à celte mcneilleus:c sonoiilé des voix humaines, lorsqu'il saura bien que des amateurs arrivent aux meilleurs résultats, peut-être le snobisme s'en mêlera-t-il, déterminant un mouvement favorable... Or, en cet ordre d'idées (et c'est là-dessus que nous voulons insister), nous signalons avec joie une véritable résurrection de l'art choral. Malgré ses diflifultés de réalisation (parce qu'il y faut une grande maîtrise de la part du compositeur), un certain nombre de jeunes n'ont pas craint de se souvenir des maîtres anciens, et de la façon la plus heureuse. Car ils ne leur empruntent aucune formule, et jamais ne se livrent à de froides reconstitutions, pastiches sans vie, formules sans àme. Relisez les charmantes Chansons à quatre voix de Claude Dedussy sur des poèmes de Charles d'Orléans : vous y respirez un parfum du passé, fait de inodcs anciens, de rythmes allègres, mais qui, par un miracle de juste et subtile inspiration, ne cesse pas d'exhaler les senteurs pénétrantes', originales, particulières à l'auteur de Pelléas et Mdlisande, — et d'ailleurs infiniment variées. On en dirait autant de ces chansons d'allure populaire dont M. Ravel écrivit les paroles et la musique, et qui restent du Ravel, tout en montrant une nouvelle face de ce talent si souple et si divers. On devine que le musicien connaît les grands ancêtres du .XVI', mais on admire tout ce qu'il a pu trouver par lui-même, joignant à l'usage des gammes du plainchant l'emploi de mille découvertes : timbres, harmonies, rythmes, mis au service d'une fine, discrète, spirituelle sensibilité, — l'ancienne France survivant à travers les siècles, revêtant des formes nouvelles sans laisser d'être encore et toujours elle-même. La hardiesse de l'écriture n'a d'égale que son habileté, — disons mieux : que sa maîtrise. 11 faut avoir entendu ces trois pièces, comme on eut cette occasion récemment (juin 1920) en un concert de la S. M. \. (avec le concours de l'A. C. P.^,si remarquablement dirigée par M. D.-E. iNCHELnRECHT), pour en connaître les indiscutables qualités : car la lecture ne suffit pas, et la musique est faite pour être entendue. Ce concert fut, à notre sens, un événement musical bien autrement significatif que telle ou telle première audition de nos grands orchestres. Comme toujours, ce sont les Sociétés d'avant-ijarde qui conservent le beau rôle. — Le reste du programme comportait, outre les trois
concerts Chcvillard ou Pasdeloup, de les ouïr accompagnées de ces excellents orcliestres!
1. Au moins dans les deux premières, la troisième étant sans doute moins personnelle, moins nettement flf^ nos jours.
2. « S. M. I. n ; Socit3té musicale indi'-pendante, dont nous reparlerons plus loin.
M A. C. P. » : association chorale de Paris.
3. Nous avons déjà cité un exemple musical de cette jeune fille, si prématurément enlevée à l'art, comme à la tendresse des siens. C'était une nature exceptionnellement dou^'e... L'admirable dévouement do sa sœur aînée. M"" Nadia Boclangeb, sauvera son œuvre de l'oubli, et l'on entendra quelque jour cette Princesse Alaleine dont nous nepouvons parler aujourd'hui.
