‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 198 sur 297 · Lettres, id., p · texte numérisé non relu

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ES'cyc.LOPÉniE de la musique et dictio.\.\aire du conservatoire

diocre; il n'y avait ni théâtre ni opéra; pour satisfaire les goûts de la coup- archiépiscopale, il fallait écrire des ouvertures, des sérénades, des symphonies et des messes, qui ne fussent ni longues, ni sérieuses, ni difficiles. A mesure que grandissaient en d'autres villes les succès de Mozart et ses justes ambitions, l'archevêque semblait se refuser à voir que le petit virtuose de. jadis était devenu un maître'; il demeurait à son égard dédaigneux, lyrannique, offensant, se parant, aux yeux du monde, volontiers de ses talents et paraissant trouver un orgueilleux plaisir à lui imposer des ordres. Par déférence pour son père, qui n'était plus d'âge et n'avait jamais été d'humeur à se cabrer sous le joug, Mozart endura cette humiliante servitude jusqu'à 1781. La rupture se consomma par une scène brutale, à Vienne, où l'archevêque s'était fait suivre d'une partie de sa " domesticité ».

« C'est en restant à Vienne que je pourrai le mieux me tirer d'affaire, éci'ivait Mozart au lendemain de ce brusque et désiré changement de vie; ma spécialité est trop en faveur ici pour que je ne puisse pas me soutenir; c'est vraiment bien ici le pays du piano ^! » 11 se considérait donc alors avant tout comme un pianiste, et en elfet, jusque-là sa renommée s'appuyait surtout sur son talent d'exéculant, de compositeur pour son instrument, d'improvisateur. A Mannheim, entre autres, en 1777, il avait excité la plus vive admiration; trouvant partout des « piano-forte » de Stein, qu'il déclarait excellents pour son jeu, il les touchait volontiers, et ses auditeurs étaient ravis de sa « manière incomparable ». Les virtuoses à la mode avaient à cette époque pour habitude de prendre des mouvements très rapides ; la « vélocité » était un siir moyen auquel certains exécutants ont eu recours en tous temps pour éblouir au moins une partie de l'auditoire. Mozart réagissait contre cette affectation et en dénonçait la supercherie, dans une lettre où l'on peut recueillir de sûrs indices de sa propre manière de jouer : Vogler, vicemaître de chapelle à Mannheim, avait déchill'ré devant lui et <( bredouillé d'un bout à l'autre » l'un de ses concertos, jouant prestissimo le premier morceau, vite l'andante, et le rondo tout à fait prestissimo. « Il jouait, dit Mozart, une autre basse que celle qui était écrite; de temps en temps il faisait une harmonie toute différente; de même aussi pour la mélodie. Ce n'est, du reste, pas possible autrement quand on joue si vite! Les yeux n'ont pas le temps de voir, ni les doigts de trouver les touches. Eh bien! que signifie tout cela? Un pareil déchilfrage n'a pour moi aucune valeur. Les auditeurs (je veux parler de ceux qui sont dignes de ce nom) ne peuvent dire autre chose qu'ils ont vu la musique et l'exécution. En l'écoutant, ils entendent, pensent et sentent aussi peu que lui... Au reste, c'est bien plus facile déjouer un morceau vite que lentement. En jouant vite on peut employer une main pour l'autre, sans que personne le voie ou l'entende; mais esl-ce beau? Et en quoi consiste donc l'art de lire à première vue? En

1. Dans la mûmc IcUrn du il septembre 1778 : Si l'arclicvêque

voulait avoir confiance en moi, je lui rendrais bienlùt sou orchestre célèbre, c'est pari'ailement cei-tain. n

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