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Les sentiments comme les sensations trouvenldans le rythme un puissant interprète.
Une succession de valeurs longues et égales, prises dans un mouvement modéré ou lent, convient aux impressions et aux pensées calmes, à la mélancolie rêveuse, à la méditation religieuse, à la prière. Le plain-chant liturgique en est un exemple éloquent.
Les émotions vives du cœur, la frayeur, l'angoisse, la douleur poignante, sont rendues avec force par les valeurs brèves^venant s'appuyer sur une plus grande valeur, dans un mouvement lent.
Très lent
LMLUL-MUI'Ï LtaT^Lmr'r
Le rythme syncopé et à contre-temps peut exprimer l'hésitation, le trouble angoissé, surtout dans un mouvement agité.
Urn'r r "i?r rrcT
Dans une certaine mesure, la musique parvient à donner au moyen du rythme des sons l'impression de quelques phénomènes de la nature. Elle prend alors le nom de musique imitative.
C'est ainsi, par exemple queVuraqe, la tempête, les bruits de lamer, du torrent, sont souvent rendus par des successions rythmiques de notes rapides de petite valeur.
Très vite
Au moyen de groupements rythmiques adroitement combinés on arrive également à donner l'idée des bruits particuliers produits par certains objets, tels que le rouet, le moulin, etc.
Parexemple, lecomposileur allemand Men'delssohn, a composé une Pileuse célèbre pour le piano dont la forme fut, depuis, fréquemment imilée et qui rappelle le bruit et le mouvement du rouet, au moyen de noies rapides en doubles croches groupées de six en six :
Trè.s vite
^jfJjJJ'^JJjJ I J'^^M^^^^JJJ
Les impressions produites parla musique imitative ne peuvent avoir rien d'absolument exact ni de positif; elles ne sont qu'approximatives, relatives et de convention.
'.'•'t. Rapport entre les prosodies grecque et latine etle rythme musical. — A vaut de connaître la mesure, tulle que nous la connaissons, les anciens réglaient
TECHMOUE. ESTUÉTinUE ET PEDAGOCIE
leur rvthme musical selon les lois du rythme poétique. Chezeiix la musique était étroitement liée à la poésie.
La prosodie, consistant dans les dilîéreules durées des syllabes de leur langue, faisait que ces syllabes étaient longues ou brèves, c'esl-à-dirc de quantité dilTérente.
Les dispositions variées des syllabes longues et brèves étaient désignées chez les Grecs par le nom de pieds poétiques.
Dans la mesure des p!e(/s selon les principes de la poésie antique, la longue valait deu.x bri-ves.
11 m'a paru intéressant et utile ]iour le lecteur, de mettre sous ses yeux quelques-uns des pieds portiques employés dans la veisification des anciens Grecs et Latins, en plaçant à côté le rythme musical qui leur correspond.
Ce signe — indique les syllabes longues, cet autre V les courtes :
Le Spondée, coiniiosé de deux longues :
I.e Pyrrhique, composé de deux brèves : L'ïambe, comiiosé d'une brève suivie d'une
longue ; Le Trochée, composé d'une longue suivie
d'une lirJ^ve :
Le Dactyle, composé d'une longue suivie de
deux brèves : — u ^
L'Anapeste, composé de deux brèves suivies
d'une longue : ^ ^ —
Le Tribraqiie, réunissant trois brèves :
Le Molosse, rormé de trois longues :
L'Ampbibraque, formé d'une longue entre deux brèves :
— {rrn.
-Ami
On peut voir, par l'analyse comparative, que dang leur correspondance avec le rythme musical, le spondée, le pyrrhique, le dactyle et l'iinapeste représentent des mesmes à deux temps. La mesure à trois temps se recounaildans Viambe, le Irocht'c, le tribra. que, le molosse avec des degrés relatifs de rapidité.
Vaniphibraque donne la mesure à deux temps avec une synrope au milieu.
Il m'est impossible de citer ici tous les pieds poétiques des anciens; ce serait dépasser le cadre de cet ouvrage.
Je dois dire cependant que ces pieds étaient simples et lomposés. Tous les pieds précédemment mentionnés sont simples. Les composés étaient la réunion de deux simples. Par exemple : le Dispondée, lormé
de deux spondées et de quatre longues :
pouvant correspondre à notre mesure à quatre temps:
(Ji* f • I*; le Procéleumatique, formé de deux pyr-
rkiques et de quatre brèves : w u w w pouvant correspondre à une mesure à deux tempsouàquatre temps
brève T f 1* T; le double-trochée, formé d'une longue
et d'une Jirèceei encore d'une longue et d'une brève : — u — i.., et pouvant être assimilé à notre mesure à
La courte analyse que nous venons de faire des principaux pieds poétiques des anciens nous permet de conclure que nos combinaisons rythmiques binaires et ternaires modernes ont très bien pu prendre leur origine dans les prosodies grecque et latine.
Ces langues anciennes, surtout dans leur poésie, étaient soumises à une accentuation rythmique dont la puissance Unit par s'amoindrir avec les conquêtes qui entraînèrent une fusionde races entre vainqueurs
et vaincus. Il résulta de cette fusion que les langues se tiaiisl'oimérent réciproquement en se confondant.
La musique se transforma également avec la marche du temps. La simplicité antique devint plus compliquée à mesure que les progrès successifs apportés dans la facture des instruments créèrent, à cAté d'une musique qui jusqu'alors avait existé sous la domination du genre vocal, une musique instrumentale avec laquelle la science musicale prit un nouvelessor.
Avec la musique nouvelle, les procédés de notation durent se transformer pour en faciliter la lecture. C'est de là que naquit l'idée de diviser les fragments d'une composition musicale au moyen des barres de mesures. Ces barres, primitivement tréséloignées les unes des autres, finirent successivement par se rapprocher.
Les valeurs de durée se modifièrent également en se rapportant toutes aux combinaisons rythmiques binaires et ternaires.
3;). Épilogue sur la mesure. — En terminant cette étude sur les propriétés esthétiques de la mesure et du rythme, ne manquons pas d'observer que le rythme donne le mouvement au son.
Le son et le rythme forment les principaux éléments de vie de l'art musical.
6e ENTRETIEN THEORIQUE