4. 11 ne faut pas oublier non plus l'excellent ensemble des Chanteurs de Saint-Gervais. L'oeuvre si intéressanle entreprise par Charles Bordes n'a pont périclité; sous l'actuelle direction de M. SAiNT-Rt-
Chansons de Dehussv, quatre paraphrases d'anciens airs populaires, ingénieuses et spirituelles, de M. Ingiielurecht; deux chœurs, sur des poésies de Ch. d'Orléans, de M. Roland Manuel, oi"! cet excellent musicien ne se montre pas indigne de s'exercer à ce genre si difficile ; et quatre des réalisations chorales de M. Ch. Kœchlin sur les beaux thèmes de M. G. l'AunÉ qui, chaque année, sont proposés aux concurrents pour le prix de contrepoint. D'autres œuvres intéressantes, mais d'un genre différent, tel ce vigoureux //i/ouie au Soleil de Lili Boulangera, tels aussi les très beaux Cantiques bretons de M. Ladmiraulf (pieusement recueillis, et si véritablement de l'immuable Bretagne, — d'une intense et discrète émotion), complétaient l'ensemble d'un concert qui, peut-être, sera l'aube d'une résurrection, d'un admirable renouveau'. S'il arrive que, par les impossibilités matérielles de la « vie chère »,la musique des vastes symphonies pour orchestre et chœurs soit provisoirement réduite au silence, on peut croire sans utopie que les œuvres a capella, ou simplement accompagnées par l'orgue (comme les Cantiques de M. Ladmirault, ne rencontreront pas les mêmes obstacles. Le jour oii, par le dévouement de certains musiciens ', le peuple formera lui-même des chorales d'amateurs, non plus de vulgaires orphéons, mais des sociétés sérieuses s'adonnanl à de la belle et vraie musique, — nous serons bien près du but : la culture musicale de toute la nation. Ce sera un beau jour; peut-être viendra-t-il plus tôt qu'on ne le pense.
Et maintenant, voudra-t-on se demander, où en sommes-nous? Où conduisent ces tendances 'diverses'? Qu'ont-elles de commun entre elles, et peut-on deviner ce que sera l'avenir? Interrogations auxquelles il est impossible de répondre avec une rigueur précise, mais qui néanmoins ne constituent pas des problèmes entièrement insolubles. — On a divisé l'Ecole moderne en plusieurs groupements. Certes, nous avons dit les défauts de ces classifications; on les prendra pour ce qu'elles valent. Elles ont l'avantage — et l'inconvénient — de résumer; elles présentent l'ensemble d'un état de choses. — En dehors d'un petit nombre d'inclassables», les trois courants principaux qu'on discernait depuis nombre d'années sont encore assez nets. Ils correspondent à la division que l'on sait : en premier lieu, les compositeurs demeurés le plus fidèles à l'enseignement delà Cantate, et tout au moins aux traditions de l'Institut : ce sont en général des musiciens de théâtre; chose assez naturelle, le prix de Rome se trouvant, par la cantate, orienté vers la scène. Il est juste d'ajouter que la plupart cultivent également l'art symphonique. Peut-être même ces œuvres de concert, bien que moins connues du
QOiF.ii, secondé par M. Pacl Le Fi.em, de nombreuses auditions sont données à Paris et dans la province. L'art de la musique a capella n'est pas mort; il ressuscite, avec les mille ressources de l'harmonie moderne : nous n'en voulons pour exemple que fémouvant Paijsage de M. Padj. Le Feem, que nous entendîmes récemment i l'une des séances des Chanteurs de Saiiit-Gervais.
a. Nous reparlerons tout .i l'heure de M. Aldeut Doves et des admirables résultats auxquels il est parvenu à Paris. Quant â la province, nombreuses sont les sociétés chorales s'adonnan ta de la vraie musique. Les plus beaux espoirs sont donc permis.
6. Soit qu'isolés, les conditions de leur vie les tiennent un peu à l'écart du mouvement général (par exemple M. Paol Dupis) ; soit que la nature même de leur inspiration ne puisse être rapprochée d'aucune autre : tels furent Bizet et CHAuniEn ; tel aussi JVl. KAonÉ, dont l'originalité demeure si profonde.
public, sont-elles ce qu'ils ont écrit de meilleur : Vénus et Adonis, de X. Leroux; la Légende de aaint Julien l'Uospilalier, d'ERLANCEn ; le Saint Georges, de M. Paul Vidal. Certains furent séduits par le ballet: la Ronde des Saisons, de M. Henri Busser ; la Fcte chez Thérèse, de M. Reynaldo Hahn. Des musiciens excellents, tels que xM. Mas d'Ollone ou M. Habaud, sont aussi bien à leur place dans le domaine de la Symphonie; et s'ils préfèrent ne pas entrer dans kivoie polytonak, nul n'en saurait déduire que leurs compositions, pour cette cause, ne vaillent point celles des plus c< avancés » de nos jeunes.
