Sittard, onrr. lilé, t. Il, p. il
4. Uudhart, Gescliirhte der Oper am Hofe zit Miinchrn (Histoire de l'Opéra à ta cour de Munich), Freising, tStiii, in-S", p. 129 et suiv.
5. Sur tout ce qui se rapporte à la musique â Mannheim, on consultera l'ouvrage de M. F. Waltcr, Gesekirhte des Theaters und der Musik am A'iirpfahiselien licife ^Histoire de la musique et du théâtre à la cour palatine), Leipzig, 1898, iu-S", et pour l'histoire spéciale des représentations de comédies françaises, celui de M. Olivier, les Comi^dieiis français dans les cours d'Allemat/ni* au dix-liuitième aiècle, !'• série, la cour élector.ilc palatine, Paris, 1901, in-V".
6. En 1753 l'on exécuta l'oratorio de liasse, ïa ('onrersiane di S, Af/os/iao; en 1754,17;i7, i'60, la Passione, Jsareo, Iletulia fif'rrata, de llolzhauer; en 1701, il Uoretv di Mosè, de Wagenseil. V. Waller, p. 184.
HISTOIRE HE LA MUSIQUE
XVIII^ SIÈCLE. — ALLEMAGNE lnl7
barques pour des pronieiiailes sur le Neckar, ou le cachait dans des bocages pour les retours de chasse; « jour et nuit », les concerts retentissaient. Tout cela faisait partie de la « décoration du trône » dont l'électeur palalin semblait s'appliquer à rehausser l'éclat, pour corn penser l'etlacemenl de son rôle politique. I,a dépense qu'il fit en 1749 pour l'opéra et la musique, sans la danse ni la comédie, alteif,'nit 24.000 florins. Eu 1772, Burney fut frappé du luxe « prodi- ;;ieu.\ » de cette cour. " Le palais et ses annexes, ditil, couvrent plus de la moitié de la ville, et la moitié des habitants qui servent au palais ruine le leste de la ville, qui semble plongé dans la plus profonde indigence. » ^'on point par ses spectacles dans le goût étranger, mais par ses « Acadéniirs » où >in orchestre foimé de vérilables maîtres exécutait des œuvres instrumentales, la cour palatine imprima véritablement une impulsion directrice à la musique allemande.
Nous reviendrons sur ce côté fécond de l'histoire de Mannheim. En poursuivant rapidement un sommaire c( tour d'.\llemagne », il nous faudra remarquer que, peut-être précisément en raison directe de l'exiguïté de leurs ressources, certaines petites principautés se trouvèrent, sur le terrain nouveau de la symphonie, en état de rivaliser avec la cour électorale palatine. C'est ainsi notamment qu'à IJarmstadt, chez le landgrave de Hesse, le compositeur Christopli Graupner (j 1760), placé à la tète d'un corps de musique qui ne comptait pas plus d'une trentaine d'instrumentistes et de chanteurs, dirigeait, au lieu de somptueuses représentations d'opéras italiens, des concerts de symphonies allemandes^. Il en était probablement de même à Ratisbonne, chez le prince de Tour et Taxis^; et de même encore chez quantité de semblables petits souverains, ducs, margraves, princes-abbés, princes-évèques, qui, chacun dans son Versailles ou son Mannheim minuscule, et chacun en proportion de ses ressources financières, se procurait le luxe indispensable d'un corps de musique. Les 11 villes libres « ne se dérobaient point à des usages si parfaitement appropriés aux tendances musicales de l'âme germanique ; il est vrai qu'à Hambourg le Sénat avait d'abord regardé d'un œil sévère les concerts que Telemann dirigeait dans une salle d'auberge, et où l'on entendait des fragments d'opéras et « toutes sortes de choses de nature à disposer les cœurs à la volupté »; aucune défense ne vint cependant arrêter les progrès de cette entreprise, dont les prudents magistrats s'exagéraient le danger, car son répertoire se composait en grande partie de musique instrumentale, d'oraturios et de motets, l'un, entre autres, sur le psaume LXXl, écrit par Telemann pour le « magnifique concert spirituel de Paris* ». A Leipzig, le cantor Doles (17ib-1797)
I. Li^s œuvres des musiciens de Darmsladt, Chr. Graupner, Wilh. Gollfr. Endertc, Schelky, subsistent en î?rand nombre à la bibliolhi-que do Dresde, où M. Nagcl les a «^-tudid-es. Voyez son arlicle publié dans Ifs Monatslu-fte fïir ifusikgeschichtef annt'e lOoO, t. .VXXII. p. ôy et suiv,, et sa Biographie de Graupner, dans le Recueil trimestriel delà Soriétê internationale de musique, lU" année, 1908-1900, pp. 568-61 i.
