Lettres, trad. de Curzon, p
nationale. Les circonstances, cependant, se prêtaient mal à des tentatives logiquement poursuivies. Jusqu'à la fin de sa carrière, Mozart dut alternativement écrire sur des livrets écrits dans les deu.^î langues.
iS'i Thamos ni Zaide ne lui avaient procuré la satisfaction d'un succès marqué et durable au théâtre'. Coup sur coup, en 1781 et 1782, il put aborder de nouveau deux l'ois la scène dans de meilleures conditions. L'électeur Cari Theodor, dont il avait gagné les bonnes grâces à Mannheim en 1777, et qui, devenu duc de Bavière, avait établi sa résidence à Munich, lui accorda enfin la faveur promise, de composer l'opéra nouveau pour la saison du carnaval de 1781, sur le théâtre de la cour. Ce fut Idomeneo. A l'instigation de Mozart, qui avait entendu à Paris les tragédies lyriques de Gluck et de l'iccinni, et gardait surtout le souvenir du rôle qu'y remplissaient les chœurs, le librettiste Varesco s'efforça de s'approprier « les attraits de l'opéra français ». Jahn signale les soins pris pour varier le spectacle, introe^uire des cortèges, des ballets, les rattacher à l'action, et faire intervenir le chœur plus souvent que dans l'opéra italien, et d'une manière active, en lui donnant à »»xprimer des sentiments conformes à la situation; le critique remarque aussi la liberté avec laquelle sont distribués les morceaux d'ensemble, qui surviennent selon le développement du drame, et non plus à des places convenues d'avance. Tandis que son librettiste se prêtait à ce genre d'innovations, Mozart de son côté agissait de même à l'égard des formes musicales, écrivant, par exemple, son ouvei'ture d'un seul mouvement, et la rattachant à la première scène. Sa partition, cependant, manquait d'unité; le mélange d'éléments italiens et français s'y laissait apercevoir d'une façon qui trahissait chez le compositeur non pas l'incertitude des intentions, mais encore l'incomplète possession des moyens de réalisation'*.
Celle action latente de l'art français, qui se révèle dans Idomeneo, est également sensible dans les ou-
3. Mozart estimait sa musique de Tlunnos et regrettait qu'il cause de la pièce elle no fût plus entendue. V. la lettre du l.ï févi-ier 178."}, trad. de Cin-zon, p. 501.
■i. Mozart souhaitait voir traduire et représenter en alh-tnainl son Idomeneo : ce ilésir ne put se réaliser. En I7S6, il retoucha son o'Uirc pour une andilion en eoncert. à Vienne. Plusieurs rci>riscs, liMitées à (iiversi'S époques, ne |)nri'iit étahlir au tliéàlre le succès di' cet ouvrage, auquel s'est toujours intéressé le public des concerts, lorsciu'on le lui a présenté d'une façon sufllsante.
HISTOIRE DE LA MISIQEE
XVIII^ SIECLE. — ALLEMAGNE inil
vrages que Mozart écrivit dans le genre du « Singspiel ». En s'y enrôlant à la suite de Miller et de ses émules, qu'il devait tous faire oublier, il se trouvait placé sous l'iiitluence indirecte de l'école française d'opéra-comique, dont il avait connu sur place, à Paris, puis en Allemagne, par les traductions, quelques-unes au moins des meilleures productions. Lors même que ses préventions contre le goi'it musical des « stupides Français » — préventions dans lesquelles entiaient des ressentiments personnels et trop de docilité à l'égard des conversations de Grimm, — l'empêchaient de vouloir s'y arrêter, il devait en subir le charme et s'approprier certaines de leurs qualités scéniques.
Depuis 1778 existait à Vienne un théâtre allemand où se jouaient chaque année quantité d'opérettes nouvelles.A peine Mozart avait-il, en quittant le service du piince-archevêque de Salzbourg, établi son domicde dans la cité autrichienne, que la direction de ce théâtre lui demandait un opéra. Ce fut Die Entfiihnmg aus dem Semil (l'Enlèvement au sérail), joué le 12 juillet 1782 avec un succès brillant, qui se renouvela l'année suivante à Prague. L'œuvie le méritait amplement, quoique, suivant une anecdote connue, l'empereur Joseph II y eût trouvé « trop de notes 11. Mozart s'y montrait complètement sûr de lui-même, maître absolu de la syntaxe musicale. Kelativement aux usages établis dans l'opérette allemande, il apportait deux innovations importantes. L'une était la composition, au troisième acte, d'un finale développé et traité dramatiquement : innovation si heureuse, et tellement appréciée, que Dittersdorf, le rival le plus estimé de Mozart en ce genre, s'en empara et l'appliqua à chacun des actes de ses propres opérettes. La seconde, plus remarquable au point de vue de l'accentuation du caractère scénique de l'œuvre, consistait en un essai de récitatif accompagné, essai conçu sans doute sous l'inlluence persistante dos mélodrames de Benda, mais qui resta isolé, ou du moins ne fut imité que beaucoup plus tard par d'autres compositeurs'.