Le second groupe est issu du cénacle franckiste, dont l'existence se perpétue grâce aux lerons et à l'autorité de M. d'I.ndy. On connaît la grande intluence de ce maître sur ses disciples et la vénération que ceux-ci lui témoignent. Leurs Jugements, comme il est naturel, eu deviennent parfois n unilatéraux »• Jl en résulte aussi chez les moins personnels d'entre eux un langage un peu uniforme; parfois ils semblent avoir mué en défauts les qualités de César Franck. Et puis, on ne se dégage pas toujours aisément de la forte discipline de la Schola Cantorum; il y faut la profonde sensibilité d'un Aluert Roussel', ou bien la vie libre et campagnarde d'un Déodat de SéveraCi sans cesse en face do la lùenfaisante nature-. (Et, dans cet ordre d'idées, nous citerons un autre compositeur qui fut l'élève de M. d'Indy : M. J. Canteloube, dont la muse également sait fuir l'agitation des villeset goûter le silence des soirs. De son drame lyrique le Mas, les Concerts Colonne ont exécuté récemment deux entr'acles, qui furent extrêmement appréciés par les connaisseurs.)
Plus divers semblent les musiciens (malgré leur culte commun pour Dkbussy et pour M. Fauré) qui fondèrent la Société musicale indépendante, dite « S. M. 1. ». De M. ScHMiTT à M. Ravel, ou de M. Jean HuRÉ à M. Louis Aubert, et de celui-ci au signataire de ces lignes, il existe de nombreuses et profondes différences^. Cependant l'œuvre entreprise par la S. M. I. avait, comme on dit, une « directive » : il s'agissait de favoriser la libre marche vers l'avenir, sans que telle théorie ou tel enseignement vînt contribuer à l'acceptation ou au rejet des œuvres proposées. Ainsi s'explique le but premier, et le nom même de cette Société, qui s'efforça toujours à l'indépendance musicale. Mais alors, comment trouver un caractère d'ensemble qui légitime noti-e classification? Sans doute, dans l'intlueuce qu'exerça sur eux l'exemple de Chabrikr, de M. G. Fauré et de Claude Debussy. Ainsi Pelléas fut longtemps, pour les fondateurs de la S. M. I,, l'image de la marche libre vers l'avenir, avec pour seuls guides le goût musical, l'amour du charme et le respect du métier sérieux...
D'ailleurs, répétons-le, ces classifications, ces divisions de l'Ecole française en plusieurs groupements, n'ont rien de la rigueur mathématique. Et le clair de tout cela, c'est qu'en général les esprits les plus libres, les musiciens les plus profondément person-
1. Oui (l';iillem-s trarailta longtemps, d'abori:! avec M. GinuCT, l'ex. cellent orjanisie i|i]i lient à bon droit s'enorg;iieillir d^e son élève.
2. Commt' najîuère lî. CnAus^oN, Af.ntïim: Maonard, M. Gnv-Koi'AnTZ, avaient reçu l'enseignement du u père Franck » et celui du vénérable établissement de )a rue Bergère, — aujourd'hui transféré rue de Madrid, — certains jeunes sont à la fois élevés du Conservatoire et de M. d'Indy; mais le plus souvent c'est la tradition de ce d'-rnier qui domine. — On citera également, outre M. Cantalocbe, M. Mauiottiî, auteur d'une S;pnphfyni<! en une seule partie, et de Salomê {sur le
'poème d'Oscar Wilde), récemment représentée à l'Opéra.
3. Les fondateurs de la S. M. I. furent MM. Loms AuBiînT, A. Caplet,
nels, restent un peu à l'écart et comme en marge de ces « églises » rivales.
