Lettre du 17 janvier 1778, trad. Curzou, p. IGri
4. Dans une lettre du t!6 mai 17.S'i, Mo/art explique comment il Irouvr « plus avantageux » de tenir inéilils plusieurs de ses concertos peiiilant « quidques petites ann^Mis encore », aliii de s'en réserver l'exécution, au lieu de les répandre par la gravure. [Lettres, trad. Cur/on, p. b;i-i.)
ceci : jouer le morceau dans son vrai mouvement' rendre toutes les notes, toutes les appogialures, etc., avec l'expression et le goût convenables et comme c'est indiqué, de telle sorte qu'on croie que celui qui joue un morceau l'a lui-même composé^. » 11 n'est point à mettre en doute que le principe posé par Mozart dans cette lettre relativement à l'art de déchiffrer n'ait été le même sur lequel reposait toute sa manière d'exécuter au piano, et que l'on déduirait déjà de l'étude de ses œuvres pour cet instrument. Ces œuvres, et en particulier les sonates pour piano seul, sont d'une imporlance médiocre dans le total de sa production infiniment nombreuse et infiniment variée. Les concertos, qu'il écrivait en général pour lui-même, et qu'il jouait dans les « académies'* », dépassent les sonates en mérite comme en intérêt historique; on les a définis justement ce peu difficiles à lire, mais difficiles à bien jouer^ », et Mozart a écrit sur deux d'entre eux des mots qui peuvent s'appliquer à tous : « Ces concertos tiennent précisément le milieu entre le trop difficile et le trop facile; ils sont très brillants, agréables à l'oreille, naturels, sans tomber dans la pauvreté. 11 y a, çà et là, des passages dont les connaisseurs seuls auront de la satisfaction, mais ils sont cependant faits pour que les non-connaisseurs en soient nécessairement contents, sans savoir pourquoi''. » La raison de ce double contentement des connaisseurs et des non-connaisseurs résidait dans le charme mélodique des compositions de Mozart et dans la séduction de son toucher, éloigné des fausses apparences d'une encombrante virtuosité. L'absence de toute alfeclation de ce genre est ce qui parait mettre ses œuvres à la portée de presque tous les interprètes; eu réalité, « Mozart, plus qu'aucun musicien, demande des exécutions parfaites »; pianiste, il déconcerte plus d'un pianiste par sa simplicité même '.
Ses plus grands succès d'exécutant paraissent avoir été dus au talent d'improvisateur, qu'il possédait à un degré surprenant, et qui correspondait aux préférences du public de son temps. Tout virtuose donnant un concert était tenu d'inscrire sur son procramme une fantaisie improvisée*. Au dire de Dittei'sdorf, dans le courant d un concerto, en 'guise de cadence, l'on variait « selon les règles de l'art » un théine nouveau, étranger à l'œuvre"; non pas que ce sujet fût traité » à fond » et savamment; on s'attachait, au coiifraire, à le maintenir » en dehors », à le broder seulement d'ornements Iransparents et de formules repérées à des poinis fixes, dont le retour symétrique lépargnait toute fatigue à l'auditeur. La plupart des k airs variés » de Mozart ont une origine analogue; alors même qu'ils étaient déjà rédigés et gravés, il les intercalait volontiers dans une improvisation, où sans doute il les modifiait à nouveau, au gré de son humeur. Dans la lettre du 2i mars 1781, où il exprime le regret de n'avoir pu se produire comme pianiste en présence de l'empereur Joseph il, il dit : « Je n'aurais pas joué de concerto, mais préludé tout seul, puis joué une fugue et ensuite les viirialions : " Je suis Lindor. » Partout où j'ai fait ainsi,
s. II. Parent, /li'pertoire em-ydviirdiqm- ilu /nmiislr, t. I", p. S'.l. Cl. Lettre du 28 décembre 178-.;, trail. Curzon, p. i8'.l.
7. Sur l'interprétation des œuvres de Mozart au piano, V. rcxcellcnl cl. charmant livre de M»" I.andowska, Mitsigiir iint-ieiine, l'aris, 1908, in-ia.
8. M. SiUard, dans son volume, cité plus haut, sur les roncerls à Ilambour;:, l'ail rcmar.pier .pje Mc-ndcissiihn et l.iszt lurent les derniers représentants <le cette eoutunie.
11. Ilitters rtiii Dittcrs^lçrfs /.rhensbcschrL'Hiuiii/, p. -17.
IlISTOrnE DE LA MisiçrE
XVIII" SIECLE
en public, j'ai en le plus grand succès, parce que ce sont des f;enies de composilioiis qui coiiirasteiit très Lien entre eux; et puis il y eu a poui- tous les ^oCils'. »
Quoiqu'il en soit de son talent d'exc'culaiit, Mozart, comme compositeur, dépouillait l'habit de virtuose, et ses œuvres pour la cluinibre, pour l'orrliestre, pour le théâtre, restaient exemptes de toute attache pianistique. Ses bio^'raplies, d'ailleurs, rapportent qu'il ne composait pas au piano ; son habitude était de i< chantonner » sans cesse, et toute sa nature l'entraînait vers le chant, plutôt que vers le mécanisme d'aucun des instruments qu'il connaissait.
De l'époque de Salzbourg datent la plupart de ses œuvres de musique religieuse. Mozart était foncièrement catholique, liochlilz a rapporté de lui un entretien dans lequel il prit avec vivacité, contre des musici'ens protestants, la défense des textes latins de la messe catholique, où non seulement il voyait l'expression de sa foi, mais qui encore évoquaient en lui, partout où il les entendait, les souvenirs très doux et très pieux de son enl'ance. Lorsqu'il traduisait ces textes en musique, il n'échappait point, cependant, à cette sorte de fatalité qui avait alors fait tomber la musique religieuse de toutes les confessions dans un formalisme vide de sens. Peut-être la cause en doit-elle être cherchée, comme l'a voulu Brendel, dans le fait que « l'indilTérentisme » en matière de croyances, parti de Berlin, gagnait toute l'Allemagne et tarissait la source des aits religieux^; peut-être ce mal était- il seulement l'extension de celui dont soull'rait toute la musique, et qui était l'asservissement aux c commandes » des cours. On l'a constaté maintes fois, et nous l'avons indiqué dans un paragraphe précédent, presque aucune composition ne devait son existence â la poussée intime des sentiments profonds de l'àme; chacune était le résultat de circonstances extérieures. Mozart, comme ses contemporains, écrivait ses messes, ses motets, ses litanies, à destination particulière de la chapelle à laquelle son devoir l'obligeait de les fournir. L'archevêque de Salzbourg n'aimait pas plus les longs offices que les longues symphonies; il fixait à trois quarts d'heure, au maximum, la durée d'une messe chantée. Pour lui ou pour d'autres prélats pressés, on avait adopté l'usage des u messes brèves » où l'on faisait court en adilitionnant dans trois parties vocales simultanées les versets du Credo, trois par trois, pour les débiter « rondement ». Les modes, en fait de musique d'église, comme en fait de musique de théâtre, passaient vite. .Mozart enfant n'avait rien pu connaître de ce qu'avait produit l'époque de Bach^;