‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 192 sur 198 · C.Angl I · texte numérisé non relu

C.Angl I

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gxeiiiple 261.

L'orchestre de Wallenstnii, poème syniplionique en trois parties, comprend : petite tlûte, deux grandes tlùtes, deux hautbois, deux clarinettes, qiiatie bassons, deux cors simples, deux cors chromatiques, deux Iroinpctles chromatiques, deux cornets à pis- Ions, trois trombones, un tuba, trois timbales, triangle, grosse caisse, cymbales, quinlette à cordes.

Orchestration nerveuse et colorée. Timbres partout admirablement choisis. Remarquons au 3/8 l'unisson en notes piquées d'un hautbois, de deux clal'inetles, d'un basson et des altos (p. 17). Le discours ilu capucin, au milieu de cette grouillanle scène de camp, est célèbre. Les intentions comiques et railleuses en sont bien exprimées, d'abord par ces deux bassons nasillant leur entrée de lugue, puis par un piston fanfaron et un peu canaille... (la trompette aurait eu là un timbre trop noble, le motif lui aurait peu convenu, du reste). Plus loin, après une esquisse de la valse, un tuba louidaud palaugesur ce thème. Quel pittoresque, quelle aisance aus>i dans la suite' Comme les fragments morcelés des diiférentes phra" ses circulent d'un instrument à l'autre, dans un mouvement tumultueux! Quel cliquetis alerte, quel gazouillis ironique (p. 55) dans ce passage où la petite Uùte elles deux grandes jacassent dans l'aigu, mar

quées seulement des pizzicali des violons et d'une note piquée des pistons, doublée des triangles et de la cymbale (ex. 262)!

Les timbres de combinaison sont richement étudiés dans la deuxième partie (H/aj cf Thêrla). Chants expressifs, belle polyphonie, douceur tendre dans le chant de clarinette en ^i majeur pur le trémolo pianissimo du quatuor (p. -29]. Et quel bel effet que ce chant d'ditos et violoncelles sur la chanterelle {(lolcc), renforcé par deux (lûtes tout au grave et jouant fort (ex. 26.'î).

Dans la troisième partie (la Mort de Wallenstein), interviennent la clarinette basse et les harpes. L'impression de mystère du début est oblenue par les accords soutenus de tout le quintette divisé en quatorze parties, et renforcé, toutes les deux mesures, par de graves tenues de trombones avec trois (lûtes au grave.

D'Lndy affectionne la (lùte. dont il se sert toujours admirablement. P. 'f2, les fanfares joyeuses du début du n" i sonl évoquées par deux (lûtes graves; p. 46, le beau motif de la clarinette esl, cette fois, confié à la Uùte, el prend je ne sais quel caractère de mystère sacré et de lointaine douleur.

De facture plus récente, Istnr emploie résolument

TECHNliJVE. ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

rorchp-ffi'e « par trois » : trois llùles dont une petite, trois haulliois dont un cor anglais, trois clarinettes dont une clarinette basse, trois bassons, quatre cors, trois trompettes, trois trombones, tuba, timbales, cymbales, triangle, barpes et quintette. D'Indy fait rarement appel aux orchestres « par quatre », et aux réunions c. kolossales » des Strauss ou des Malher. Il se garde de tout excès, et n'en obtient pas moins le maximum d'etfet et une intensité incomparable. Nous avons vu un des plus grands coloristes de la musique russe, Rimsky Korsarow, obtenir cette

intensité et la plus grande variété par des moyens encore plus simples.

Ici, tout est chatoyant, étincelant, décoré de teintes extrêmement diversifiées, et cela, avec une maîtrise d'écriture qui fait paraître simple, à l'exécution les hardiesses les plus imprévues. Et c'est dans un tohu-bohu élégant, mais plein de vie, que se succèdent et s'échafaudent les batteries de flûte, les trilles des violons, les arpèges descendants des clarinettes, les gammes contraires des harpes, et même, par endroits, des gammes chromatiques ra-

ViNCENT d'Indy, Wallenslein. l" partie ((par autorisation spéciale de M. Durand). .AU? mod? CMouv* de valse)

Exemple 202. — Clarinettes eu mi\^, pislons en lu.

pides de clarinettes doublées par des cors (ex. 264).

Au 3/4, l'harmonie est traitée avec une légèreté ■ ailée, et p. 21, lorsque les cordes reprennent le canon dans le grave, en dialogue avec les harpes aiguës, les notes piquées des trompettes pianissimo pimentent l'ensemble d'accords imprévus que la trompette simple n'aurait pu réaliser.

A noter cette indication de l'auteur que les cors, lorsqu'il sont écrits en clé de fa, doivent être exécutés à l'octave réelle, et non, comme autrefois, une octave au-dessus de la note écrite. Ceci prouve l'amour du bon sens chez d'Indy. Malgré cet exemple, l'esprit de routine continuera longtemps à faire préférer l'ancien mode (absurde) d'écriture.

Autre note relative aux timbales : « L'auteur, en raison des nombreux changements d'accord, préfé-

rerait que la partie fût exécutée sur deux timbales chromatiques. >■

Hélas! la timbale chromatique continue à être proscrite de presque tous nos orchestres français.

