Cite par Weinsfann (loc. cit. p
4. M/^inoires de miisicoloijie sacréCf p. 70. — Buteau d'édition de la Scho'a.
et vivante. Car les procédés ne sont que la partie Irausitoire de toute tcuvre d'arl. Ils naissent, s'épanouissent et brillent un cintain tcmiis, puisse dessèchent et lombent, pour laisser la place à d'autres qui tomberont à leur tour. D'ailleurs au xvi" siècle, ils n'étaient pas spéciaux à la musique d'église ; on les retrouve dans les madrigaux tels qu'ils étaient dans les moti'U et dans les messes. De même, au moyen âge, l'ogive n'est pas plus sacerdotale que militaire ou civile. L'Église l'accueillit comme elle avait accueilli précédemment le plein cintre roman ou la coupole byzantine, et comme elle devait faire plus tard pour l'art néo-classique de la Renaissance; pourquoi aurait-elle voulu imposer à la musique seule une forme immuable?
Les chants anciens agissent sur nous, c'est certain, par la beauté de leur forme, et aussi par l'inlluence mystérieuse de certaines tournures archaïques et raides qui est à l'art des sons comme la patine accumulée des siècles. Mais s'ils nous touchent, s'ils nous émeuvent, parfois très profondément, c'est surtout par la vie spirituelle qui s'en dégage, par la puissance du sentiment intérieur qui les anime, c'est en un luot parce qu'ils sont l'expression géniale et vraie d'une foi sincère et profonde. Or le génie est et sera toujours sincère ; loujours il a parlé et il parlera toujours son langage propre, et toujours avec son accent particulier, que ce génie soit individuel ou collectif, qu'il s'incarne dans un seul homme ou qu'il ne soit que le résumé, la personnification des aptitudes, du tempérament, du caractère de tout un peuple. En Italie, il sera surtout plastique ; plus profond, plus abstrait en Alleningne ; en France, plus sobre et plus expressif. Majestueux et décoratif sous le Roi-Soleil, au siècle suivant, il s'exprimera plutôt avec élégance et avec grâce. L'Eglise n'a jamais eu l'intention de comprimer son essor, mais de le diriger et de le canaliser. Si elle avait voulu lui interdire d'être pathétique, elle aurait exclu de son répertoire la plupart des chei's-d'œuvre, non seulement des trois derniers siècles, mais de tous les temps. Si elle lui défendait tout lyrisme, elle n'aurait pas introduit dans sa propre liturgie ces cantilènes orientales, fleuries de longues vocalises, au même titre que telle de ces pures mélodies importées de Constantinople, ou que tel de ces chants d'une expression si intense, parfois si dramatique, sortis de la plume inspirée de quelque moine français du x" ou du xi' siècle.
iN'essayons donc pas de peser, de doser cette chose immatérielle, impondérable qu'est le sentiment religieux, de trop le préciser, de le circonscrire en des limites étroitement définies. Il se colore si diversement selon la fête à célébrer, le texte à illustrer, les mille nuances de la joie et de la douleur, de la prière et du repentir, de l'humiliation et du triomphe. A dogmatiser sur une matière aussi délicate, nous risquerions de vouloir imposer à autrui une conception infiniment respectable sans doute, mais toute personnelle. Le l'ape a simplement dit ceci : La musique moderne est admise aux offices <i quand elle oITre dans ses compositions nue bonté, un sérieux et une gravité qui ne la rendent pas indigne des fonctions liturgiques ». Cette parole du Pape suffit; elle est infiniment prudente et sage et très suffisamment explicite. Tenons-nous-en à la parole du Pape.
TECHNIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
Outre ces lois générales, la musique religieuse est soumise à certaines règles de délailqu'un niailre de chapelle ne doit pas ignorer, s'il veut guider son choix avec certitude, ou s'il veut lui-même composer pour l'église. Ces prescriptions sont relatives : 1° au texte liturgique, 2° à la forme générale dos compositions religieuses. Nous les emprunterons au Motu proprio de 1003, en les complétant par quelques extraits de la Circulaire de la confjréijation des Rites de 1884-.
Dn texte.
i" " La langue propre de l'Église romaine est lu langue latine. 11 est donc interdit, dans les fonctions solennelles de la liturgie, de chanter quoi que ce soit en langue vulgaire, à plus forte raison de chanter en langue vulgaire les parties variables ou communes lie la messe et de l'office'. » Par conséquent, le latin est seul autorisé peiidant les offices solennels, , — messes chantées, vêpres, saluts, etc. — La langue vulgaire n'est tolérée que pendant les messes basses, ou encore avant et après les cérémonies précitées.
« Les paroles des motets doivent être empruntées à la Sainte Ecriture, au Bréviaire, an Missel romain, aux hymnes de saint Thomas d'Aquin ou de quelque autre docteur, ou à d'autres hymnes et prières approuvées et usitées dans l'Kglise-. » Ajoutons que ces paroles doivent se suivre et qu'il ne fautpas juxtaposer, dans un motet, des phrases empruntées à des passages différents des Ecritures.
Il Le texte liturgique devra être chanté tel qu'il est dans les livres, sans altération ni interversion des paroles, sans répétitions non nécessaires, sans séparer les syllabes, et toujours d'une façon'inlelligible aux fidèles qui l'écoutent^. » Ces paroles s'appliquent évidemment à ces motets où le compositeur a jugé plus simple de supprimer un mot que d'allonger sa phrase ou d'en altérer le rythme ; à ces Ai e Maria, ces lier/ina cisli'", ces S»6 tuum avec reprise; à ces messes où les mots Gloria et Credo reviennent çà et là en guise de refrain, où l'on voit le Miserere nobis reparaître après le Suscipe deprecalionem nostram, où les diverses parties du chœur, pour en avoir plus tôt fini, disent chacune une phrase différente, où les chanteurs, comme suffoqués par l'émotion, coupent en deux certains mots : pas-sus-et—septil-ttts est; mais surtout à ces chants où le texte est d'une prosodie déplorable, où les mots sont répétés mal à propos, où les phrases sont coupées d'une telle façon qu'elles ne présentent plus aucun sens, si même elles n'offrent pas un sens hérétique ou ridicule. La plus commune de ces bévues s'étale dans une foule d'O Salataris :
Da robur for-auxilium.
Mais combien d'autres sont d'un usage courant :
Ave verum-corpus natum...
Crucilixus-etiam pro nobis...
Fi'uctusventris-tui Jésus...