D'ailleurs, avec les années, d'auires groupements apparaissent. Celui des Six^ est à l'ordre du jour; on en parle beaucoup, on écrit souvent à son sujet. Peut-être, non sans erreurs. Le danger, en pareil cas, vient des thuriféraires enthousiastes, des amis qui exagèrent ou rélrécissent les théories, parfois même des paradoxes que risquent, dans le monde, ces jeunes compositeurs agacés d'une opposition trop retardataire. — On a pu croire d'abord que les Si-v répudiaient toute sensibilité et, par une réaction brutale, se mettaient à dédaigner Claude Debussy, César Franck et M. Gabriel Fauré-'. M. Jean Cocteau proclama, lors de la première du Bœuf sur le toit : « Assez de musique estompée; nous voulons un art àl'emporte-piéce. » Cet art put sembler d'accord, non avec l'àme humaine, mais (si l'on peut dire) avec celle des machines, — et l'on pensait à l'avenir lugubre prédit par H. -G. Wells dans ses premiers livres. — Mais, sans se préoccuper des commentateurs, si l'on étudie de plus près les œuvres de ces jeunes musiciens et que l'on cause avec eux sérieusement, ou arrive à des conclusions bien ditVérentes. Celles de leurs pages les plus signihcalives n'ont pas du tout banni Ve.cpression. Eux-mêmes (la plupart du moins) n'en veulent qu'aux disciples médiocres ou aux imitateurs " à la manque », de César Franck et de Claude Debussy. — Une vive exubérance, un inassouvi besoin de rythmes actifs, le désir d'écrire en style contrepointé sans remplissages et sans petits « amusements » d'orchestre : ils ont banni cette peur de la crudité qui souvent paralyse au Conservatoire; recueil serait pour eux de craindre le chamie et la sorte de beauté qui est en même temps jolie. — Somme toute, le tort des critiques (amis ou ennemis) fut de les tenir avant tout pour des révolutionnaires, contempteurs du passé, briseurs de vitres... Ces musiciens marchent vers l'avenir; c'est leur droit; mais leurs tendances dynamiques se relient sans conteste à celles de Berlioz, d'ALBÉaic Magnard, de M. d'Indy, de M. André Gedalge. Quant à leur liberté harmonique, elle fut inspirée, d'abord de Charrier et de Claude Debussy, puis de M. Stbawinsky et de M. Schœnueri"; ; et il serait facile de citer d'autres compositeurs dont les œuvres orchestrales sont contrepoiulées et polytonales à la fois, sans d'ailleurs qu'on les puisse prétendre disciples des Sir. Ceux-ci restent donc, malgré parfois la nouveauté de leur écriture, beaucoup plus traditionnels qu'on ne l'imagine. On souhaiterait, non qu'ils devinssent plus « sages i> (il n'est pas question de les obliger à certaine correction académique), mais qu'ils en arrivassent à pénétrer tout à fait la beauté profonde, de l'art fauréen, et qu'il y eût équilibre, che2 eux, entre le charme (ou même la sérénité) et ce dynamisme qui est un de leurs caractères : cela sera peut-être, dans les temps futurs. Le meilleur signe déjà, c'est qu'ils savent (au moins certains d'entre
IU«u:n UucAssE, Jean lli:nii, Cn. Kh'.cui.in. M. Ravel, Fi.orEur SciiMrrr !•]. Vuim-ehsioz, sous la présidence de M. G. KAimÉ. — Dès la première année, elle assuma le rôle péritleu:^ de faire connaître des mosiqties fort nouvelles : celle notamment du flongrois W. Kudai.y.
't. M"» GEnMAiNK Tait.i.eiebui:, mm. (îEon.-.ES AoRic, Louis DireiT, A. HoNEGfîRn, DACiirs Mu.HACD. F. Poulenc.
5. Un jeufre conférencier, à propos des Six jnslement, affirma • (( Mesdames et messieurs, enlin nous voici débarrassés de rKxprcsston.
Nous voulons construire Ainsi ppésentèe, celte estliéticiuc parais.
sait assez redoutable. Heureusement, il ne faut pas prendre sa phrase à la lettre...
