TAMBOUR
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Exemple 72.
La petite tlùte deviendi-a par moments encombrante. En tout cas, l'orchestre s'agrandit et s'enrichit.
Si les ensembles sont traités un peu par paquets, la recheiche du détail dans les soli sera parfois exagérée. Pour nous peindre le .Marcel des Hiiijtienots, rude soldat puritain, l'orchestie se réduira le plus souvent aux cors, aux bassons, au.x trompettes, aux timbales et à la petite fKite. Ses récils seront accompagnés des accords en triples cordes d'un violoncelle solo avec une contrebasse au grave, et cela soulignera bien la sauvage brusquerie du vieux calviniste. La peinture sera poussée à l'extrême avec la chanson huguenote, dont les «• pif, paf » iniitatif» sont soulignés par un orchestre vi'aiment rudimenlaire, mais soldatesque : grosse caisse, cj'mbales, petite tlùte, bassons piqués et contrebasses en pizzicati, auxquels s'ajoutera plus loin le tambour (ex. 73).
On le voit, Meyerbeer s'ingénie (il faut l'en louer) à peindre ses personnages, à les caractériser par certaines associations de timbres.
Dans Itoberl le Diahie, le sombre Bertram est presque toujours accompafjné des trombones, de l'ophicléide et des bassons; les cors et les clarinettes viennent ajouter par places leurs timbres graves à ces accords. Le Zacharie du Propln'te est aussi escorté des mêmes instruments, dans des etfets moins caverneux, moins infernaux cependant, avec plus d'onction et de sévérité religiiHise. Dans l'air fameux de Zacharie, l'auteur va même jusqu'à supprimer complètement les violons.
Le contralto pathétique de Fidès {Le Prophète) s'harmonisera à merveille avec les accents graves et expressifs de l'alto, du violoncelle et du basson, auxquels le cor anglais ajoutera sa note mélancolique. La voix pure de la tendre Alice [Robert), a.vi contraire.
Meyiîrbeer, Les Hinjncnots. 1"' acte. Chanson hw/uenote (p.ir auloris. spéc. de M. R. Deiss) Allegretto s„io
COTITREB-
Exemple 73.
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
sera soutenue p;ii- des liarmouies plus aériennes où domineront le timbre vii-ginalde la tlûte et les soupirs émus des liautljois et des clariiieltes.
Ce sera surtout dans les ritournelles que le compositeur s'appliquera à ces portraits instrumentaux et qu'il y réussira le mieux, cette ritournelle si démodée aujourd'hui et qui vient, dans tous les opéras de ce temps, suspendre l'aclioii, arrrter tout dialogue et préparer en quelque sorte l'auditeur aux sentiments qui vont s'exprimer. Le sentiment ici peut paraître quelconque, mais le pittoresque est atteint et, d'un trait net et habile, le compositeur sait évoquer tout son personnage.
Feuilletons les principales partitions deMEVERBEER, nous y trouverons maintes pages remarquables, d'un métier très sûr, et certainement quelques nouveautés; si tous ces essais ne nous paraissent pas toujours aussi heureux les uns que les autres, un certain nombre d'entre eux atteindront à la plus réelle maîtrise.
INe manquons pas de souligner, au premier acte de R"berl le Diable, la très hue instrumentation de la ballade de Raimbaud, avec sa ritournelle par les quatre cors, et ses trois strophes ingénieusement variées; la première avec l'accompagnement des cors et des timbales; la deuxième spirituellement scandée des pizzicati en doubles croches des violoncelles el altos; la troisième, où, sur les trémolos des cordes, inti-rviennenl les trombones et les cors soutenant le chant principal confié aux trompettes, ceci sans lourdeur, grâce aux piano coupés de sforzando, et à la tessilui'e bien choisie des instruments (ex. 74 et 7-.;.
D'ailleurs, ME\ERiiEER sait, quand il le veut, rester souple et léger, tout en employant la niasse orchestrale; témoin ce passage de l'air de lîobert, dans le même acte, où la réunion des timbres n'enlève rien à la délicatesse de l'ensemble (ex. 76i.
Meverbeer, ai-je dit, fut un des premiers à développer au théâtre le rôle des timbales. Au deuxième acte de Robert, U confie un véritable solo au timbalier, habitué jusque-là à marquer la dominante ou la tonique dans {en furie ou ù laii'e gronder quelques sourds roulements dans les prolondeuis de l'orchestre. Le thème de l'entrée du prince de Grenade, tlanqué sur la scène de quatre trompettes, de deux cors et d'une caisse roulante, est précédé de l'esquisse de ce même motif par les violoncelles et contrebasses, pizzicato et ]iianUsimo, et les timbales qui prennent là une importance toute spéciale.
L'orchestre sur la scène est ici assez modeste. Meverbeer atfectionnera particulièrement ce genre d'elfet. U n'y a guère de ses ouvrages qui ne contiennent une bande militaire quelconque sur le théâtre ou dans la coulisse, ou tout au moins une petite réunion d'instruments à vent.
VA ce sera, dans Robert, après l'escorte du prince de Grenade au troisième acte, l'orchestre infernal caché dans la caverne et soulignant le chteur des démons. La petite tlùte, les cymbales elles triangles y mettent une nuance snrcastiqne; le motif de valse, assez peu satanique d'ailleui's, sera alourdi par des cuivres bruyants : quatre trompettes, quatre cors, trois trombones, un ophicléide, auxquels, plus loin, viendra s'ajouter la plaque de tôle du tonnerre de coulisse!...
