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Ce fut l'ouverture en mi majeur

3. De ISU.'i l.îl'.i, /''/rff^/ioeutà Vienne 59 représentations. En 1822, le clief-d'oeuvre fut repris pour permettre à la grande tragédienne

hazy; — en 1808, les deux trios pour piano, violon et violoncelle, op. 70; la cinquième et la sixième symphonie, ni mineur et « pastorale », op. 07 et 68; la fantaisii> pour piano avec orchestre et clneur, op. MO, ces trois dernières œuvres exécutées, avec deux parties de la messe en lU. dans une grande " académie » que donna Beethoven, le 17 décembre 1808, au théâtre « an der Wien », et où il exécuta lui-même un de ses concertos.

Ecrites presque simultanément, produites dans le même concert, la cinquième et la sixième symphonie semblent se placer aux deux pôles de la pensée beethovenienne. Si, d'api'ès le mot rapporté par Schindler, on croit deviner dans la symphonie en iil mineur le tableau de la lutte obslinée de l'homme contre le ilestin , de cette lutte altiére dont Beethoven avait résolu de faire la règle de sa vie'', on reconnaît dans la Symphonie pastorale l'expression de son immense amour de la nature, qui le faisait, dans ses longues promenades solitaires autour de Vienne, entrer en communion avec le Créateur parle spectacle deschoses créées. En phrases hachées, il crayonnaitdans ses carnets les pensées dont l'effusion lyrique revêtait dans ses œuvres musicales des formes d'une puissance d'expression sans égale. Le programme explicatif de la Symphonie pastorale, pour la première audition, était ainsi rédigé : « Symphonie pastorale (n° 5) ; plutôt l'expression du senliment que la peinture. Premier morceau : sensations agréables qui s'éveillent en l'homme à son arrivée à la campagne. — Deuxième morceau : scène au bord du ruisseau. — Troisième morceau : réunion joyeuse des campagnards; survient le quatrième morceau : tonnerre et orage, auquel s'enchaîne le cinquième morceau : sentiments de reconnaissance, avec remerciements à la Divinité, après l'orage''. » Mais l'épigraphe de l'œuvre pourrait être ces lignes des carnets : « Tout-puissant! dans les bois je suis heureux, — heureux dans les bois, — où chaque arbre parle par toi. — Dieu! quelle splendeur! — Dans ces forêts, sur les collines, — c'est le calme, le calme pour te servir*! »

Une conception de plus en plus hardie des formes de la symphonie accompagnait l'expression des sentiments intérieurs. Les derniers liens étaient rompus avec la musique « de commande », la seule, à peu près, que dans le genre instrumental toute la seconde moitié du xvin" siècle allemand avait connue. Il ne s'agissait plus de fournir par contrat la quantité de morceaux nécessaire au renouvellement du plaisir d'un prince. Dans un isolement presque farouche et une liberté entière, Beethoven semblait créer pour lui seul, au milieu de longues méditations, les œuvres dont il faisait présent au monde. Combien, en 1808, moins de vingt ans après les dernières symphonies de Haydn, ne devaient point paraître étranges et nouvelles, véritablement écrasantes et comme emplies de problèmes inconnus, des œuvres telles que la symphonie en ut mineur ou la Symphonie pastorale! Après un siècle écoulé, dont le formidable apport n'a

lyrique Wilhelmine Sclira'dcr de paraître dans le rùle (îc Léonorc, créé et tenu jusque-là à peu prés constamment par M"'" Mildcr.

6. Des ébauches ilc la symphonie en ut mineur, y compris du thème [trincipal du premier morceau, — le thème du destin, — se trouvent dans un livre d'esquisses di- 1800-1801.

7. Tliayer, Verzeirlitiias. p. 77. — Ce programme donnait à la Symphonie pastorale le n" 5. Le manuscrit porta le a" 6, définitivement maintenu.

8. Sur son amour de la campagne, des bois, des animaux, voyez. R, Rolland, p. 40, et Hans Volkmaun, Neues uber Bcelliui-en, Berlin, 1904, in-8°.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIO\yMIiE DU CONSERVATOIRE

pu lernir leur lumière, ces œuvres éclairent encore notre route et restent le « buisson ardent » d'où Von entend s'élever une voix surnaturelle.

