LES OFFICES
Nous venons de voir le maître de chapelle s'initiant à tous les secrets de son art, prenant conscience de ses devoirs et instruisant, façonnant la petite troupe dont il a assumé la direction. Nous allons le suivre maintenant sur le champ même de son action, au* milieu des diverses circonstances qui sollicitent son intervention directe, dans les manifestations cultuelles où s'exerce son ministère et qui constituent la raison d'être de ses fonctions, le but assigné à son activité. C'est ici qu'on va le juger, car c'est ici que vont être mis à l'épreuve, avec les études qu'il a poursuivies, et les connaissances par lui acquises, les résultats de tout ce travail épineux et souvent ingrat que nécessitent des voix d'enfants à former, une chorale à exercer, un répertoire à choisir et à faire entrer dans la pratique de tous les. jours. C'est dire combien est nécessaii'e au maître de chapelle une étude sérieuse des offices à la célébration desquels il doit concourir, combien il lui est indispensable de savoir à fond la liturgie, non seulement dans ce qu'elle a d'extérieur et de formel, mais encore dans son essence même, sa signification intime, l'esprit dont elle ne montre aux yeux que la lettre, l'idée qu'elle recouvre de ses formules et de ses rites.
La Hcsse.
Le culte, en effet, revêt une forme symbolique dont le sens, qui se perd trop de nos jours, ne saurait être ignoré pourtant de quiconque veut tenir avec intelligence son rôle dans le drame sacré. Ce rôle, toujours un, se colore d'une inlînie variété de nuances selon le jour, le moment, la circonstance. Si le maître de chapelle se satisfait d'une vague impression générale, s'il n'a pas une compréhension nette du culte catholique el s'il n'en connaît pas la raison profonde, s'il s'arrête à l'écorce sans pénétrer jusqu'au cœur même du texte sacré, comment donnera-t-il à chacun des chants l'expression qui lui convient"? Comment rendra-t-il intelligible à la foule la prière liturgique?
Ceci d'ailleurs n'est dit qu'à titre d'indication, et l'on ne s'attend pas à trouver ici l'explication des symboles qui se cachent sous les formes cultuelles. Les ouvrages spéciaux ne manquent pas qui renferment tous les documents utiles, tous les renseignements qu'on peut souhaiter'. Notre tâche, toute pratique, est inliniment plus modeste. Elle doit se borner à quelques précisions au sujet des offices dont la direction musicale est dévolue au maître de chapelle. Quant à l'ordre et à la marche des cérémonies, avec les mille détails qu'elles comportent.
c est à l'usage surtout qu'on peut acquérir l'expérience.
Les chants de la Messe comprennent une partie fixe, dont le texte ne change jamais, et une autre partie, mobile celle-là, et qui varie selon la fête. De là, leur division en Chants communs et en Chants propres.
Les chants communs sont : le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanclus et l'Agnus. Ils doivent être donnés intégralement, sans en rien omettre, «car les rubriques liturgiques n'autorisent à suppléer par l'orgue aucun des versets du texte, quand ceux-ci ne sont pas au moins récités au chœur. Il est seulement permis, selon la coutume de l'Eglise romaine, de chanter un motet au très saint Sacrement après le Benedictut; de la messe solennelle^ ». Il est donc antiliturgique de supprimer le Benedictits.
Lorsque l'orgue alterne, « le chœur doit chanter le premier verset, et aussi les versets où l'on s'incline et le dernier verset ' ». On s'incline, pendant le Gloria, à ces paroles : Adoramiistc, Grattas agimus tibi... ■Jeau Christc... Suxcipe deprecationein nostram... Jesu Chrisle. Et puisque le verset Ciim sancio Spiritu est obligatoire pour le ch(fiur, il en résulte que le chœur chante par deux fois deux versets consécutifs, et que par deux fois l'alternance se trouve rompue. L'elîet n'est pas heureux et, d'adleurs, cette régie est rarement observée. Il serait donc préférable, — el nous en donnerons plus loin une autre raison encore, — que l'orgue se tût et que les chants communs fussent exécutés à deux chœurs, les voix d'enfants alternant avec les voix d'hommes.
Les chants propres comprennent : VlntroU, le Graduel, y Alléluia ou le Trait, la Prose, ['Offertoire et la Commufiion.
Vlntroit est une construction symétrique dont le psaume forme le centre et dont l'antienne, avant et après le psaume, occupe les deux ailes. C'est donc une amputation véritable qu'on lui fait subir lorsqu'on ne répète pas l'antienne, soit qu'on soude le psaume directement au Kyrie, soit qu'on masque le trou béant au moyen d'une improvisation de l'organiste. Cette mutilation est plus sensible encore pour les Introïls du III"= mode, dont le psaume s'achève, non pas sur la finale mi, mais sur le la; car alors, la cantilène reste sans conclusion, et comme suspendue dans le vide.
D'ailleurs, cette manie de trancher dans le vif s'exerce sur quantité d'autres pièces de plain-chant. Ainsi, dans certaines églises, la vocalise — le jubilus — de V Alléluia, au lieu d'être chantée par le chœur, est jouée, parfois même improvisée au grand orgue. Cette faute esthétique est par elle-même infiniment regrettable. C'est pire encore lorsque, dans un chant alterné, les chantres s'arrêtent court après l'intonation— Victimx paschali laudes... Ave vcrum... Inviolala... — et laissent à l'orgue le soin d'achever seul la phrase commencée. Le non-sens devrait sauter aux yeux. Mais telle est la force de l'habitude — et aussi l'irréflexion ou l'insouciance — que les générations de maîtres de chapelle se succèdent sans songer à corriger cette défectueuse pratique, et à laremettre d'accord avec le bon sens et l'une des plus élémentaires règles de l'art.
Pour la Prose, le mode d'alternance est le même que pour les chants communs. Ce n'est donc pas à
i. Notainiiient L'Année lilurgi(jue, lie dom GcÉnAN'GEn. e\.\' Histoire du bréviaire romain, de Me' Battifol.
•1. Motu proprio.