Dans les Huguenots, la musique de scène aura plus d'importance. Le cortège de noces de Nevers nécessite la petite flûte, la petite clarinette en fa.
six clarinettes en ut, deux hautbois, deux bassons, deux cors, trois trompettes (dont une à pistons), deux trombones, un ophicléide et naturellement la traditionnelle batterie : tambour, grosse caisse, cymbales et triangle.
Voilà bien des musiciens mobilisés pour un piètre effet. Au dernier acte, on ne comprend pas trop pourquoi les chœurs d'assassins des malheureux huguenots sont soutenus par un orchestre de coulisse, aux accents féroces, il est vrai. C'est l'occasion d'un contraste assez saisissant avec la noble mélodie de Marcel expirant. Les accents sévères du vieux choral luthérien, répondant aux injonctions des papistes, les coups de mousquet scandant de leur crépitement les chants de Valentine et de Haoul, tout ceci forme un linal d'un dramatique un peu forcé peut-être, mais prenant bien la foule, et l'on ne songe guère à s'inquiéter de la singularité de ce massacre en musique'.
A signaler le très heureux emploi, pour accroître la brutalité de cette scène, du quatrième degré de la troisième octave de la trompette simple. Cette note n'est jamais d'irréprochable justesse, et les compositeurs s'ingéniaient à l'éviter, à ne la toucher qu'en passant, assez rapidement. Ici Mevekbekr insiste sur ce si bt'mol qui sonne presque comme un si naturel; il le laisse à. dessein très à découvert, et cela suflit pour donner une couleur plus terriliante à tout le passage.
Mais les saxhorns venaient d'être inventés par S.\x et Meverbeer avait hâte d'utiliser ces nouveaux auxiliaires. Aussi, les place-t-il au complet sur la scène dans la marche du sacre du Prophète. La famille en est nombreuse, il n'aura garde d'en oublier un niem. bre, il y joindra les trompettes habituelles, les cornets à pistons (dont le timbre vulgaire, qui ne l'effrayait pas, se perd dans la masse), et constituera ainsi une véritable fanfare à laquelle répondra tout l'orchestre (ex. 77).
Cette int~me réunion de cuivres servira dans l'Africaine. Entin, toujours épris de combinaisons sonores, voire brutales, Meyerbker ira plus loin encore dans VEtoile du Nord. Cette fois, il fera appel à trois orchestres évoluant en même temps : deux sur la scène; l'un, composé de fifres, petites clarinettes et tambour; le second, de cornets à pistons, trompettes et saxhorns barytons; l'orchestre véritable, comprenant deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, trois trombones, deux cornets à pistons, timbales et les cordes. Aat'urellemeiit, les cors devront jouer « pavillons en l'air >! pour atteindre toute leur énergie.
Continuons l'examen de Robert. Berlioz vantait l'étrange procession des nonnes, au troisième acte, et sa sonorité paie, froide, comme cadavéreuse..! Est-ce bien là l'effet produit par les deux bassons isolés, flasques et caverneux peut-être, avec un rien de grotesque?
On peut préférer le début de ce même numéro, avec les pianissimo exagérés des cuivres et les pizzicati des basses. Le tamtam intervient ensuite, comme pour accroître de son mystérieux frémisse-
i. Tout est .. en musique » daus un opéra. .Mais lorcheslre c'est lamplilicaleur du rêve, il est cBnsé invisible, absent nit-mc. Sur la sccn", vu dans la coulisse, c'est autre chose, il devient tangible et prend pai-l .lirerle à i'aclion Je ne sadie pas que les auteurs delà Saint-Barthélémy se lissent suivre de musiciens à.gages chargés d'étoulTer, sous leur bruyante harmonie, les cris des blessés et des inou-
2516 ENCYCLOPÉniE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
MKYKniîEEB, Robert le Diable, i"' acte, lialladc de Raimbaud (par autorisation spéciale Je M. li. Deiss) S •2'" (loiiplel . . ^
A ■ pr<2icutn.
- . \ 1' !•- Vi.J. r
Exemple 7i.
nient le sentiment d'ell'roi auquel p?éteiid atteindre cette scène assez curieusement colorée.
Au rlernier acte enfin, toujours à faU'ùt des moyens exceptionnels, Meykriîker emploiera, comme une voix d'outre-tomlie rappelant au fils égaré le souvenir sacré de sa mère, la trompette à clefs en la (ce
devait être le bugle soprano à clefs, la partition indique cependant : trompette). Pour obtenir une sonorité voilée, très spéciale, l'auteur ajoute celte mention :
« Les trompettes à clefs doivent être placées hors de l'orchestre, leur son doit produire l'elfet comme
TECn.VIQI'E, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
Meyeubeeh, Roberl le Diable par autorisation spéciale de M. li. Deissl. » '•■ t'Mipl.l. IVfv'.e/, lin jiiii
Exemple 75,
s'il venail de loin et de dessous terre. A Paris, on les place dans le souterrain, au-dessous du trou du souffleur. »
Toujours soigneux, il ajoute : « Les théâtres qui ne pourraient se procurer de trompettes à clefs leur substitueront deux cors anglais, ou deux alti soli. »
La mélodie porte cette mention essentielle : «Liez
autant que possible. » Celait là un effet nouveau que permettaient d'obtenir facilement les instiuments à clefs. L'acconipagiiemenl, confié en entier aux cuivres pianissimo, entrecoupé de nombreux silences, avec les grondements sourds des timbales, ajoute à l'émoi de cette scé[ie.
Robert, interdit, troublé, laisse échapper la letlie
UNCYCLOPÈniE DE I.A Mrsinllli ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
Meyi'Riikhh, Itoherl le Dinhie. ^'"^ ai:[e. (par autorisation spéciale de M. 11. Ueissi.
zl'V*:
en fa
Tpomp en fa
Timbales