Traité de Vaccompaynement modalités psaumes
ce que la formule psalmodique se répète bon nombre de fois, il ne jésuite pas qu'elle doive suivi'e uniformément le même «cours ». Il apparlient au mailre de chapelle et à l'accompagnateur de faire circuler la vie, largement, dans ces strophes ardentes, et d'appliquer à leurs réilêralions mélodiques la variété des couleurs dont chaque note dispose. C'est là une délicate et précieuse besogne, qui, si l'on s'en acquitte bien, rend l'office vespéral cher à ses interpi'èles. »
On ne saurait mieux dire. C'est la vie, précisément, qu'il s'agit d'insuffler à cet office, si aisément morne lorsqu'il est chanté sans conviction et sans goût. Pour y réussir, ce n'est pas Irop de la collaboration étroite du mailre de chapelle et de l'organiste de chœur. A celui-ci, le soin de mettre dans la psalmodie toute la variété possible au moyen des ressources modales dont il dispose. A celui-là, de veiller à ce que l'office soit chanté avec ensemble, avec élan, avec rythme, avec intelligence. *
C'est précisément pour prescrire cet élan, cet ensemble, cette intelligence et ce rythme qu'ont élé formulés les préceptes insérés dans un vénérable et précieux manuscrit de Saint-Gall sous le titre de : Instituttt pali'um de modo psuUendi-', et dont nous allons donner quelques extraits. On verra combien sont judicieuses ces prescriptions, et comment elles font justice de certaines pratiques défectueuses qui se sont implantées en France au xviu° siècle.
Ou doit chanter les psaumes d'un mouvement égal, ni trop vite ni trop lentement, mais rondement et d'une voix vive et animée'.
Chaque moitié de verset doit être chantée d'une seule haleine^. Lorsque cette moitié est trop longue pour êlre dite d'un trait, il faut que la pause de respiration soit courle et qu'elle ne se produise pas entre deux mots qui, d'après le sens, ne doivent pas êlre séparés. Ainsi il ne faut pas dire :
Dominâre in médio — inimicôrum tuôruiii.
Non commovébitur donec despicîat — inimi'cos suos.
Intelléctus bonus cjmnibiis — feciénlibus euni.
Non confundotur quum loquétur — ininiicis suis in porta.
Et in sat'cula — saeculoruni. Amen.
Mais :
Dominâre — in médio inimic-'truin tuûrum.
Non commovéliilur — donec despiciat inimicos suos.
Intelléctus bonus — omnibus faciénlibus eum.
Non confundétur — quum loquétur inimicis suis in porta.
Et in saécula sa'culorum. Amen.
Le milieu de chaque verset doit être marqué d'une pause très sensible. Cette pause doit être proportionnée au degré de rapidité de la psalmodie. La fin du verset se chante plus lentement que le reste''.
Pour rendre le texte parfaitement intelligible, il ne faut pas négliger l'accent des mots. Toutefois, dans les formules mélodiques du milieu et de la lin de chaque verset, on ne doit observer l'accent que s'il concorde avec la mélodie. Sinon, c'est la mélodie qu'il faut suivre'.
3. i'.c docuniciil a été inséré par Gerheht iScriptores, t. 1, p i>] entre ceux du iv et ceux du vt" siècle, mais on ne leslitne p:ts antérieur au ix".
4. Psalmodia si'mper pari voce, œqua lance, non nimis protrahntiir. sed mediocri voce, non nimis velociter, sed rotnnda.virili et succiticti: vo'je psallatnr.
o. Admonemus itaque,utuna respirations sive lino anitetittntsque tid pimctum rijthmice vel metrice psallamus.
0. l'ost médium metrum, modica modulatione peracta, pausam ionam et competentem faciamus : facta pansa, quod de vcrsu restât, morosion modulatione ilepofiatur salvo Tono...Si jnorosc cantamus, lontjior pausa fiât; si propere brevior.
7. In omni textu leclionis, psalmodise, vel cantus, accenlus sive
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
On voit d'après ce dernier lexte combien est peu fondée la refile d'après laquelle il serait défendu d'élever la voix, aux Méditations et aux Finales, sur la dernière syllabe d'un mot. Elle est, de plus, antimusicale, car l'adjonction d'une ou deux notes supplémentaires, qui en résulte, défornie la mélodie et en détruit le rythme.
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"Wrgam... Dominus ex Si -on..
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Tecum...in splendoribus Sanctorum
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splendoribus sanctorum
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qni Kabitare facit sterileiuin do — mo.