î. .Metlenloiler, .Vmikgescliichte der Sladl Iteçiensbnrq (Histoire musicale delà ville de Ratisbonne), Regensbur.^, 18(i6, in-S". p. :i67, 270. Le prince de Tour et Tavis était violonisle. éli-ve de Tartini. En 1769, son maître de conccrls était le compositeur Tour-hemolin.
3. V. Jos. Sitlard, Gesehirhte des Mitsjl:- und Conrertircsens in Hamburg (HisUiire de la musique et des concerts à Hambourg], Leipzig, 1890, in-8'*. — Telemann était venu en personne faire eiécuter cet ouvrage au Coacert spirituel, en 1738. . .... i
avait également fondé, en 174.3, dans une maison particulière, de « grands concerts », qui furent suspendus pendant la guerre de Sept ans, et recommencèrent en 1763, sous la direction de Johann-Adam lliller; ils prirent, en 1781, du local où ils avaient été transportés, le nom de cencert du « Gewandhaus » (halle aux draps), sous lequel ils sont restés célèbres».
Quelle que fût d'ailleurs la ronomrn('e musicale de telle ou telle cour, de telle ou telle ville de l'Allemagne du Sud ou du Nord, une curiosité spéciale attirait les regards des musiciens vers lierlin, très jeune capitale d'un État en formation, où les hasards dynastiques venaient de placer sur le trône le type par excellence du monarque dilettante. Alors qu'il n'était encore que « le prince royal » et que, tenu à l'écart par son père, il vivait presque isolé à llheinsberg, Frédéric 11 avait cherché dans l'élude et la pratique de la littérature et de la musique un aliment pour son activité. Ce n'était pas que de tels goûts lui eussent été transmis par héritage : de Frédéric I", on se rappelait seulement qu'il entretenait vingtquatre joueurs de troiupette et deux timbaliers, richement habillés, qui sonnaient des fanfares à midi quand la cour se mettait à table, et un <i tusch » à chaque fois qu'une santé était portée; et de Frédéric-Huillaume I", qu'il aimait le carillon, la musique de chasse, et ^ n'était pas ennemi de la musique d'opéra en elle-même », attendu qu' « il se faisait jouer par ses hautbois des airs tirés d'opéras de llandel" ». Frédéric 11, >< souverain philosophe », s'annonça comme « le protecteur des muses ». Il fit bâtir un théâtre et engager des chanteurs italiens, s'assura, pour composer le répertoire, les services de Henri Graun (170I-17.Ï9), et pendant quelques années se montra fort assitlu aux représentations, dans lesquelles il s'amusait de temps en temps à faire introduire un air de sa propre composition. Après la guerre de Sept »ns et après la mort de Graun, il se désintéressa peu à peu de l'opéra; sa loge resta vide, et la qualité des exéculions s'en ressentit. D'autre part, il ne s'était jamais avisé d'encourager d'autres manifestations artistiques, et l'on avait remarqué son indifférence absolue à l'égard d'une des meilleures œuvres de Graun, le bel oratorio de la Mort de Jésus\ Seuls, les concerts intimes dont il se faisait le principal exécutant attestèrent jusqu'au bout son zèle musical, en démontrant qu'il aimait l'art dans la proportion où il pouvait y participer luimême. Il avait amené de Uheiusberg à Berlin deux ou trois instrumentistes qui avaient été ses maîtres et ses compagnons d'exil, et il leur en avait adjoint quelques auties. Autour de lui, l'organiste Hayne (t(i84-17b8), le violoniste Franz Benda (1709-1786) et ses frères, Johann (1713-1752) et Georg (1722-1792), le
4. Kncscbke, Gescliiehte des Tlienters und der Mnaik in Leipzig (Histoire du théâtre et de la musique ii Leipzig), Leipzig, lS6i, in-8". — DôrlTel, Geschichte der Oeirandlinus- Concerte :u Leipzii; (Histoire des Concerts du « Ge\\andhaus .. à Leipzig), Leipzig 1884, in-8".