L'ordre chronologique des compositions de Beethoven place en 1809 les sonates pour piano, op. SI [les Adieux, l'Absence et le Retour, dédiée à l'archiduc Rodolphe) et 78 (dédiée à Thérèse Brunsvik); le quatuor en mi bémol, op. 74; le cinquième concerto pour piano, en mi bémol, op. 73; la musique pour Egmont, de Goethe; — en 1810 et 1811, plusieurs lieder , principalement sur des poésies de Gœthe ; le quatuor en fa mineur, op. 95 ; la sonate pour piano et violon, op. 96; le trio en si bémol, op. 97 (dédié à l'archiduc Rodolphe) ; la musique du drame de Kotzebue, Die Ruinen von Athen, et celle d'un prologue du même auteur, Kônig Stephan Unç/arn's ester Woldthater (le roi Etienne, premier bienfaiteur de la Hongrie), tous deux représentés le même jour, pour l'inauguration d'une nouvelle salle de théâtre, à Pesth'. A l'année 1812 appartiennent la septième symphonie, en la, op. 02, et la huitième, en fa, op. 93, encore une fois si diCférentes, que l'on s'étonne, comme pour la cinquième et la sixième, de leur origine rapprochée. Un lien sensible les rattache cependant de près Tune à l'autre : maître depuis longtemps de toutes les ressources de l'harmonie et de l'instrumentation, Beethoven, comme désireux d'affirmer son empire sur tous les éléments sonores, expérimente les combinaisons des rythmes et les plie, dans la septième symphonie, avec une ardeur impétueuse, dans la huitième, avec une délicatesse pleine de fantaisie et d'humour, à sa toute-puissante volonté. — En 1814 se présentent le Chant élégiaque, à quatre voix, op. 118; la cantate Der glorreichc Augenblick (le Moment glorieux), op. 136, écrite pour les fêles du congrès de Vienne; la Bataille de Vittoria et deux chœurs ajoutés à des pièces patriotiques de ïreitschke, son collaborateur pour le dernier remaniement de Fidelio.

L'activité manifestée par Beethoven pendant ces quelques années correspondait à un temps d'arrêt dans les progrès de sa surdité. Depuis lesjours cruels de la première révélation de sa misère à ses amis, soit qu'il se fût raidi contre la douleur au point de la mépriser, soit qu'en réalité elle lui fût, par l'accoutumance, devenue tolérable, il s'en taisait. Beaucoup de personnes, qui l'approchaient rarement, s'apercevaient à peine qu'il était sourd. On le voyait encore, de temps en temps, au théâtre. 11 jouait du piano, pour ses amis, pour le public quelquefois encore, d'une manière seulement qui paraissait plus dure, et par moments fantasque et brouillée. Ses improvisations étranges et magnifiques éblouissaient toujours, ou émouvaient ses auditeurs^, quoique l'on s'aperçût que lui-même, désormais, s'entendait mal, exagérant les contrastes dynamiques au point de rompre les cordes ou d'eftleurer les touches sans leur faire reii-

1. Sur ces deux ti-uvrcs, V. les arliclcs de M. Hcrmann Deiters d^nsV Allf/cmeine musikalische Zeï7«n/;, de Leipzig, des 15, 22 Tùvrier, l""" et 8 mars 1865.

2. Un dos plus beaux récils qui se rapportent aux improvisations de lieetlioven est celui que Mendelssolin avait i-ccucilli tic la Ijoucljc de M"'" Dorothée vou Erlmanu. Klle venait de perdre un lils, et liccllioven n'avait toutd"abord pas pu vaincre son émotion et revenir dans sa maison ; lorsqu'il la revit, cependant, il alla droit au piano, en disant simplement : » Nous ne nous pai-lerons aujourd'hui que par des sons. " Sans autres paroles, « il me dit tout, et à la lin me donna aussi la consolation. » V. Mendelssolin, Heùebriefe, 6° 6dit., t. !•'■, p. 211.

