‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 137 sur 198 · HE · texte numérisé non relu

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TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGnCIE

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Ces exemples suffiront à montrer quel effort a été fait dans l'Kglise anglicane pour introduire de la variété dans son culte, et pour éviler la monotonie qui est recueil de la musique liturgique.

Dans plusieurs cathédrales, le plain-chanl est encore en usage pour l'exécution des psaumes. Il s'est produit, au sein de l'Eglise anglicane, un mouvement assez puissant pour rélaljlir dans le culte certaines formes du culte catholique, tout en conservant la liturgie, à laquelle personne n'a le droit d'apporter la moindre rnodilication. Les partisans de cette tendance, dite ritualiste, travaillent en paiticulier 5 faire prévaloir le plain-chant dans le culte anglican. De là, la publication, dans la seconde moitié du xis= siècle, de recueils de plain-chant aujouid'hui fort répandus dans les églises anglicanes, particulièremenl à Londres : Englisli. Psalter (iS&'à), Cathedral PsaKer (l87o). Mais là même, le souci d'éviter la monotonie s'est manifesté par la composition d'accompagnements variés ada|ités aux gregorian psalters (voir : Organ )iarinuiiiei for the gregorian psalm tones, by Arthur H. Brown).

Dans le culte anglican, comme dans tous les cultes protestants, la lecture de la Bible en langue vulgaire a sa place marquée. Après le chani du psaume du Jour, le ministre officiant lit un chapitre de l'Ancien Testament, lequel est suivi du Te Deuin, un chapitre du Nouveau Testament suivi du chant du Bniedirlm ou cantique de Zacharie (saint Luc, I, v. 68-70). Dans les calhédrales, le Te Deiïm et le Benedictus sont d'ordinaire chantés. Ailleurs, on se borne à les lire. Il en est de même du Credo, qui se chaule ou se lit après le Benedictus.

Enfin, après une nouvelle série de répons, le service se termine par une longue prière prononcée par le ministre officiant.

Tel est l'ordre général du service du matin : Morning prmjcr. Le service de l'après-midi, Evening pratjer, quoique un peu plus court, n'esl pas sensiblement dillérent.

Ajoutons, pouren finir avec la partie lilurgique du service anglican, qup ce service est entrecoupé de nombreux Amen. Depuis la Réformatiou, on emploie deux formes d'Amen. L'une, dite monotone, s'emploie lorsque le clninir l'épond au ministre officiant; l'autre,

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dite par demi-tons, est usitée lorsque l'officiant el le chœur chantent ensemble, comme après l'Oraison dominicale, le Credo, lu Confession des péchés, etc. ;

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Au cours de ces divers services dont- nous venons d'analyser la liturgie, on peut entendre, dans les églises dotées d'une maîtrise, un morceau de musique religieuse d'une durée de dix à quinze minutes et il'un caractère très spécial, appelé Anthem. Au point de vue musical, l'anlhem constitue la principale originalité du culte anglican : il occupe, dans le culte anglican la place qu'occupait, aux xvii' et xviii» siècles, la cantate dans le culte luthérien, et l'on peut dire qu'il en est en quelque sorlele pendant. L'anthem anglais, qui est né à peu près à la même époque que la cantate allemande, lui a survécu. La composition en est d'aillesrs dillérente. Elle est toujours écrite surdestexies de l'Ecriture sainte. Nous n'y trouvons aucune strophe de choral ni aucun autre morceau poétique. Mais sur la prose des textes scripluraires, on y entend successivement des choeurs, des solos, duos, Irios, quatuors, avec accompagnement d'orgue et même quelquefois d'orchestre. L'introduction de l'anthem dans le culte anglican remonte au règne d'Elisabeth, qui autorisa l'exécution de ce genre de musique au cours des offices. Le mot même d'antliem n'apparait qu'un peu plus tard. Mais l'anthem subit diverses transforraalions, el son histoire rappelle encore la trans-

formation du motel eu cautate dans lii culte allemaud. Cet élémeut uouveau dans les offices anglais étonna d'abord. On se borna à le tolérei'. Puis, par l'habitude, il linitpar l'aire partie intégrante du culte, et, en 1002, il prit place délinitivement dans le Pruijer Hook. C'est dans l'aiitliem que le génie religieux des compositeurs anglais a trouvé sa plus complète expression. Tous les maîtres que nous avons nommés se sont exercés à ce genre de composition, et quelquesuns d'entre eux nous ont laissé, à cet égard, des œuvres très remarquables. De siècle en siècle, les compositeurs d'anlliems se montrent plus audacieux. \u XVI" siècle, l'antliem ne comprend guère que des chœurs, et la partie instrumenlale y est de peu d'importance. Au xvii= siècle, avec Puhcfxl, l'antliem subit comme la cantate l'induence des maîtres italiens, particulièrement de Lulli, et rei-oit tous les enrichissements que comporte ce genre. Les solos y deviennent fréquents et l'orchestre se complète. Jusqu'alors, on n'avait enlendu dans les cathédrales anglaises que les instruments à vent ; maintenant, les instruments à cordes font leur apparition dans le service anglican. Celte innovation n'alla pas sans provoquer une grande opposition, et elle lînit,elle aussi, par prévaloir. Au xviii= siècle, Hàmdel, qui avait adopté l'Angleterre pour sa patrie, y importa ses oratorios, mais il ne put les faire exécuter dans les églises, au cours des offices, d'abord à cause de leur longueur, et aussi à cause de la répugnance qu'éprouvait le clergé anglican à l'égard de l'oratorio comme musique d'église; aussi, Hàndel se mit-il, lui aussi, à écrire des antbems {voir ses anthems composés sur des versets de psaume et aussi ses Chamlos Anthents). L'orchestre qu'il y employa se composait, non seulement du quintette des instruments à cordes, mais encore de la tlùte, du hautbois, de la trompette, en un mol, de la plupart des instruments de l'époque.