Elle permettrait de nombreux etfets entièremeut neufs. Elle abolirait les « trous » que les compositeurs se résignent à laisser parfois dans leurs œuvres, faute d'un nombre suffisant de timbales. 11 est vrai qu'entre les mains de compositeurs novices, elle aboutirait à des abus de sonorité, et que les <■ roulements » trop prodigués deviendraient vite fastidieux!

Antérieur aux œuvres précitées, l'oratorio du Chant de la Cloche, vaste composition aux proportions décoratives, possède un aspect plus waguérieu, mais renferme déjà d'admirables trouvailles orchestrales

EXCVCLOPÉDrE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE

ViNCKNT d'Indy, Wallcnslcin. i" partie (par autorisation spéciale de M. Durand)

Andantc tranquille

/ à 2 bien marque -= ^ très soutenu

•divisés

Y"*l^ps

tacet

Exemple 263.

La partition annonce : petite flûte et 2 grandes flûtes, 2 liautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, 2 l)assons, 4 cors chromatiques, 2 trompettes chromatiques, 2 cornets à pistons, 3 trombones, 1 tuba, 3 timbales, cymbales et le quintette. Mais elle admet, dans la première partie : 8 harpes et un t3pophone; dans la seconde partie : 3 grandes tlûtes, clarinette basse, 4 bassons, 1 piano; dans la troisième partie : 3 clarinettes et la clarinette basse, 2 trompettes sim-

ples sur la scène, 1 saxhorn alto et 2 barytons, un saxhorn basse, triangle, grosse caisse et caisse roulante. La quatrième partie n'exige pas moins de 2 pianos joints aux 8 harpes, et la cinquième partie ajoute à ce matériel sonore une trompette Sax en fa, à 6 pistons, 2 trombones Sax à six pistons également et porte à 6 le nombre des trompettes sur la scène, trois chromatiques et trois simples. Sixième partie : les saxhorns altos, barytons et

basses reparaissent, remplaçant les « tuben » de la Tétralogie. EnCiu, la septième et dernière partie réunit tous ces timbres, surlesquelsdoit planer le timbre grave d'une grosse clocbe en ))i( bémol.

Citer toutes les pages remarquables de ce bel ouvrage nous entraînerait trop loin. Il faut nous borner. Remarquons là, une fois de plus, la tendance de d'I.ndy à doubler certains timbres par des (lûtes dans le grave. Page 17, ce sont les deu.'ç cors qui se trouvent ainsi redoublés, à l'exact unisson. Dans la seconde partie, L'Amour, la Mie prend d'ailleurs une part importante à l'ensemble, lîlle ne reste pas confinée dans la partie mélodique, mais fait des

contrechanls graves et des formules d'accompagnement. A signaler l'exquise sonorité des pages 49- 50, avec les violons en sourdine, les tenues de flûte et le chant du hautbois.

Durant toute cette scène, l'orchestre, doux et sonnant bien, jamais maigre ni sec, est idéalement descriptif de sensations calmes et tendres; c'est la tranquillité d'un beau soir embaumé, avec la passion contenue qui fait battre le cœur éperdu de contemplations! Les battements du cœur!... comme ils sont ligures par le rythme comple.xe de l'alto, d'une irrégularité voulue.

A l'Angélus, un bien charmant eflet de cloche loin-

V. d'I.ndy, Le Chant de la Cloche. 2= partie (par autorisation spéciale de M. Hamelle, édit.). Tins lent

p mais marque.

VELLES

Exemple 265.

laine est obtenu par la disposition suivante, que souligne la percussion du piano et le fp de la clarinette et des cors bouchés : ex. 265.

Les elfets de sonorité robuste et cuivrée abondent dans la Fcte, dont le défilé évoque, sans le copier celui des Maîtres Chanteiiis.

La Vision nous olïre une nouvelle imitation des cloches avec les chœurs : sur une tenue [mi) des altos doublés par quatre voix de contraltos (il s'agit du mi en dessous de la portée en clé de sol, avec trois lignes supplémentaires), la clarinette basse, deux cors, l'un en fa, l'autre en ut, quatre harpes et un piano attaquent en un sffz aussitôt éteint le fait en dessous de la cinquième ligne de la clé de fa. Les douze coups de minuit sonnent ainsi, donnant le signal aux gnomes, kobolds et farfadets. Ici, le piano, renouve-

lant un elfet cher à Berlioz, douljlera les bois de son martèlement.

A la page 150,1e dialogue des deux pianos obtiendra une sonorité cristalline que n'auiait pas eue la harpe. Plus curieuse encore sera la page 158, avec ses gammes à la tierce en doubles croches et le frémissement de la cymbale frappée de la baguette d'épongé sous le la harmonique des pi'emiers violons; gammes en sens contraire des flûtes, tenues des bois, harmoniques alternés des altos et seconds violons (ex. 266).

Dans L'Incendie, le tocsin gronde, d'abord lointain. Sur les basses tenues des violoncelles, l'accord en ré mineur des trois tlûtes alterne avec les trompettes et trombones Sax, pianissimo, et un cor en ré, puis la cloche se précise par un unisson de deux

3682 BNCYCI.OPÈDIR DE LA MVSfQUE ET DICTIONNAIRE OU CONSERVATOIRE

V. d'Indv, Le Chant de la Cloche. Yixion (par autorisation spéciale de M. Ilamelle). Allegretto noTitroppo (ettrèsdoux)

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