J.-J. Rousseau, Dictionnaire d.e musique, art. Orchestre
8. Anton-Joseph Hampel (f 1771) était entré en 1737 dans l'orchestre de Dresde. On place entre 1730 et 1755 ses modifications à la facture du cor, qu'il fit exécuter sous ses yeux par le facteur J. VVerner.
9. La chapelle de la cour fut inaugurée le 29 Juin 1731 ; on y plaça en 1734 un bel orgue de Gottfricd Silbermann. V. Furstenau, t. II, p. 271. — Le Te Deuiii de Hasse a été publié à Leipzig, chez Peters. Un choix de chants religieux a une et deux voix, avec orgue ou piano, de Hasse, a été rédigé par M. OLto Schmid, comme 7" et S» volumes de la collection ; Musik am siichsischen Hofe (Musique à la cour de Saxe), Leipzig. Brcitkopf et Hiirtel, 1903.
10. La Conversions di S. Aijostiïto, de Hasse, forme le tome XK de
Les péripéties de la guerre <le Sept ans, dont la Saxe eut cruellement à souffrir, vinrent interrompre les brillantes manifestations de la vie musicale à Dresde. En 1757, une partie de l'orchestre et de la troupe d'opéra suivit à Varsovie l'électeur-roi de Pologne; en 1760, Hasse chercha un refuge en Italie. Lorsque la paix fut rétablie et que, en 1763, Frédéric- Augusle m parvint au trône, sous la régence de son oncle, les destinées artistiques de la cour saxonne ne changèrent point d'orientation. Johann-Gottlieb Naumann (1741-1801) s'y installa tout d'abord comme compositeur pour l'église, puis comme maître de chapelle, et, à l'instar de Hasse, composa tous les ouvrages nécessaires au service de la cour : vingt-qualre opéras, onze oratorios, vingt et une messes, un Te Deitm, et quantité de psaumes, de motets et de morceaux divers^.
Ni du temps de Hasse, ni du temps de Naumann, Dresde n'exerça d'influence réelle sur le développement de la musique allemande, parce qu'elle-même n'avait pas su se dérober à l'ascendant de l'art transalpin. Il en était de même à Stuttgart, où le duc Cari Eugène, qui régnait depuis 1744, n'épargnait rien pour s'entourer d'artistes renommés et pour multiplier des exécutions qui méritaient les louanges des visiteurs étrangers. Chaque aimée, au moment de l'anniversaire de sa naissance, des fêtes avaient lieu, qui duraient quinze jours, et pendant lesquelles de nombreux invités réunis à Stuttgart ou à Ludwigsbourg, pouvaient assister sans relùche aux opéras, aux comédies, aux bals, aux concerts et aux banquets^. Pour que le peuple prit part à l'allégresse générale, le duc lui faisait jeter des pièces de monnaie et distribuer des viandes et du vin : jouissances matérielles que l'on jugeail alors seules à sa portée, car les temps étaient oubliés où Uart plongeait ses racines jusqu'au cœur de la nation, et l'on ne se souvenait plus des « échafauds » parés de tapisseries, chargés d'acteurs et de musiciens, que le moyen âge dressait sur les places publiques et sur le parvis des églises, et sur lesquels, à la vue de tous, se jouaient de beaux « mystères » et se représentaient, par personnages vivants, les tableaux symboliques des grands peintres, tels que VA/jncuu sans tache, de Memling.