Sterikm in do-ino
Le Cérémonial des Evêques recommande de chanter le Gloria Palri plus solennellement que le reste du psaume. On pourrait le chanter en taux-bourdon, ou lentement et inanissi7no, en y adjoignant l'intonation solennelle les jours de fête.
Se cliantent aussi plus lentement les cantiques évangéliques, c'est-à-dire le Magnificat, le Benedictua et le iVwiic dimittis'.
Le psaume ne l'orme avec l'antienne qui l'encadre qu'une seule et même composition. La suppression du redoublement de l'antienne, après le cliant du psaume, équivaut donc à une amputation véritable. Cette mutilation est encore plus sensible dans le cas — très fréquent aux premiei-, troisième, septième et huitième tons — où la formule psalmique n'a pas la même finale que l'antienne. En règle stricte, l'orgue ne devrait se faire entendre qu'après le redoublement. Malgré cela, il est d'un usage à peu près général de faire intervenir l'organiste immédiatement après le psaume. Encore devrait-on réciter pendant ce temps l'antienne supprimée, puisque rien ne doit être retranché du texte liturgique.
La même règle est applicable aux strophes et aux
coneentus verborum (in quantum suppetit facullasj non negligalur, quia cxinde permaxime redotet intellpctus.., Omnis eniin tonorum depositio in (inalibus mpdiis et ullimis, non est secundum accentum verbi, sed secundum nmsicaicm melodiam toni facienda... Si vero conveyierint in unuut accentus et melodia, eommuniter deponautur ; sin autem.Juxta melodiam to'pi, cantus sice Psahni termiuentui; i. Cantica Evanijelii allius et morosius cxteris. (Hocrald. I, p. 227.)
versets de l'Hymne et du iVar/nificat, suppléés par l'orgue, lorsque celu:-ci alterne avec le chœur. Dans ce dernier cas, le chœur doit commencer et finir; c'est-à-dire qu'il doit chanter : de l'Hymne, la première strophe, les strophes impaires et, en plus, la doxologie: et, du Magnificat, l'inloiialion, les versets impairs et le Sicut erat.
Dans certaines églises, on a coutume de chanter plus lentement la doxologie et les strophes des hymnes pendant lesquelles on se meta genoux. Ces strophes sont : la première du Veni Creator et de ï Ave maris Stella ;0 Crux ave, de l'hymne de la Passion, et le Tanliim ergo, lorsque le Saint Sacrement est exposé -.
Dans certaines églises de Paris, le Benedicamus Domino est joué par le grand orgue, et c'est le chœur qui répond : Deo grattas. Il y a là un non-sens facile à corriger.
SalnlK.
Les vêpres sont suivies, les dimanches et les jours de fête, d'une cérémonie qu'on nomme en France «Salut du Saint Sacrement ... Cetle cérémonie est d'or]f;ine récente, du moins dans sa forme actuelle. Le Cérémonial d'-s Evcques ne prévoit que le chant du Taniiim ergo suivi du verset Panem de cœlo. Pour lout le reste, les usages varient selon les diocèses, souvent même selon les églises. Nous n'avons donc pas à nous en occuper ici.
Ces prescriptions minutieuses pourront paraître arbitraires, ou résultant d'une réglementation étroite et tatillonne, aux esprits superficiels qui suiveni sans les discuter les usages établis, ou aux consciences faciles qui préfèrent se laisser aller doucement au courant d'une molle routine. Elles sont raisonnées pourtant, elles sont motivées et déduites de la nature même des choses. Leur observance stricle peut seule donner à la lilurgie tout son sens, et en manifester en même temps toute la valeur esthétique. De même, une attention toujours en éveil, un souci méliculeu.x du moindre détail, tout autant qu'une bonne exécution des chants sacrés, seront absolument nécessaires pour assurer et maintenir jusqu'à la fin la dignité et la haute tenue qui sont dues à toute fonction cultuelle.
Cependant, de cette tenue et de cette dignité, le maître de chapelle n'est pas seul responsable. 'La chorale qu'il dirige est le principal mais non l'unique facteur de la réalisation musicale des cérémonies religieuses. L'organiste y intervient fréquemment, soit pour alterner avec le chœur, soit pour remplir les parties vides de l'office. Et la part qu'y prend le prêtre lui-même est loin d'être négligeable; dans certaines fonctions de la Semaine Sainte, elle est même prépondérante. Or cette réalisation ne sera totalement belle, elle n'aura une valeur d'art absolue, que si ses divers éléments s'harmonisent entre eux, s'ils se fondent en un tout cohérent et homogène. Ce qui exclut non seulement les choix inopportuns, les négligences, les faiblesses d'exécution, la grosse faute matérielle, mais même toute divergence de vues, toute différence de méthode, toute disparate, toute incohérence de style. Or, comment
•i. \)e même, pour le Te ergo quxsumus du Te Deum.
obtenir celle iiiiilé nécessaire si l'organiste, dans ses réponses au cliœur, comprend d'une manière à lui spéciale le rylhme des chants et leur iiarnionisalion modale? si le célébrant ou ses assesseurs chantent d'une voix mal assurée, avec une articulation insullisante ou une iiccentiiation dél'eclueuse?