Tandis qu'en Allemagne, la cantate disparaissait du culte protestant, peu de temps après la mort de Bach, et qu'elle n'y réapparaîl aujourd'hui que d'une manière exceptionnelle dans quelques rares églises de grandes villes, en Angleterre, au contraire, l'anthera n'a pas cessé d'4tre cultivé; il y tleurit aujourd'hui plus que jamais, et partout où il y a une maîtrise, on exécute des anthems au cours de tous les offices. Afin de donner à la partie liturgique et musicale du culte la place la plus importante possible, on a diminué celle du sermon qui, généralement, ne dure guère plus d'un quart d'heure, et ((uelquefois moins.

Tout ce que nous venons de dire de la musique d'église en Angleterre concerne exclusivement le culte anglican. Mais l'Eglise anglicane ne comprend pas, tant s'en faut, tout le Protestantisme anglais. Le formalisme qui règne dans celle Eglise et son imitation parfois maladroite du culte catholique devaient lui aliéner peu à peu les masses populaires de la Grande- Bretagne. Les Eglises d'Europe sont restées profon- (îément attachées au Ivpe le plus austère du culte calviniste, tel qu'il se célèbre en France, en Suisse, en

Hollande et dans une partie de l'Allemagne. En Angleterre même, l'Eglise anglicane a vu se séparer d'elle une grande partie de ses adhérents, qui ont constitué des Eglises indépendantes. Si, au point de vue de la vie religieuse, ces communautés dissidentes présentent le plus grand intérêt, il y a peu de chose à en dire au point de vue musical. Leur culte est d'une très grande simplicité. La prière, la lecture et l'élude de l'Ecriture y occupent presque toute la place. Tout ce qui parle aux sens et à l'imagination, sans s'adapter à la conscience et au cœur, en est rigoureusement banni. Aussi, la musique liturgique n'y a-t-elle aucune place et ranlhem v esl-il inconnu. Dans certaines églises d'Ecosse, l'oriiue même est difficilement toléré, et partout on il est accepté, il n'a d'autre rôle que celui d'accompagner les cantiques. Cependant, des chœurs y sont généralement organisés, mais ils sont composés exclusivement de membres de la communauté et non d'artistes professionnels. Chaque groupement a son recueil de cantiques qui se compose d'un grand nombre de morceaux très courts empruntés aux recueils protestants du monde entier, notamment au Psautier français et aux livres de chorals de l'Allemagne. Les plus récents de ces recueils renferment des cantiques d'un caractère très particulier appelés cantiques de lîéveil. Ce sont de très courtes pièces de musique composées à l'occasion de certains mouvements religieux, comme il s'en est produit récemment dans le pays de Galles, et écrites sur des paroles d'un cai'actère à la fois très populaire et très mystique.

Ce que nous disons de l'Angleterre peut s'appliquer aux Etats-Unis où de nombreux compositeurs tels que Bradbury, Buss, Lowry ont écrit des cantiques en une musique facile, sortes de chansons pieuses et de romances à quatre voix qui ne méritent pas d'arrêter l'attention des artistes, mais qui n'en jouissent pas moins dune très grande popularité et qui concourent d'une manière très efficace à entretenir le sentiment religieux dans les masses. On se rappelle sans doute que le président Mac Kinley, qui fut naguère assassiné, répétait sur son lit de mort les premiers vers de l'un de ces cantiques. Les journaux américains avant relaté le fait, on entendit, pendant les jours qui suivirent, les foules répéter cet air populaire, et pour des étrangers ignorants des mœurs religieuses du peuple américain, c'était un sujet d'éloiinemenl que d'entendre un peuple entier chantei' ce cantique, non pas dans ses temples, mais dans les rues et sur les places publiques. Malgré le peu d'intérêt que présentent ces chants au point de vue musical, nous transcrivons ce cantique, qui n'est ni meilleur ni plus mauvais que les autres du même genre, mais qui peut donner une idée de ce qu'est cette musique religieuse populaire en Amérique et en Angleterre.

Nous empruntons ce morceau au recueil américain Songs anii soloa, Sivec la traduction de l'unedes strophes par un de nos poètes prolestants français, M. Sailleus .

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TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

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