‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 4)Chapitre 98 sur 198 · Le Chant religieux catholique, Revue de philosophie · texte numérisé non relu

Le Chant religieux catholique, Revue de philosophie

EycrcLopÈDiu: de la musique et dictio.-^nmre du conservatoire

on prùteriil proscrire? Ce ne peut être la personnalité. — On y perdrait sa peine, sinon avec ceux ((ui, sous ce rapport, ont peu de chose à saciilier. — ■ Ni le solo. — Ce serait exclure des livres de chœur les Craduels et les Alleliiin, pièces de haute virtuosité, qui priniilivemenl élaieiit clianlées à l'amhoii pai' le diacre. Alors, ne serait-ce pas tout simplement Vexprcssion sans phrase dont on se méfierait, et qu'il s'agirait, sinon de bannir absolument du répertoire sacré, du moins de soumettre à une inquisition étroite et sévère? Nous voilà alors en plein arbitraire, au milieu de discussions sans fin ot sans issue, auxquelles ne sauraient échapper que des leuvres sans vie et sans couleur, toutes de procédés et de formules. Muerelles de mots qui n'épargneraient pas même les maîtres italiens du xvii= siècle : ni Giovanni Gabrieli, le plus glorieux représentant de l'école vénitienne, dans la musique duquel Wein- MANiN remarque « l'importance croissante de l'élément subjectif ", et dont il dit que <i c'est le premier pas vers l'émancipation du caractère individuel en musique' 1) ; ni .Soiuano, l'élève préféré de Pales- TRINA, dont AMBR03 nous fait admirer la puissance dramatique dans les Responsoria chori ad cantum passionis D. N. J. C.^; ni surtout Victoria, de qui Proske, le promoteur de la réforme de Ralisbonne, écrivait « qu'il ne manquait pas d'originalité ni de ressources d'expression subjective'*. » Et Palestrina lui-même ; M. Pirro ne cite-t-il pas son Peccantem me quotidie comme « très expressif, très dramatique même* » ?

A la vérité, les maîtres contrapunctistes ne se préoccupaient ni d'objectivité ni de subjectivilé, et toutes ces belles théories furent imaginées longtemps après eux. Ils parlaient simplement la langue musicale de leur temps, laquelle était très en retard sur celle des arts plastiques. Parvenue à son apogée avec Palestrina, elle devait fatalement décliner, devenir purement formelle et tomber rapidement en désuétude. La musique évolua au xvii" et au xvni» siècle, comme avaient fait au xv= et au xvi« la peinture et la sculpture. Qui songe pourtant à ûter des églises, en Italie surtout, les objets d'art postérieurs aux préraphaélites? Sans aucun doute, il y eut de nombreux abus. De graves excès furent commis. L'opéra, surtout, eut le triomphe insolent; il était urgent de le chasser du temple qu'il avait lini par envahir, et de redonner aux chants sacrés l'accent qui leur convient et le style qu'ils n'auraient jamais dû perdre. A cet égard, les vieux maîtres nous ont élé et nous seront toujours un enseignement précieux. Mais leurs œuvres, en dehors des offices où elles doivent trouver tout naturellement leur place, ne sauraient avoir pour nous qu'une valeur éducative. Etudions-les comme on étudie au collège le grec et le latin, mais ne cherchons pas à les imiter. Quiconque s'y évertuera, nous fera toujours l'etlet de s'essayer à quelque devoir de rhétorique. Pénétrons-nous de leui' moelle et de leur substance, mais gardons-nous bien de leur emprunter leurs procédés si nous voulons faire œuvre sincère

i. La Musiquf dérjHst:, p. 147.

2. Kirchenm Jahrb.^ 18G5. — Wei\mann csl émervL'illê de la s^ènc des dés à liilin de la P.issioii selon s.iint Jean : Non srniila7nus€am,spd sortiamur citjiis blli <■ où l'on ealeud pour aiusi dire le déchirement de ta robe el la chute des dés imités d'avance par la voii du soprano ». (La Musique d'église,^. 132.)

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