Admis aux spectacles de cour, les artisans ou les bourgeois allemands de 1750 les eussent d'ailleurs peu goûtés, puisque << malheureusement», remarque l'historien de la musique en Wurtemberg, ce n'était pas l'art germanique que protégeait Cari Eugène. « Comment cela eût-il été, alors que le sentiment national sommeillait, et que toutes les directions de la pensée, en politique, en litléralure, en art, prenaient leur mot d'ordre à l'étranger'*? » En 17ol, le duc avait remplacé, à la tête de sa musique, l'Italien Brescianello par le Viennois Ignaz Holzbauer : mais
la grande collection des Deitkmuler deutschcr Tonkitnst (Monuments de la musique allemande). — Pour la Liographie de liasse etlï'tudc de Ses œuvres, voyez Furstcnau, ottvr. riu% l. Il, p. 2U7-'i70 ; la préface historique, rédigée par M. Arnold Scbcring pour l'édilion ci-dessus mentionnée de la Converstone di S. Açjostiiw, une étude de M. (Jarl Mennicke insérée dans le Recueil trimestriel de la Société internationale de musique, 5' année, 1903-lllO-i, p. 230 et suiv.; le volume du même auteur, Hasse urid die Bruder Gratin aïs Sjjmphonih'r filasse et les frères Graun considérés comme syniplionistcs, avec catalogues thématiques), Leipzig, 1906, in-S"; \V. Miiller, Jolt. Ad. Nasse als Kirc/ien/i'om7)Oî(ïSf(Ha5secomme compositeur religieux), Leipzig,19 10, in-8"; Kamicnski, l)\e Ovatoj-ien von J. A. liasse (les Oratorios de Hasse), Leipzig, i'Jlâ, in-8».
1. Nestler, Der K. Kapellmeister Naumann, Dresde, 1901, in-S".
2. J. Sillard, Zur Geschichte der Musik iwd des Thenters nm Vi'iirl -
celui-ci ne passa que deux ans à Stuttgart et partit en 17b3 pour Mannheim, où nous le retrouverons. Il eut pour successeur Jommelli, avec lequel triompha la musique italienne et les chanteurs ultramontains. L'orchestre seul était formé en partie de musiciens allemands qui, en dehors même du théâtre, et dans les concerts ou la « musique de table », exécutaient encore le répertoire étranger, à commencer par les ouvertures de .lommelli. Celaient des pièces de symphonie, disposées en trois mouvements, allegro, andanle et presto, que l'on préférait à celles de Hasse et de Galuppi, et entre lesquelles on admirait surtout l'ouverture à'Artascrce (1749), pour cordes, deux hautbois, deux cors, deux trompettes et basse continue pour le clavecin. Cari Eugène, qui avait ces morceaux en grande estime, se plaisait à y tenir en personne la partie de clavecin.
Comme le duc de Wurtemberg, le prince-électeur de Bavière, Maximilian-Josef III, était ami de la musique et exécutant zélé. Jouant de la viole de gambe, il se faisait confectionner par ses musiciens ordinaires, comme une marchandise à prix fixe, des concertos qu'il payait un florin la pièce et dont probablement la plupart ne valaient pas davantage. Lorsqu'il s'agissait de son opéra italien, l'électeur savait se montrer moins parcimonieux; lui aussi s'était fait construire une belle salle de spectacle, où deux compositeurs appelés d'ilalie, Giovanni Porta et Andréa lîernasconi, dirigeaienl, avec leurs propres ouvrages, ceux de leurs plus fameux compatriotes".
Mais la cour la plus musicale était celle de l'électeur palatin, Cari Theodor, à Mannheim. Calquée jusque dans les détails de l'étiquette et les formules du langage sur le modèle de Versailles, — on disait en français « jour de cour, grand appartement, petit appartement », etc., — elle enchérissait encore sur les usages français, en réunissant les plaisirs de l'opéra italien, de la comédie française et des concerts exécutés par un orchestre excellent et par les virtuoses les plus renommés de l'Europe ". Les grandes « Académies » se donnaient deux fois la semaine, » sauf quand il faisait grand froid », dans la salle des chevaliers, au château; les séances de musique de cliambrt, où Cari Theodor jouait tantôt du violoncelle, tanlùt « un peu de clavecin », avaient lieu presque quotidiennement « après la table », c'est-à-dire après le repas du milieu du jour; de plus, les musiciens de cour jouaient encore « pendant la table », et les soirs de comédie pendant les entr'actes. En carême, on exécutait de grands oratorios, dont queli|ues-uns composés tout exprès par le maître de ch.ipelle Holzbauer''; en été, le personnel musical suivait le princeélecteur dans sa résidence de Schwetzingen, où se continuaient les fêtes ; on plaçait l'orchestre dans des
temberf/ischen Hofe (Sur l'Iiistoirc de la musique et du théâtre à la cour de Wurtemberg), Stuttgart, 1891, t vol. iu-8".