3. Georg Thouret, Die Musi/c am preitssisclien Hofe im IS. Jahrhuntlert (la Musique à la cour de Prusse au wiri- sic'-cle), dans le Hoh. nzollern-Jabrbuch, 1. Jahrg 1897, Berlin et Leipzig, in loi., p. 49, et suiv.
6. R. von Liliencron, Berlin und die deutsrlie Musitc (Berlin et la musique alleniandcl, dans la Deutsrlie liundsclum du 2 novembre 188S.
Pour la biogr.iphic de Cari- Heinrich Graun, voyez l'élude de
M. Maver-Reinach, dans le Hecueil trimestriel de la Suricté internationale de musique, vol. I, 1899-1900, p. 440 et suiv., et l'ouvrage de M. C. Mennicke, Basse und die Bruder Graun, précédemment cité.
claveciniste Carl-Philip-Eramaimel Bacli (1714-1788), le flûtiste Quantz (1697-1773), formaient une sorte d' « état-major particulier ». La musique, autrefois pour Frédéric un délassement, puis presque une passion', lui était, avec l'âge, devenue une habitude, un régime, une obligation, finalement une manie. Tous les soirs, à heure fixe, comme une manœuvre, le concert se donnait dans ses appartements. Le roi jouait les trois cents concertos de Quantz- dans l'ordre où ils avaient été écrits, en se référant, pour éviter toute erreur de numérotation, à une liste étalée en permanence sur un pupitre; la série terminée, il la recommençait. C.-Ph.-Em. Bach accompagnait au clavecin. Quantz marquait les mouvements, et les rares auditeurs admis à l'honneur d'écouter cette musique royale se gardaient de souffler mot, le professeur de Frédéric ayant seul la permission, la charge et le devoir de crier « bravo » lorsque le vainqueur de Friedberg reprenait haleine après un trait bien enlevé. Quelques personnes assuraient qu'il manquait assez souvent à la mesure, et que c'était alors <■ à ceux qui l'accompagnaient de couvrir ses fautes on d'en essuyer le reproche^ ». D'autres, au contraire, et parmi eux de bons musiciens, Burney, Fasch, Reichardt, Nicolaï, la cantatrice Gertrud Mara, témoignaient favorablement du jeu de Frédéric''. Il avait augmenté à son usage le répertoire de Quantz en composant lui-même force sonates, dont cent vingt et une ont été retrouvées, soigneusement copiées en double exemplaire, l'un pour Potsdam et l'autre pour Berlin. On en a publié vingt, avec quatre concertos»; ce sont, à proprement parler, des recueils d'agréables lieux communs et de traits favorables pour la flûte, ordonnés selon le modèle usuel, de la sonate « col basse ». On y devine les passages où, après une roulade heureuse, et tandis que le claveciniste frappait quelques accords, Quantz prononçait son immanquable « bravo ».
Musique de roi, jeux de princes, dont il ne faut pas, sans doute, grossir l'importance, mais qui montre cependant, comme en un coin de miroir, l'image partielle de tout un côté de la culture musicale allemande. L'exemple de Frédéric et celui des souverains que le désœuvrement des petites résidences plutôt que le désir des jouissances esthétiques élevées portaient à faire alterner le plaisir du concert avec ceux de la table ou de la chasse, ne pouvaient manquer d'agir à la fois sur l'orientation de l'art et sur les habitudes sociales. Le tableau que nous pouvons imaginer de ces innombrables auditions de cour, de cette consommation démesurée de musique nouvelle, qui obligeait le maître de chapelle en titre à composer sans relâche", de ces séances où, par exemple, au bruit des pas, des voix, de la vaisselle remuée, Dittersdorf exécutait à la file une douzaine de concertos, rappelle ce que disait Pascal des « occupations tumultuaires des hommes et de tout ce qu'on appelle divertissement ou passe-temps, dans lesquels on n'a en effet pour but que de laisser passer le temps sans le sentir, ou plutôt sans se sentir soi-même, et d'éviter, en perdant cette
1. "La poésie, dit M. Tliourct, 6lait sa dt'cssc ; la flûte, son amie... »
2. C'esL-à-dire 2yij coiicerlos de QuariU, et quutl'O de [•'iédC-ric, qui complétaient « le nombre rond ■-.
3. Tliiébault, Mfis Souvenirs de vbifjt ans à Berlin , t. I"'', p. 3^13.
4. V. les textes cités par Ph. Spitta dans sa préface aux œuvres musicales de Frédéric, et aussi Trois Mois a la cour lU FredêriCf lettres inédites do d'Aiembert, publ. par G. Maugras, Paris, 1886, in-8», p. 30.
