Domestic veut dire maître
Cela forma de nouvelles syllabes, tout en n'altérant pas le texte.
Cette période dans l'histoire du chant s'appelle période de la Razdcinorcichia (partage des syllabes) ou période de la llomonia, mot grec signifiant allongement des syllabes dans le texte des mélodies.
VHomonia, tout en dénaturant le texte, fut, en même temps, contraire en quelque sorte à la religion, car, pendant le service divin, on devait exécuter un nombre obligatoire de prières et hymnes, et l'allongement des syllabes prolongeait indéfiniment la cérémonie. Alors, pour raccourcir la longueur des services, on chantait deux ou trois prières différentes à la fois.
Au concile des Cent (liiol), on tâcha de réagir contre cet état de choses et on chercha à y remédier. Dans ce but, on abrégea le chant et, dans certain» endroits du service, on le remplaça par la lecture- Ensuite, le concile augmenta le nombre des écoles pour la préparation de bons chantres. Ces écoles formèrent des maîtres remarquables. Les plus célèbres furent Ivan-Akimovitch Chaïdourow, qui inventa un système de notation, Sabas et Basile Rogoff.
Les élèves de Sabas et de Rogoff furent Etienne GoLiscH, Ivan Noss et Théodore Christianine, qui propagèrent le chant d'église dans le nord-est de la Russie. Parmi les élèves de Colisch, il faut citer Ivan LouKOscHKOw et l'archiprètre Sylvestre qui fonda à Moscou unefiécole de chant devenue célèbre; enfin, le chef des chœurs du couvent de la Sainte-Trinité, LoGuiNE, qui travailla beaucoup pour le chant et forma d'excellents élèves.
Grâce aux nouvelles écoles, il fut possible d'organiser de nombreux chœurs, dont les meilleurs furent : « Le chœur du Tsar » et celui du Patriarcat; les chantres y étaient grassement et même royalement payés et avaient toutes sortes de privilèges. On remarqua alors une notable amélioration dans le chant d'église et de nouvelles compositions musicales apparurent en grande quantité.
Le tzar Ivan le Terrible lui-même composa des mélodies.
C'est à cette époque que fut composé, entre autres, le service pour les Vêpres, le carillon (musique pour les cloches) et les psaumes mis en musique par JVlarkel Besborodoï.
Il y eut aussi, à la fin du xvi» siècle et au commencement du xvii" siècle, un très grand nombre d excellents chantres. Malgré toutes ces réformes, le mal était trop profondément enraciné, et on ne put l'extirper d'un seul coup.
On continua à chanter plusieurs prières à la fois, deux, trois, cinq même avec un texte dénaturé. A ce défaut, on en joignit d'autres. On commença à accentuer les syllabes incorrectement au détriment des autres syllabes. C'était quelquefois dans l'intérêt de la mélodie, mais cela portait un grand préjudice au texte authentique.
L'initiative de la lutte contre les abus cités plus haut fut prise, à la fin du xviii^ siècle, par de simples amateurs du chant d'église.
Cette lutte ne donna de bons résultats que grâce à l'intervention du tzar. Conseillé par les autorités cléricales, Alexis Michailovitch proclama un édit spécial défendant expressément le chant de plusieurs prières à la fois. 11 institua ensuite une commission composée d'hommes savants et compétents qui devaient s'occuper spécialement de la correction du lexle des livres d'église. On étudia à cet effet les
TECHNIQUE. ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
anciens manuscrits du xiii» et même du xii' siècle, en les comparant aux manuscrits contemporains.
De tous les membres de cette commission, le moine Alexandre mérite une mention toute spéciale, ainsi que Mesenet/, correcteur de l'imprimerie de Moscou et auteur de l'alphabet musical du s.ystème de notation marqué par les caractères znamena'.
C'est à cette époque que commence la troisième période dans l'histoire du chant d'église en Russie. On la nomme : « période de la nouvelle langue authentique russe. »
Avant d'aller plus loin, nous devons dire qu'il se trouva des personnes ignorantes qui ne voulurent pas se rendre à l'évidence et adopter les amélioralions; elles protégèrent l'honionia (allongement des syllabes), et cette manière de chanter existe encore de nos jours dans certaines sectes en Russie, comme, par exemple, dans les sectes appelées « Bespopovschina » (secte sans prêtres).
Les livres d'église étant corrigés, on résolut de les imprimer, mais ce projet fut retardé, car on se trouva en présence de deux systèmes de notation dilférents.
Dans le plus ancien des deux, on ne se servait d'aucune portée, tandis que dans le nouveau, la portée, composée di! cinq lignes, existait déjà depuis le milieu du xvn" siècle.
Ce système avec portée étail en usage avant cette époque dans les églises de la Russie méridionale, et comportait cinq lignes horizontales sur lesquelles et entre lesquelles on plaçait les caractères musicaux. Chacun de ces caractères avait sa valeur rythmique particulière.
Ces notes n'ont aucune ressemblance avec celles de l'Europe Occidentale; leur invention est essentiellement russe. A Moscou, ce système de notation fut connu sous le nom de « Kiewski Znamia », c'est-àdire système de notation venant de Kiew.
