LART DE DIRIGER
ne se trouve réalisé; c'est alors que commence son travail, et il lui faut démêler cet éclieveau embrouillé.
Patiemment, il prendra chaque passage et le détaillera; s'il s'apil de difficultés tecliniques, des répétitions nombreuses et partielles seront nécessaires; s'il s'apit de plans intervertis, il éclairera ses artistes et leur fera compieudre le rôle etl'importance de chaque dessin. Si le chef est écouté comme il doit l'être, s'il a dirigé habilement ses remarques, il éprouvera une jouissance comparable à celle du statuaire qui, d'un bloc fruste de terre, fait surgir l'expression même de la vie.
Il est bon que le chef sache que les artistes feront toujours la note qu'ils ont sous les yeux, mais rien au delà. La musique moderne, aux eli'ets complexes, à l'instrumentation si variée, ne permet pas au sentiment personnel de l'exéculant de se manifester. Les artistes de l'orchestre se rendent si bien compte de cela, qu'ils se tiennent généralement sur une prudenle réserve et... ils attendent la parole du chef. C'est donc à celui-ci de les guider, c'est à lui d'unilier les elforts, de donner la confiance dans l'exécution, dans l'application de nuances souvent contradictoiies, et surtout de faire entrer dans l'esprit de chacun le sens de l'œuvre qu'il interprète.
Les observations doivent être concises et d'une grande clarté, sans craindre cependant les expressions imagées qui éclairent souvent une exécution.
Le chef obtiendra plus de ses artistes par l'urbanité et la courtoisie que par la brutalité et le manque d'égards; mais il doit avoir une fermeté inébranlable, et faire toujours respecter sa volonté.
En revanche, il ne doit demander que des choses possibles, sansquoiil s'exposeàdiminuerson autorité; de là, l'importance des études préparatoires qui l'amèneront bien armé aux répétitions. Il faut se garder de recommencerdes passages sans uneraison valable, sans un but dé (i ni, car les artistes se figureraient que le chef" travaille sur leur dos ». Cela le discréditerait rapidement, outre la perte de temps qui en résulterait.
Au contraire, lorsque les artistes ont la claire vision que le chef sait où il les mène, ils se donnent complètement, et si le travail amène un résultai dont ils se rendent compte, leur confiance et leurattention redoublent, ce qui facilite les études.
En résumé, le chef d'orchestre doit posséder les qualités d'un conducteur d'hommes, tâche toujours difficile, plus paiticulièrement délicate lorsqu'il s'agit d'artistes.