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l-;\i'iii|ilc 171. — A la jKii'iic do c^'T.-, .^i^' iiiesuie, lire in-.^nl au Ut^u de .%['/-.>' /.
Anton Briiekiicr (18S4-I8»6).
Le plus ^agnérien des symphonistes allemaïuls, Bruckneii, débute cependant par des œuvres à tendances très classiques. L'inslrumi-ntation de ses premières symplioiiies est celle des symphonies de Beethovkn, avec une légère prédominance des cuivres : le nombre des cors portés à quatre et les trombniiKs groupés par (rois. Celte imjiortance des cuivips sera li^ péché mignon de Bri'ck.ner; ils séviron( dp laçon brulale dans le final de la Troisième Syviiihonie, dont la sonorité est un peu compacle. Les deux trom|iPttes s'y adjoignent une coadjutrice et, puisque le clas-ique ensemble s'est alourdi de tousce> éléments, il 'aut bien songer à les employer. Ceci p;is>e encore pour les liuals des premiers ou des derniers mouvements, mais, ici, les gros instruments eruprueront jusqu'aux srhcrzi les plus vivaces. Brucrnbk aime d'ailleurs à agir par grandes masses, par parii piis d'onibre et de lumière, et il écrira volonliers de nombreux traits à l'unisson de tout le quinieitp. Ce procédé, déjà employé un peu trop souient dans le final de sa Première Symphonie, se perpelireia dans Ihs suivantes. Tout cela ne va pas, il taut le reconnailre, sans urre réelle puissance.
Peir à peu, l'inlluence wagnérienne perce dans ces œuvres. Parfois cependant, l'adversaire de Br.\hms lui em|irrrnle ses lecherches d'oppositions rythmiques. Dans un pa>sage de Vadayio de la S'conde Sijmph'iiie, la partie de premier violon (p. 71), h
cinq doubles croches par temps, accompagne les triolels de croches des basses, scandée du rythme d'irrie croche pointée et d'une double croche aux seconds violons et altos, tandis que les bois forrt entendre des duolets. Les mélanges de corrtielemps et de trois notes pour deux, si chers à Brahms, se reli'oirvenl éf.'alement chez Urucuner.
La Sr/m/i/ton/e romantique [iv i) se dégage davantage de ce* influences. Les contrastes y sont nombreux, et elle contient des pages d'une (inesse très grande, comme celle échat'audée sui' une pédale persistante (trente-six mesures) des timbales, à laquelle l'emploi soudain de la sourdine au quatuor vient donner rme teinte spéciale.
Urdciwer se sert habilement de ces effets de sourdine, réservés autrefois au théâtre (Adaijio de la HomanUqiie) et mélange aussi fréquemment les pizzicati aux passages col arco (p. 80).
Celle Quatrième Symphonie introduit le « basstuba » dans le style symphonique. Les timbales s'augmentent d'une troisième partie. La tendance à agrandir l'instrumenlation se continue dans la Cinquième par l'ailjonction d'une troisième tliite.
L'emploi répété des cordes pincées caractérisera, ici encore, tout le début de Vadaçjio et une bonne partie du scherzo. La fin de cet adagio amènera un de ces Iraits persislarrts des violons, si favoris de Bruckner. Ici, les sextolets de doubles croches ne dureront pas moins de trente-sept mesures. La continuité de l'effet est un des moyens de prédilection
3608 ESCVr.LOPÉDlE DE LA MflSlQIJE ET DICTIONNAIRE DU CONSER VA TOI RE
BiiAiiMs, 3' Symphonie (Eulenburg).
,?, Aiiegro
Kxemple 177.
du compositeur. Nous retrouverons cette obstination du dessin r\tliniique dans Valleijro de la Sixicmc. Elle communiquera une grande puissance de clialeur aux ensembles, non sans quelque analogie avec le final de l'Italienne de Men'dklssohn, mais avec quelle lourdeur eu plus (e.\. 178) !
INouvelle combinaison rytbmique un peu plus loin : le mouvement continu des ti'iolets de croclies se mélange aux triolets de noires de l'harmonie et aux huit croches par mesure des basses.
