‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 93 sur 198 · E. BORREL · texte numérisé non relu

E. BORREL

Par D -C. PLANCHET

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Dans les églises, le chœur des chanlres s'appelait autrefois « cliapelle », du nom de la partie de l'église où ce cliœnr était ordinairement placé.

La « chapelle » fut d'abord exclusivement vocale. C'est pourquoi l'on prit l'habiliule d'appeler a cappella toute musique écrite pour les voix seules. Lorsque, au xvii« siècle, les instruments s'adjoignirent aux voix, l'instilulion évolua rapidement et finit même par dévier, au point de perdre parfois tout contact avec la réalité primitive. Chaque prince d'Allemagne et d'Italie eut sa chapelle qu'il utilisa à toutes fins. Elle fut de toutes les fêtes, civiles comme religieuses, et de toutes les exécutions musicales à la cour, que ce fût au concert, au théâtre ou au culte. Son chef — kapellmehter en allemand — était tenu d'en composer toute la musique. On en vint même, en Ilalie surtout, k qualifier de « mailre de chapelle » tout compositeur écrivant pour le théâtre. Ue nos jours encore, en Allemagne, kapellmeister est synonyme de chef d'orchestre.

En France, pays de bonne heure unifié, celle déviation n'a pas trouvé l'occasion de se produire. La chapelle a connu chez nous bien des vicissitudes, elle a subi le conlre-coup de bien des événements, elle a eu ses jours de splendeur et ses heures de décadence, mais jamais elle n'est sortie de ses attributions, toujours elle est restée fidèle à sa destination première. Mais si la chose n'a pas changé, le nom est tombé en désuétude, et la chapelle a fait place à la " maîtrise ».

Les maîtrises étaient k l'origine des écoles attachées aux cathédrales et aux monastères. Les élèves y vivaient en commun et y recevaient, outre des leçons de chant, une instruction générale très étendue. Il en est sorti des évêques, des cardinaux, des papes même. Plus lard, leur organisation subit une transformation complète. La musique envahit peu à peu le champ des études, si bien qu'elle fînil par y prendre une place prépondérante. Les maîtrises devinrent alors de véritables conservatoires, fournissant seuls la France entière de tout le personnel artistique dont elle avait besoin : chanteurs et instrumentistes, maîtres de chapelle, organistes et compositeurs. C'est là que furent élevés tous les •chanteurs de quelque célébrité, là que se formèrent tous les musiciens dont la postérité a conservé le souvenir, depuis Josquin des Prés, Pierre de la Ruk, Févin, Mouton, Janeqei.n, Uoland de Lassus, jusqu'à Méiiul, Boîeldieu, Félicien David, en passant par ■CouPERiN, Clérambal'lt, Lalande, Charpentier, Cam- PRA, et Rameau.

La révolution avait fermé les maîtrises; Napoléon Bonaparte les rouvrit partiellement, mais elles ne retrouvèrent plus leur ancien éclat. Il en reste à peine quelques-unes aujourd'hui, l'institution est à peu prés tombée, mais le nom subsiste et il sert à désigner le chœur qui, dans les églises catholiques, a pour mission d'exécuter les chants religieux. Son chef porte toujours le litre de « maître de chapelle ».

Ce chœur est mixte et devrait, d'après la règle, être uniquement composé d'hommes et d'enfants; mais la nécessité oblige à recourir de plus en plus aux voix de femmes. Il est donc indispensable au maître de chapelle de connaître le mécanisme de toutes les voix, des voix d'enfants surtout, puisque c'est à lui qu'incombe la tâche de les former.

Les chants que fait entendre ce chirur sont de deux sortes : le chant liturgique, communément appelé i( plain-cliant », et les oeuvres de musique proprement dites. Le plaiii-chant exige une assez longue initiation, autant par la complexité de sa constitution modale que par son esthétique propre, laquelle ne peut être mise en pleine valeur si elle n'est sentie profondément. En outre, le maître de chapelle doit savoir l'harmoniser correctement, même s'il n'a pas à l'accompagner, car il est responsable de son organiste. Pour ce qui est du répertoire musical, il ne lui suffira pas d'en lire la note pour le choisir avec discernement et en donner une interprétation intelligente et fidèle. Il sera nécessaire encore qu'il sache reconnaître si, par son caractère et par son st) le, une œuvre convient à la majesté du culte, et si elle en respecte les règles spéciales. Il devra être capable d'en juger le fond et la forme, d'en découvrir l'agencement et la structure, de l'analyser et de la reconstituer ensuite par la pensée, de manière à la posséder toute, dans ses détails comme dans son ensemble.

Enfin, il faudra qu'il ait une connaissance et une compréhension parfaites de la liturgie, afin d'assurer à l'office divin, avec une marche si'ire et précise, la dignité, la haute tenue qu'il exige.

Ainsi donc : 1° formation des voix; 2° exécution et accompagnement du chant liturgique; 3° choix et interprétation du répertoire musical; i° direction du chœur pendant les offices, telles sont les grandes lignes de l'étude qui va suivre, concernant les obligations multiples du maître de chapelle. On y verra tout ce que ces obligations impliquent de savoir, d'expérience et de qualités diverses. Et d'abord ce qu'elles ont de sérieux et de grave, et en quoi elles diffèrent essentiellement de celles qui s'imposent à

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un .hef d'oixlicstrc Je lhé;Ure ou de concert. L'arl ^•eli^iellx, en etl'et, a pour objet l'expression des sentiments les plus purs et les plus élevés de l'ànie liuniaine. Kt si la musique intervient à l'église, ce n'est pas uniquement pour imprimer à la liturgie plus de vie avec plus d'éclat, c'est encore, c'est surtout pour se faire l'interprète des fidèles assembles, pour donner une l'orme à leurs prières en excitant, en exaltant leurs émotions religieuses. Or, ces émotions, comment l'artiste les pourrait-il susciter en autrui, si d'abord il ne les éprouve lui-même"? Si son chant ne prie pas, comment inclinerait-il les autres à prier'? Les choses de la religion veulent être abordées dans une disposition religieuse de l'âme, et celui que ses fonctions appellent à l'église doit, avant d'entrer, laisser au dehors toute préoccupation d'ordre profane.

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