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
LA MUSIQUE FRANÇAISE l'-l
eux) aimer PeZ/f-as et le Marti/re dr :«ii)il Sébasliaii; et l'on serait mal venu de leur l'aire un ^rief de prendre au sérieux M. Krik Satie, ce à quoi ne consentent pas toujours le pulilic, ni les critiques, ni certains de nos confrères. Knlin, l'on ajoutera que chacun des St.r est assez différent de ses camarades; mais, puisqu'ils ont accepté de paraître ainsi groupés, et qu'ils montrent des iiiteiilioiis, des caractères communs, nous en devions marquer les traits essentiels. 11 est probable que ces traits ne sont |)oint sans rapport avec l'état actuel de la société; mais, d'autre part, ils ne correspondent certes pas à toutes le> sortes de sensibilités qu'on pourrait discerner dans la nation. Il faudra toujours tenir compte de ce fait, qu'en France surtout il existe plusieurs courants, et qu'à côté des Sî.c notamment, peut-être d'aulies musiciens encore inconnus élaborent des œuvres tout à fait dilférentes, lesquelles détermineraient la mode de demain...
Restent les l'.so/i's. Souvent assez ignoi'és, quoique parfois d'un àpe mûr. De ce nombre était Erniîst l'.\NELLi, mort très tristement il y a peu d'années, et dont par hasard M. Piermî avait découvert l'incontestable talent (on n'a pas oublié la suite sur le Uonuni de la Momie, ni les belles /mpre.s.siofis pastmalcs); nous avons déjà cité quelques œuvres de grande valeur de M. Palm. Dipin' et de M. François Bertuet; ajoutons encore -M. W. .Molard, dont la S. M. F. lit entendre naguère de puissants fragments d'une musique pour Hamiel. audacieusement dissonante et qui ne ressemble à rmlle autre. D'ailleurs, il est ceitaiu que lions ignorons plus d'un artiste obscur. Oui sait? Aujourd'hui peut-être quelque génie, dans la classique mansarde de la misère, achève les plus beaux chefs-d'œuvre de notre temps... Nos successeurs le connaîtront; ils nous accuseront de ne point l'avoir découvert. Ce n'est pas notre faute : nous dirons tout à l'heure les diflîcultés sans nombre que rencontre le paitr re,da.nscel art austère de la musique, et combien peu la société protège l'éclosion des belles symphonies- qui, plus iard, réconforteront les hommes, auK jours où la nation s'en glorifiera. C'est l'éternelle histoire, et l'on ne peut espérer que ces injustices viennent à disparaître brusquement : ce serait trop beau.
Ce qu'on semble constater le plus nettement, outre les trouvailles sans nombre du langage moderne, la découverte de nouveaux domaines {le comique musical), la création de genres non encore classés (le ballet symphonique), c'est l'unitication de la musique andessus des frontières du théâtre ou de la sonate. Les meilleurs ont souci de garder une belle tenue jusque dans la plus fantaisiste des farces; ils n'admettent pas qu'un fossé profond sépare les différentes sortes d'œuvres musicales. — Ce qui les affermit dans cette conviction, c'est que la plupart cultivent les genres les plus divers. Par bonheur, la spécialisation qui paraît envahir tant de carrières scientifiques, abandonne au contraire le royaume de l'art. Dkrissy-', M. Fauré, m. Diras, M. Rabaud, M. d'Imdy, ne sont pas que des symphonistes : leurs œuvres scéniques ne semblent pas les moins belles. Erl.vnger, .\. Leroux,
1. N'oubliOQS pas CCS canons a capeila de il. Duimn, d'une écriture si libre et |iourlarit si miisicaic. ils auront tout nalurellemenl leur place dans la r.;5urrcL-tion de cet art cliorat inotaninient ceux tiu'ii écrivit au reloue d'un voyage inespéré, en Ksypie.l
i. Et corament arriver a coanaitre niàme l'eiisl^nce d'un musicien obscur, incompris, injouê .' Le hasard seul (comme il arriva pour Fasëlli) peut nous aider a ces découvertes.