Mozart avait composé {'Enlèvement au sérail à l'époque de ses fiançailles avec Constance Weber, et l'on a souvent assuré qu'il avait exprimé ses propres sentiments dans les airs confiés à Belmont, le héros de son opéra. Après une assez longue opposition de la part de Léopold Mozart, qui n'était pas toujours très clairvoyant dans les directions qu'il prétendait imposer à son lils, le mariage fut célébré le 4 août 1782. Niemtschek, dont le témoignage est précieux pour ce qui concerne l'intimité de Mozart, a dépeint Constance comme une bonne et aimable femme, qui partageait la simplicité de goûts de son mari et, comme lui, se suffisait gaiement d'une situation financière médiocre-. Mozart n'avait pas de fonctions officielles à -remplir. Longtemps aucune place ne fut vacante à la cour; en 1787, pour le retenir à Vienne, Joseph II, qui s'intéressait à ses œuvres tout en leur préférant celles des Italiens ou celles de Dittersdorf, lui donna le titre de « musicien de la chambre », avec SOOtlorins -d'appointements. A la cathédrale Saint-Etienne, Mozart avait obtenu la survivance de Léopold Holf-
1. L'Enlacement au Sérail^ nouvellement traduit en français par MM. KufTcralli et Solvay, a Hé rcprésenlé à l'Opéra de Paris le 4 dé ccmbre 1903.
2. Nienilscliek, Leben W.-G. Mozori's, p. 63. — Voyez les lettres si iouclianles de Mozart à sa femme.
3. On sait que l'ouverture de Don Juan fut composée en une nuit, la veille de la représentation.
4. Le plus célèbre est celui composé en 1785 sur ». la Violette n de
manu (•{- 1792) pour le poste de maître de chapello; mais IlolVnuinn, plus âgé que lui, lui survécut. La fernieture du théâtre allemand, peu de temps après le succès de VEnUcemenl au si'rcdl, le priva du débouché i]uilui eût été le plus favorable.il vivait donc presque uniquement du produit de ses leçons et de ses concerts, ce qui fit que le public s'accoutuma à le regarder surtout comme un pianiste. Il donnait, chaque hiver, plusieurs « Académies » dont les billets se souscrivaient à l'avance, et lous les dimanches, chez lui, de petites séances de musique de chambre, avec entrées payantes pour les amateurs. On y jouait, avec ses nouvelles compositions, colles de ses contemporains, et notamment de Haydn, qu'il admirait beaucoup.
Les anecdotes rapportées par Niemtschek, Rochlitz et autres, en mettant sous nos yeux le tableau de la vie à la fois laborieuse et disséminée que menait Mozart, portent à s'étonner, ainsi que l'a fait Jahn, qu'il ait autant produit. Il avait un goût très vif pour « les plaisirs de société », dansait fort bien, et volontiers passait de longues heures à jouer au billard et à se promener à cheval, sur le conseil de son médecin, qui lui recommandait de prendre de l'exercice; « avec de bons amis il se monlrait confiant comme un enfant, et manifestait sa bonne humeur par de folles plaisanteries ». La création musicale restait chez lui indépendante des circonstances extérieures; sa facilité, sa rapidité de travail, étaient prodigieuses'*. Avec une souplesse infatigable, selon sa fantaisie ou selon que l'invitation d'un amateur, la préparation d'un concert, le passage d'un virtuose, l'y portaient, il passait d'un genre à l'autre. Il écrivait des « Airs » détachés, destinés à être introduits par un chanteur ou une cantatrice dans ses propres opéras ou dans ceux d'autres musiciens; des lieder, secondaires dans son œuvre et dans le répertoire spécial du lied allemand'*; des canons, improvisés souvent pour une réunion d'amis, et qui étaient l'e.xpression de son humeur joviale en même temps que la preuve de sa dextérité singulière; des chants maçonniques, pour la loge Cl l'Espérance couronnée », à laquelle il s'était affilié; et surtout des œuvres do musique instrumentale, pour toutes les combinaisons de timbres. Nous avons dit plus haut que les Sonates pour piano seul n'y tiennent pas un des premiers rangs, et que dans la contribution de Mozart à la littérature de son instrument les concertos les dépassent de beaucoup en intérêt. Au contraire, ses Sonates pour piano et violon « firent jusqu'à un certain point sensation », parce que, les œuvres du xvii" siècle étant abandonnées, l'on s'élait accoutumé h un genre de pièces dans lesquelles le violon se superposait au piano ad libitum, ou tout au plus » l'accompagnait » d'une façon accessoire; Mozart disposa les siennes en dialogues sans grandes recherches ni difficultés, où se trouvaient équilibrés les rôles des deux interlocuteurs. Parmi ses œuvres de musique de chambre avec piano, les deux quatuors en sol mineur et en mi bémol, pour piano, violon, alto et violoncelle, composés en 178o et 1786', et le quintetle en mi bémol, pour piano, hautbois, clarinette, cor et
Grellie{Das Veilclien). n" 476 du catalogue de Kncliel. — La berceuse (Wiegcnliedl «i .Sclilaf, mein Prînzelien » , atlribuéc par Nisscn :'i Jlozart, et cataloj^uée par Knchel sous le n" 3iJ0, a été l'cconnuc apocryiilie et restituée à son véritable auteur, Flies. Voyez les arlioli'S de M. Max Fricdliinder insérés dans le ViertetjaUrsschrift fiir MusUii'isscnscliaft. S' année, 1892, p. 275, et dans le Jatirbuch der Musikbibliothek Peters fiir IS96, p. 69.