‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 95 sur 198 · LE CHANT LITURGIQUE · texte numérisé non relu

LE CHANT LITURGIQUE

Le plain-chant grégorien, dit Pie X ' , « est le chanl propre de l'Eglise romaine, le seul chant qu'elle ait hérité des anciens Pères, qu'elle a jalousement gardé depuis <le longs siècles dans ses manuscrits liturgiques, qu'elle propose directement aux fidèles, qu'elle prescrit exclusivement en certaines parties de la liturgie, et que les travaux les plus récents ont si heureusement restitué dans son intégrité et sa pureté. »

C'est à la France qu'on doit cette résurrection du plain-chanl. Le chant officiel de l'Eglise romaine, après une longue agonie, paraissait mort en effet et bien mort. Après les divers remaniements et les mutilations sans nombre qu'il avait subis au cours des siècles, à peine en restait-il quelques débris informes que marlelait lourdement dans nos églises la voix caverneuse des chantres. C'est vers le milieu du siècle dernier que furent entrepris les travaux de restauration. Le R. P. Lambillote parcourut la France, la Belgique, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie, fouillant les bibliothèques, collationnant les manuscrits, déchillrant les neumes. La découverte qu'il fit du manuscrit bilingue de Montpellier, livra en grande partie le secret des hiéroglyphes, et donna comme premier résultat l'édition de Reims et Cambrai. Mais la question n'était pas au point. De patientes et minutieuses recherches collectives étaient nécessaires encore, recherches que les bénédictins seuls pouvaient mener à bien. La science, le zèle, la persévérance, qu'ils mirent au service de cette laborieuse reconstitution, leur ont valu la place d'honneur dans la commission chargée par le pape Pie X de préparer l'édition nouvelle du chant romain connue sous le nom d' « Edition Vaticane ».

Mais si l'accord — sous certaines réserves — s'est fait à peu près unanime sur la noie de ce chant, les divergences surgissent, nombreuses et variées, dés qu'on en vient à la manière dont il était primitivement exécuté. La question est d'autant plus ardue que le répertoire sacré, extrêmement disparate, se compose de pièces de toute provenance : juive, syrienne, grecque, latine et même fi'anque^ Les plus anciennes remontent à l'origine même de la liturgie, tandis que les plus récentes ont été composées presque de nos jours. Ces pièces sont de diverses sortes : les unes très simples, presque syllabiques, les autres très ornées; sans compter les hymnes, écrites sur des vers et dont le rythme, parla même, devait être plus accusé. Dés lors, comment supposer que l'exécution en ait été partout et toujours la même? D'ailleurs, la tradition s'en est perdue depuis longtemps : depuis le xn"^ siècle, disent les uns; depuis le xi=, renchérissent les autres; il est même probable que chez nous elle n'a jamais pu s'acclimater, les gosiers francs ayant toujours été réfractaires à ces longues vocalises importées d'Orient. D'autre part, la notation neumatjque est notoirement insuffisante. Quant aux écrits théoriques du moyen âge, ils sonl rédigés en un latin si alfreux, ils manquent à ce point de précision et de clarté, que la moindre de leurs expressions techniques prêle à des discussions sans lin. On voit la difficulté du problème. Quoi d'étonnant si les solutions proposées en sont aussi différentes, aussi contradictoires même!

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