S'il était trop dillieile à certains organistes de se plier à des procédés contraires à leur conception personnelle, peut-être pourrait-on leur suggérer de s'en tenir, dans leurs réponses aux Chants communs et aux Hymnes, à de brèves paraphrases modales du thème liturgique. Sinon, il serait préférable de l'aiie exécuter ces chants à deux chœurs, les hommes donnant la réplique aux enfants, à moins que l'autorité paroissiale ne s'y oppose. Pour le reste, tout ce que pourrait le maître de chapelle serait de former des vœux ardents pour que, dans les séminaires, petits et grands, les voix soient cultivées pendant toute la durée des études, excepté pendant le temps de la mue, et qu'au moyen d'un enseignement approprié, on forme le jugement esthétique de ces jeunes gens en leur donnant le goût de la bonne, de la belle, de la vraie musique. ■
Nous voici parvenus au terme de cette étude. On s'est efforcé, en ces quelques pages, de mettre en pleine lumière le rôle complexe et diflîcile du maître de chapelle, ainsi que les aptitudes et les qualités qu'il implique. Ces conditions sont aujourd'hui ce qu'elles étaient hier et ce qu'elles seront demain. De même que demain, comme hieret aujourd'hui, c'est de la manière dont elles seront remplies par son chef que dépendra la valeur d'une maîtrise, au moins autant que des qualités propres des éléments qui la composent. Mais s'il lut un temps où l'insuflisance des moyens de culture pouvait servir d'excuse à la médiocrité des maîtres de chapelle, ce temps n'est plus, et ceux qui sont ou seront inférieurs à leur t.îche devront désormais invoquer d'autres prétextes.
Peut-être les trouveront-ils, ces prétextes, dans les difficultés nouvelles qui vont bientôt s'ajouter à un état de choses déjà si difficile. Car la situation s'aggrave de jour en jour, et les maîtrises sont à la
veille d'une transformation complète. Il a été déjà fait allusion à la péimrie de chanteurs d'église. Après les enfants, voici que les hommes, à leur tour, sont sur le point de manquer. Comment va-t-on parer à cette défection et quelle sera la solution de la ci'ise? On a déjà parlé de chorales paroissiales d'hommes et de femmes. La chose n'est pas nouvelle. Des groupements de ce genre existent çà et là, surtout en Lorraine et en Alsace. Ceux de Slrasbonrg sont particulièrement remarquables par la qualité comme par la quantité de leurs éléments; on y compte jusqu'à plus de cent jeunes gens et jeunes filles parfaitement stylés et disciplinés. Les villages eux-mêmes ont les leurs, et ce sont les maîtres d'école qui les forment et qui les dirigent. Mais une telle institution a-t-elle quelque chance de s'implante]- partout ailleurs en terre française et d'y pousser partout de profondes racines? Konctionnera-t-elle toujours et partout avec l'exactitude, l'assiduité, la discipline nécessaiies? Et si elle suffit à assurer le service régulier des dimanches et des fêtes, par quels moyens sera-t-il pourvu au casuel et au service de semaine'? Quoi qu'il en soit, on ne fera rien de sérieux ni de durable sans une organisation solide ayant pour assise l'enseignement rationnel du chant dans les écoles. !l y aura là toute une série de problèmes dont la solution ne dépendra pas du maître de chapelle seul, mais qui vont singulièrement compliquer sa besogne. Trouvera-t-on beaucoup d'artistes de talent qui puissent ou qui veuillent se plier à de telles condilions, du moins sans compensations suffisantes? Et n'y aura-t-il pas à craindre, chez ceux qui se montreraient plus faciles ou plus souples, un savoir par trop inférieur à leur bonne volonté? L'avenir nous le dira. En attendant, ne soyons pas pessimistes et espérons que la nécessité, puissamment aidée par une organisation bien conçue, saura pourvoir à tout, et qu'après une suite plus ou moins longue de tâtonnements et d'essais, se fera jour un type nouveau de maître de chapelle, adapté par une formalion spéciale et rationnelle aux exigences de la situation nouvelle.
Tels sont les vœux ardents que i'ornieront les anciens et, avec eux, tous ceux que préocciqie avec juste raison l'avenir de la musique religieuse.