‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 193 sur 198 · VI.y:SetC.B · texte numérisé non relu

VI.y:SetC.B

Exemple 266.

TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE

tlûtes sur le ré grave (p. 188). Les timbres s'ajoutent les uns aux autres, tout s'enlle et monte, l'incendie peu à peu gas.ne, éclate!.. La progression est habilement ménagée.

Les sonorités se font rares et choisies dans La Mort. Signalons cette page où les tierces majeures des flûtes soutiennent seules le chant mélancolique de l'alto solo, et où les violoncelles divisés accompagnent ensuite d'un simple accord soutenu la phrase allernée des pi-emiers et seconds violons soli.

Comme l'orcheslre se l'ait pittoresque et railleur pour peindre les envies basses et les petites jalousies des maîtres dénigrant l'œuvre de Wilhem! Lorsque mailre Dietrich, pédant et grave, parle pour affirmer que la cloche ne sonnera pas, des bassons ricanent sottement (p. 2771 !

Mais bientôt, c'est l'apothéose finale, avec la cloche à toute volée, et les arpèges habituels de flûtes et clarinettes.

L'œuvre orchestrale de d'Lndy est trop considérable pour qu'on puisse l'étudier ici en entier. Que de pages superbes autant qu'ingénieuses nous trouverions dans les Si/mpltonies, dans Médée, dans le Jour d'Eté à ta montai/ne, dans la Sijmphonie sur un Chant Montai/nard, où le piano est un véritable instrument dans l'orchestre! Kxaminons seulement quelques pages de Fervaal; elles nous montreront le maître, à l'apogée de son talent, maniant les timbres multiples, par grandes masses, avec une maîtrise qu'à l'étranger seuls égaleront peut-être Richard Strauss, avec plus de hardiesse et plus de lourdeur aussi, ou RiMSKY KoR^AKOw, avéc plus de simplicité de moyens.

L'aspect de la partition, ici encore, est des plus wagnériens; cette partition remplace les tuben, doublant les cors, de la Tétralogie, par des bugles soprano, ténor, alto et baryton. Les cuivres sont augmentés, les familles des bois se recrutent pai' quatre, et les saxophones s'ajoutent à l'ensemble. Voici du reste la nomenclature des instruments :

4 flûtes.

2 hautbois.

1 cor anglais.

1 clarinette contrebasse , prenant la deuxième clarinette basse.

i bassons.

4 saxophones.

1 soprano, 2 altos, et 1 lénur.

harpes premières, secondes, quintette à cordes.

i trompettes chomatiques.

8 buslcs ;2 petits bugles, 2 bugles siy, 2 altos, 2 barytons.

1 trombones ténors à coulisse,

I tuba.

1 paire de timbales chromatiques.

1 grosse caisse.

2 paires de cymbales.

I triangle.

1 gong.

2 boucliers ou tarntams.

2 clarinettes.

1 clarinette basse, prenant la troisième clarinette.

\. d'Indy, Fervaal (par autorisation spéci s

Matériel sonore considérable, on le voit. Les saxophones sont employés sur la scène, les bugles, tantôt sur la scène, tantôt dans l'orchestre. D'Indy exige un tuba en ut descendant à \'ul dièse en dessous de la clé de fa, des timbales chromatiques (invention allemande permettant d'accorder l'instrument automatiquement et instantanément) avec deux timbaliers, une mailloche double pour les roulements de grosse caisse. Nous voyons le gong, instrument d'Extrême-Orient, faire partie, pour la première fois, d'un grand orchestre dramatique; et les tamtams devront être accordés à la septième diminuée : si- /ali. Enfin, l'usage de la contrebasse à cinq cordes, descenilant à Vut grave, est réclamé, et la sourdine s'appliquera même aux contrebasses.

Tout de suite, l'Introduction nous attirera avec sa belle phrase obstinée en l'a dièse majeur, murmurée par le quatuor en sourdine; la flûte là-dessus et quelques courtes phrases d'alto solo et de hautbois expressif. Et nous constaterons que, si la disposition instrumentale de la partition est wagnérienne, l'inspiration ne l'est pas, non plus que la façon très personnelle d'assembler les timbres.

L'importance des cors est à signaler, de par leur polyphonie souvent chargée de dièses. Les trompettes seront dorénavant très mélodiques, et n'auront plus ces parties conventionnelles dont les formes rythmiques autant qu'harmoniques nous viennent des époques passées.

Ex. d'une partie de trompettes :

aie de M. Durand).

Exemple 267. — Les traits en croches des mesures 2 et -i sont en triolets.

Nous pourrions signaler dans les Deuxième et Troi- ■>ième Symplioni'S de d'I.ndy certains passages où la petite trompetie doulile, dans les tutti, les parties mélodiques des violons. Eti'et qui souligne peut-être le chant de façon un peu acide, et que le maître semble pourtant alfectionner.

Pendant le premier duo de Fervaal et Guilhem, l'orchestre se fleurit d'ardentes mélodies et de contrepoints enlacés. L'équilibre sonore se réalise merveilleusement. Tout parle, tout chante. L'harmonie

nourrit le quatuor. Les cors, les trompettes, les trombones même interviennent, mais toujours sans la moindre brutalité. Le quatuor est souvent divisé en de nombreuses parties, selon le procédé moderne. Page 215, la voix perce aisément l'intensité des multiples dessins, grâce au savant équilibre de ceux-ci. Les timbales chromatiques maniées par deux timbaliers permettent des dessins rapides que l'instrument ignorait jusqu'alors (ex. 268) :

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