Les premiers signes placés sur les portées furent es suivants :
♦ oui airaut la Ltiieur delà, ronde O
V - - — la blanche o
y -la noire J la croche •
Les livres d'église écrits d'après le système de notation à portée, étaient fort rares à cette époque; ils coûtaient très cher et étaient remplis d'erreurs.
Les premières personnes qui s'occupaient de l'imprimerie des livres d'église furent :
Byschivorosky, de l'imprimerie synodale de Moscou, et Gabriel Galovnia, première basse à la chapelle de la cour. Ils furent approuvés par les autorités ecclésiastiques, et on commença, dès lors, à imprimer les livres d'église (1772).
Le premier livre sorti de l'imprimerie fui le Rituel pour les cérémonies des fêles de iNotre-Seigneur et de la sainte 'Vierge; ensuite, on imprima l'Octoéque et l'Alphabet ou méthode pour les premières études du chant ayant pour base la clef C-f'a-ut.
Celte clef était ainsi nommée parce que, dans le
1. Le mot znameiiii veut dire en russe étendard ; en ellet, ces signes ont la forme de petits drapeaux.
système d'hexacorde établi par Gui d'Arezzo, la note C portait tantôt le nom de fa, tantôt le nom d'ut. Dans la clef de C-fa-ul la note C était placée sur la troisième ligne.
Les livres d'église étant imprimés d'après l'Octoéque (système des huit tons), on plaçait devant chaque prière, canon ou tropaire, l'un des huit tons (glass) sur lequel on devait chanter ces prières.
Le chant religieux était composé et chanté de deux manières, l
Il y avait le chant d'église proprement dit, qu'on nommait aussi " Chant des Anges », qui était basé sur le système des huit tons et dans lequel les valeurs et les intervalles étaient très scrupuleusement observés, et le chant appelé " Demestvénoé » (on dit que ce nom vient du mot grec domestic (maître) ; cepenilant, on n'a jamais pu trouver l'origine et la définition exacte de ce mot).
La composition de ce chant n'était pas soumise aux règles exigées dans le chant d'église proprement dit; l'inspiration du compositeur ne se Ironvant pas restreinte par ces règles, les mélodies en étaient plus variées et avaient plus d'étendue.
Ce chant pénétra dans l'Eglise vers la lin du XVI" siècle.
Dans la musique de l'Église orthodoxe russe, le plain-chant (chant à l'unisson) prédomina.
On permettait différentes nuances. Les mélodies pouvaient être chantées plus ou moins vile, avec plus ou moins d'ampleur, et, pour cela, on plaçait des incriplions au-dessus d'elles, mais ces mélodies devaient rigoureusement conserver leur caractère primitif. Au xvii« siècle, les mélodies grecques, serbes, bulgares, etc., pénétrèrent dans l'Eglise orthodoxe russe.
Au commencement du xix= siècle, le chœur de la Cour impériale brilla d'une façon toute particulière. Les chantres de ce chœur, venus de lous les points de la Russie, apportèrent avec eux de nouvelles mélodies. Ces différents motifs, joints à ceux qui existaient déjà, formèrent un ensemble admirable. Ils sont connus sous le nom de .< Pridvornoi napef » (motifs de la Chapelle impériale).
Le plus ancien de tous les chants d'église en Russie est le .. Znamenoi raspev .. ^ du nom des caractères musicaux snamena devenus plus lard kruky, dont étaient marquées les mélodies du plain-chant, et pour le distinguer du chant éludié simplement d'après l'oreille.
Le système de notation par les l;ruky a quelque ressemblance avec le système de la notation grecque sans se confondre avec lui.
Si la construction théorique de l'ancien plainchant russe porte l'empreinte de l'inlUience grecque, étant basé sur le même système des huit tons Octoéquel, tout ce qui concerne le développement de la mélodie et du système de notation est, sans contredit, d'origine essentiellement russe. Si l'on prend en considération la forme des caractères musicaux znamena et knthy qui se rapportent au système plus ancien des konihikanj , dont on n'a jamais retrouvé la clef, la comparaison des manuscrits de la composition russe avec ceux des Grecs, des Serbes et des Bulgares, prouve une fois de plus que l'invention de ce système appartient à la Kussie.
Le plain-chant le plus ancien remonte au commencement du christianisme en Russie. Il fut en usage
Raspev, d'après Potoui.off, voulait dire compositeur.
HM.rCLOFÊDJE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIHE DU COySERVATOlRB
exclusif ilaris les églises russes jusqu'au xviuo siècle.
L'ICglIse oilliodoxe honore et respecte le plaincliaiit et ses traditions, de intime qu'elle honore et respecle les anciens livres d'église, les ornements, cliasiibles, clc.
I.e système de composition des mélodies du plainchant est en lous points conloT'me à l'ordre du service divin, et répond (ont à fait aux exigences de l'Eglise par son caractère imposant et religieux. Tous les (idèk'S peuvent comprendie les paroles chantées par le chœur, le plain-chant n'empêchant pas la prononeialion d'être parfaitement distincte. Ces mélodies, malgré leur simplicité, sont remplies de sentiments élevant l'àme, et leur imposante solennité exclu! toutes les pensées étrangères au service divin; en un mot, par son caractère éminemment religieux, par la beauté de ses mélodies, la composition de l'ancien plain-chant russe a une valeur arlistique inconleslable.