L'ORCHESTRE DE GLUCK
Un jour, l'éditeur Corancez demandait à Gluck à quoi tient au théâtre l'elTet foudroyant de la colère d'Achille, dans Iphigénie en Aiilide. « Il faut avant tout, lui répondit le compositeur, que vous sachiez que la musique est un art très borné, et qui l'est surlout dans la partie que l'on appelle mélodie. On chercherait en vain, dans la combinaison des notes qui composent le chant, un caractère propre à certaines passions; il n'en existe point. Le compositeur a la ressource de l'harmonie, mais souvent ellemême est insuflisanle. Dans le morceau dont vous me parlez, toute ma magie consiste dans la nature du chant qui précède et dans le choix des instrument^ qui l'accompagnent. Vous n'entendez depuis longtemps que les tendres regrets d'iphigénie et ses adieux à Achille; les flûtes el le son lugubre des cors y jouent le plus grand rôle. Ce n'est pas merveille si vos or-eilles ainsi reposées, frappées subitement du son aigu de tous les instruments militaires réunis, vous causent un mouvement extraordinaire, mouvement qu'il était, à la vérité, de mon devoir de vous faire éprouver, niais qui n'en lire pas inoins sa force principale d'un effet purement pliysique. »
L'exagération même de cette réponse montre quel riMe primordial Gllck attr'ibuail à l'orchestre dans la musique de théâtre. El, puisqu'il attachait un tel prix à la valeur expressive des timbres, il suftit de relire l'épitre dcdicaloiie d'Alcste pour comprendre à quel point dut le lianter constamnieiit le souci d'une instrumentation dramatique. « Je songeai, écrit- il dans cette préface célèbre, je songeai à réduire la musique à sa véritable fonciion qui est de seconder la poésie dans l'expression des sentiments eUles situations de la Table, sans interr'oinpr'e l'action, ou la refroidir par des ornements inutiles et superllus, et je crus que la musique devait être à la poésie comme, dans un dessin correct et bien disposé, la vivacité des couleurs et le contraste bien ménagé des lumières et des oiubres qui servent à animer les ligures sans en allérer les contours. »
Voici quelque chose de tout à failnouveatr et dont nous n'avons lencontré jusqu'ici aucun exemple, — sinon peut-èlre chez iMonteveudi, — la participation de l'orchestre à raclion dramatique, le renforcement des situations pathétiques parle coloris instrumental. Encore le pressentiment qu'eut MoMEVEiibr de la puissance expressive du timbre se trouvait-il entravé
TECHNIQUE. ESTHÉTIQUE ET PEDAGOGIE
HISTOIRE DE L'ORCHESTRATION "irol
Bach, Feria 1 NativiUttis Chiisii :
Coro