3. On en dira tout autant de Eirni.iuz, de Gocsod, de liizrr. Mais
M. Rruneai:, m. PiKRNÉ, M. Charpentier, M. Laz/.ahi, M. K. LE HoKNi;, n'écrivirent pas uniquement pour le IhéAlre. Cette largeur de vues (qui témoigne aussi d'une sérieuse lechni(]uei s'accroît encore du l'ail que certains de ces musiciens sont ilcf, artistes, dans un sens beaucoup plus général. Le temps n'est plus'* où l'on osait dire : « liéte comme un musicien. » Toutes les formes d'art passionnent les meilleurs des compositeurs modernes', et ceux-là ménies dont l'instruction première fut un peu négligée : car ils y suppléent dans la mesure du possible par un excellent instinct et des lectures assidues. — Nous irons plus loin. La Toiir d'ivoire, avons-nous dit, n'est qu'un symbole; elle signifie le détachement de l'artiste à l'égard des vanités du siècle : divertissements mondains, réceptions, marques honoriliques, — choses vides d'humanité. Mais les artistes ne sauraient se désintéresser des mouvements humains : souvent même leurs œuvres en sont l'écho direct. Ainsi leur musique, sensilile et vivante, contient pour l'histoire de notre époque de précieux documents, si l'on accepte que l'histoire est l'étude des mœurs, des caractères, de la vie, — et non point seulement celle des acquisitions territoriales ou des avantages commerciaux, résultats de luttes fratricides. Aux temps de lAff'airi' Drei/fas, certains musiciens départ et d'autre furent passionnément entraînés par ce qu'ils jugeaient \ew devoir civique : l'on serait mal venu de les accuser de sectarisme. Le fâcheux dilettante mondain cpii veut ignorer la justice et ne se préoccupe jamais de la nation, ne se trouve pas chez les vrais artistes, qiij souffrent avec leur pays, avec l'humanité, — se réjouissent ou plus souvent s'indignent {farit indignatio versuiu). On sait le culte voué à Zola par M. BiuiNEAU, on connaît Vlhjinne à la Justice de Ma- GNARD (contemporain de cette retentissante Affaire], et l'on n'ignore point que d'illustres compositeurs furent nettement du parti inverse. Plus récemment, à ce point désorientés, découragés, abattus par la hantise des tueries gigantesques qui viennent d'ensanglanter le monde, certains ne pouvaient écrire une note : tels M. André Gedalge et, dans les premiers temps de la guerre, Claude Deisusst. D'autres ne trouvèrent l'équilibre moral qu'en se réfugiant précisément dans le travail qui apaise, et dans l'abri momentané que leur donnait la Muse : ce n'était pas indiiférence à l'égard du denil universel, bien au contraire.
Quant à l'état présent, on peut juger d'après cette étude qu'il est extrêmement prospère et qu'il autorise les plus beaux espoirs. Peu importerait même que certains jeunes crussent devoir tournfr le dos a l'art de Pelléas''', comme leurs devanciers affectaient de mépriser Gour(OD (leur a'ieul pourtant) : ceux-là n'en marchent pas moins dans les chemins debussystes; ils sont tels que nous les voyons, grâce aux tendances de leurs aînés. Aujourd'hui, il est avéré que le debussysme ne mena point au cul-de-sac morbide et malsain que des critiques avaient imaginé, — mais au contraire, par de nouvelles voies, à la découverte de terres extrêmement fertiles. — En même temps, l'enseignement et le travail opiniâtre
anjourd'liui la tend:incc anli-spêciali<atrice est encore plus nette.
4. 11 n';iurait jamais di"i êlre. Car I\ami:m:, Gr.i;cK, Gitfirnv. btini-nix, GocMoo, Reykr, se niontrïTont des esprits fort intclligerils.
.1, Certains donnent dans les charmes du cutihnie : et quelque opinion qu'on .ait de celte l'orme picturale, il apparnit que ces musiciens, en s'y ralliant, s'eilbrcent de ne rien ignorer des manifestatious de? autres arts.