Plus nourrie, plus mouvementée, plus corsée entin que les précédentes symphonies, la Sirième, un peu surchargée, offre une |ilus grande difficulté d'exécution. Avec les numéros 7 , S et 9, nous eu arrivons aux grandes symphonies résolument wagnériennes. Maintenant, liRUCKNEu fera appel aux instruments de la Tétralogie. Le premier mouvement de la .Septième n'emploie encore que 2 (lûtes, 2 hautbois. 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones et 1 bass-tuba, et l'allure en reste classique, toujours avec les très fréquents unissons dramatiques des cordes, dont quelques-uns, traités dans l'extrême pianissimo (p. 9), sont assez saisissants. iMais, dès Vadagio, le maître ajoute à son orcheslre les cinq tuben de Wai.mîr : deux ténors-luhen en ti bémol,
deux hass- tuben en fa et une contrebasse-tuba. La percussion s'augmente alors du triangle et des cymbales, celles-ci séparées de la grosse caisse. L'apparition de la grosse caisse et dn» cymbales dans la symphonie pure est à signaler.
Nous ne pensons pas que le style sévère y gagne grand'chose. Ce sont là instruments de Ihéàlre que le poème descriptif a seul intércH à employer au concert.
On auiait toit de croire HnixiiNER uniquement assoiilé do sonoiités outrancières, s'adjoignaut du renfort pour décupler l'action de sa grosse artillerie... X la vérité, il ne déteste pas le bruit et ne se fera pas faute d'employer ses tuben dans les tutti, puisqu'il les a sous la main. Mais leur vérilable rôle, l'utilité de leur emploi sont dans les passages de douceur. Leur entrée piano dans Vadagio communique à ce passage une onction et une gravité noble que des cors auraient peut-être réalisées, mais avec moins de plénitude. Et quel bel effet ils font, page 42, sous le trait des premiers violons qui se continue pendant 24 mesures, allant de l'extrême pinno a.u ttiple folie le plus éclatant. Ceci est tout à fait wagnérien (ex. 179).
Employés seuls, ils auront quelque chose de sacerdotal, et les cors s'y ajouteront plus loin pour communiquer au forlissimo toute son ampleur, aussitôt éteinte dars le pianissimo le plus marqué.
Silencieux pendant tout le acherzo, les tuben reparaîtront dans le final dont ils augmentent la sonorité nn peu massive.
Mais l'équilibre se trouve un peu rompu au profit des cuivres, el Iîrcckner sent la nécessilé de renforcer son harmonie. Aussi, la Iluiliême. exige-t-elle 3 flôtes, 3 hautbois, 3 clarinettes, 3 bassons, 4 cois (les quatre tub^n Jouant au besoin les cinquième, sixième, septième et huitième cors), 3 trompettes, 3 trombones, dont un trombone basse, et une contiebasse tuba. C'est l'introduction de tout l'orchestre wagnérien dans la symphonie. La légèreté rythmique, la finesse de conirepoint d'un MozAni, l'expression intérieure et la souplesse polyphonique d'un Beethoven ne sont plus île mise. On recherchera surtout les grands effets de masses, les oppositions violentes, la couleur- tm [leu brutale et onti-ée; les doublures s'aciuiseronl de plus en plrrs. Dans la lluiticmo, les basses sont parfois renforcées des quatre cois unis et de la contrebasse-tuba, voire de deux trombones, Et cela est nécessaire pour contrebalancer h; reste de l'orchestre. Les unissons du quintelle, co/ «rco ou pizzicato deviendront plus fréquents. Signalons toutefois la délicatesse d'un tutti général employé dans le pianissimo (p. 30 du scherzo). Mais les scherzos de BnucKNER sont, la plupart du temps, lourds et comme écrasants; il ne peut se résoudre à n'utiliser qu'une partie de son armée d'instrumentistes.
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
Uruckner, i" Symphonie en ré (par autorisation spéciale de l'Éd. universelle, Vienne). Maestoso