dre les sons qu'il croyait, au dedans de lui, percevoir. Le H avril 1814, il se produisit pour la dernière fois comme pianiste dans un concert, en jouant, avec Schuppanzigh et Linke, son trio op. 07. Deux ans plus tard, il recevait de Londres un piano construit par Broadwood dans des conditions de sonorité exceptionnelles ; mais pas plus qu'une sorte de résonnateur imaginé par Maelzel pour s'adapler aux instruments ordinaires, le piano anglais ne suffit à lui procurer l'illusion d'une audition normale. Depuis 1816, ses interlocuteurs ne trouvaient plus que dans l'écriture le moyen de communiquer avec lui : de là l'origine des " Cahiers de conversation», carnets griffonnés au crayon, que possède la Bibliothèque royale de Berlin 3 et qui conservent les précieux et poignants vestiges de ses entretiens avec de fidèles amis ou des visiteurs de passage.

Tandis que de nouveau s'appesantissait sur lui le fardeau de la surdité, il apprenait à connaître d'autres peines. Tout un drame, à la même heure, commençait. « Depuis quelque tempsje n'ai pas été bien, écrivait-il à Ries le 28 février 1816. La mort de mon frère a agi sur mon cœur et sur mes ouvrages... Je suis tuteur du fils de mon pauvre frère défunt... J'ai la douce consolation de sauver un pauvre enfant innocent des mains d'une mère indigne. » Toute la puissance d'aimer et toute la faculté de .souffrir que contenait le cœur de Beethoven allaient se concentrer dans une paternelle affection pour ce neveu, ce fils d'adoption, qu'il dut tout d'abord disputer, moralement et judiciairemenl, à l'influence et à l'autorité de sa mère, et qu'il essaya ensuite de diriger et de défendre contre autrui et contre lui-même; après dix ans de ce combat, le jeune Cari, par une tentative de suicide, mit le comble aux tourments de Beethoven'', et ce fut, dit-on, à la suite de ces incessantes inquiétudes et des orageuses discussions survenues pendant un séjour chez son frère Johann, à Gneixendorf, que l'auteur de Fidelio contracta le germe, ou vit se développer le germe ancien, de sa dernière maladie. Que l'on ajoute à cela l'amertume des affections perdues — femmes aimées, amis de jeunesse maintenant morts ou éloignés — et les soucis quotidiens d'une existence précaire, on aura le sombre aperçu des douze ou quatorze dernières années de la vie de Beethoven. Que l'on reporte ensuite l'attention sur les œuvres qu'il composa dans ces années de douleur, les œuvres dites de la « troisième manière », les plus complètement belles, grandes et libres, qui soient sorties de sa plume : n'est-on point saisi d'un respect attendri, d'une reconnaissance profonde, pour cet homme dont la volonté et le génie bravaient toutes les épreuves?

C'est habituellement de la sonale pour piano, op. 101, que les partisans de la division en «trois styles » font dater le commencement de la » dernière manière )) de Beethoven. Précédée de peu parla sonate op. 90, en deux mouvements, la sonate op. 101, commencée en 181o, ne fut publiée qu'en février 1817. Depuis quelque temps, Beethoven s'était rendu de

'.i, La Bibliothèque de berlin possède, provenant de Scllindicr, 13ti Cahiers do conversation des années 1810 a K-vi". — V. K'nlischcr, Die Beethoven-Aiitoi/ruphen in den /libliolhi'lc z\i llrrîiit, dans \c9 Monatsheftc far Musiktjeschichtf, t. XXVII et XXVIII, 1895 et 18%; Kolisclier, Ein Kotn^ersationshrft vo>t L. van /icelhovcn (1820) zum ersten Mate vuUstanditj mitgeteilt und cvlantert, dans IHe Mnsik, 5» année, n"» 4, 5, 0 et 8, 15 novembre, 1°'" et 15 décembre 1905 et 15 janvier 1001). — Vnlkmann, Ncnps iilicf Beethoven, lierlin, IDOi; in-S"; — Prod'homme, lîecthoven d'nprrs ses carnets de conecrsatimi [d'après Volkmann], dans le Mereure de Franee du 15 juillet 11*05.

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