5. Mus!tadische M'erlcc Frialriclis des Grosseii. hrsg. rnii Ph. Spitta (lEuvres musicales de Frédéric le Grand, publiées par Hpittal, Leipzig, Breitkopf et Iliirtel, 188'J, 4 vol. in-iol. La préface de Spilta
partie de la vie, l'amertume et le dégoût intérieur qui accompagneraient nécessairement l'attention que l'on ferait sur soi-même durant ce temps-là'' ». Toute la musique allemande, au xviii» siècle, a souffert de cette compréhension futile du rôle de l'art, de ce régime servile imposé à sa culture. Emmanuel Bach, Haydn, Mozart eux-mêmes, ont dû s'y plier et composer « sur commande » presque toutes leurs œuvres. Beethoven, achetant l'indépendance par toute une vie d'isolement et de lutte, a le premier créé librement, sous la seule pression de ses pensées intérieures.
Au-dessous des cours souveraines et à leur imitation, un public se formait peu à peu. Les petits gentilshommes copiaient les occupations des princes. Les bourgeois, les étudiants, formaient des sociétés musicales qui couvraient d'un « réseau serré » les pays de langue allemande, et dont la prospérité inquiétait de timides moralistes. Ernesti entre autres voyait dans les comédies et les concerts « les principaux obstacles à l'instruction' ». Dans l'intervalle des réunions, l'on continuait en famille les répétitions et les amusements musicaux. La vivante description du Salzbourg musical, qu'a tracée M. de Wyzewa dans le premier chapitre de sa Jeunesse de Mozart, ne serait pas moins fidèle, appliquée à d'autres villes dont les églises et les carrefours, les palais et les maisonnettes, retentissaient tout le jour et une partie de la nuit de motets, de carillons, de sérénades, de sonates et de chansons. A tant d'amateurs pressés de se divfertir sans étude et sans grande tension d'esprit, il fallait offrir des œuvres appropriées à leur tempérament et à leurs moyens. Sans doute, la race n'était pas encore éteinte de ces vieux Cantors, robustes dans leur art comme dans leur foi, qui faisaient résonner dans les temples des chorals austères et des fugues majestueuses. Mais, — tel, par exemple, Gottfried-August Homilius (1714-1783), à Dresde ^ — ils vivaient confinés dans les devoirs de leur charge, accumulant les cantates pour tous les dimanches de l'année et pour les cérémonies publiques, et les oratorios de NoOl ou de la Passion, qu'avec une insouciante modestie ils ne cherchaient pas à répandre parla copie ou l'impression. La « Thomasschule » de Leipzig, le <c Kreuzkautorat » de Dresde, le « Johanneam » de Hambourg, conservaient ainsi, sinon l'intégrité et la splendeur, du moins l'apparence des glorieuses traditions de l'époque du grand Bach '". Mais, de ces sanctuaires de l'art ancien, la vie ne rayonnait plus au dehors. L'n souffle plus léger était venu d'Italie. Joyeusement, les musiciens couraient à sa rencontre, sans s'inquiéter de la sécheresse qu'il faisait succéder à l'action fécondante des nuages de jadis, soudainement jugés trop sombres.
Ce fut un des fils de Jean-Sébastien Bach — Carl- Philipp-Emmanuel, né à Weimar le 14 mars 1714 — qui personnifia le premier d'une manière éclatante cette réaction contre l'art scolastique, et le juge-
a été reproduite dans la Vierteljuhrsschrifl fiir Musikirisscnschaft , t. VI, année 1890, p. 430 et suiv.
ti. Ou verra plus loin que ce l'ut entre autres le cas pour Haydn.