Publiée en 1845 sous le litre de Ziôl/Sia
On peut rapprocher de Seyfried Philipp-Jacob Riotte", qui fut également chef d'orchestre au théâtre an der Wien. Il eut le crédit de faire jouer une quantité de pièces théâtrales, et en 1852, quatre ans avant sa mort, le public viennois applaudissait encore une cantate de lui intitulée la Cmisade.
Simon Sechter, qui naquit en Bohême en 1788 et vécut jusqu'en 1807, est maintenant aussi oublié que Riotte. Cependant il était doué à la fois d'une grande science contrapontique et d'un sens humoristique original dont on peut trouver de bons exemples dans ses Volkslieder et ses Fugues à quatre mains sur des airs comiques. Sechter fut longtemps professeur de composition au conservatoire de Vienne. Thalberg, Kullak, Brijckner, Duhler, Kôhler,se formèrent à son école, et Schubert allait lui demander des conseils lorsqu'il mourut.
Dans la première partie du xix^ siècle il est deux autres compositeurs qui inscrivirent leurs noms en lettres moins etl'acées dans l'ombre de Beethoven : et cela parce qu'ils ne craignirent pas de s'adonner à un genre modeste et secondaire, la sonatine à deux et à quatre mains. Friedrich Kuhlau" et Antonio Diabelli'" sont encore maintenant la providence des jeunes pianistes.
Le premier, originaire du Hanovre, eut, comme Ries, des démêlés avec la conscription française qui pesa sur ses compatriotes en 1810. Il ne se réfugia pas en Angleterre, mais à Copenhague, où il devint une soite de Haendel danois, si bien qu'on peut le compter parmi les compositeurs Scandinaves, du moins en ce qui concerne ses opéras et sa musique vocale. Sa musique de chambre comprend des œuvres de flûte devenues classiques.
La même année où Cramer fondait à Londres une maison d'édition, Diabelli ouvrait la sienne à Vienne. Il publia beaucoup de compositions célèbres, notamment celles de Schubert, et il n'eut garde d'oublier les siennes, qui se chiffrent par cent quatre-vingts numéros.
C'est sur une valse de Diabelli que Beethoven écrivit ses variations op. 120, concurremment avec quarante-neuf autres compositeurs en vogue. J'ai déjà nommé une partie d'entre eux.
Parmi ceux qui ajoutèrent à la couronne de gloire de la Vienne musicale des fleurons plus ou moins modestes, il me suffira de mentionner Nicolaus von Kruft", Franz Schoberleohner'^, un élève de llummel dont le jeu et les compositions péchaient par excès de bravoure; M.-J.-C. Leidesdorf", un ami de Beethoven et de Schubert ayant cultivé un peu trop les pois-pourris; Conrad Berg", "Wenzel Plachy'^, Johann -Heinrich Clasing'^; le prolifique Cari Mayer", donl le jeu rappelait celui de Pield : il laissa de bonnes études; H. -F. Enckhausen", dont les pièces enfantines se vendent toujours.
Parmi les compositeurs de chambre et de chapelle n'oublions pas un éminent protecteur de Beethoven, le prince Louis-Ferdinand de Prusse'', artistique et martiale figure; Franz-Xaver Gebauer-", encore
19. Ludwig-Friedrich-Ciiristian, neveu de Frédéric II, 1772-180G, a laissé 2 trios, 2 quatuors et 1 quintette,
un ami de Beethoven el le fondateur des concerts ■ spirituels à Vienne en 1819; Friedrich -Ernst Fesca' de Magdebourf:;, qui montra dans Ions les genres de la grâce, de Télépance et une certaine richesse de modulation; Bernard Klein^, élève de Cherubini, professeur à l'université de Berlin, auteur de sonates, de lieder, d'oratorios et de musique sacrée très appréciée; enfin 'Wilhelm-Friedrich Riem^, organisie à la Thomasschule de Leipzig en 1814, puis directeur de la Singakademie de Brème en 1822.
Tels sont les principaux musiciens qui eurent de la notoriété en Allemagne dans la première partie du XIX' siècle''. Mais j'ai hâte d'en venir à l'apparition du Roi des Aulnes et du Fixischûtz, ces deux avènements du néo-romantisme musical.
Schubert et la mélodie lyrîqne>
« Chapeau bas, messieurs, un génie! »
Ainsi s'exprime Schumann, par la voix humoristique d'Kusebius, sur le compte de Chopin en analysant une de ses premières œuvres. Mes lecteurs me permettront de les traiter avec la même familiarité en faveur de Franz Schubert, dont la gloire aujourd'hui mondiale contiaste étrangement avec sa vie modeste, obscure et brusquement interrompue au milieu d'un magnifique essor créateur.
Schubert naquit à Lichtenthal, près de Vienne, en 1797, vingt-sept ans plus tard que Beethoven, qui le précéda de vingt et un mois seulement dans la tombe. Grâce au progrès des temps dont sa jeunesse le rendait plus conscient, Schubert fut à même de recueillir sans en être écrasé le patrimoine colossal de son illustre devancier; et il parvint même à l'enrichir encore, bénéficiant de la prodigieuse hantise d'inspiration qui (it courir incessamment sa plume féconde et lui donna dans presque tous les genres la maîtrise avant même qu'il ail pris le temps de la conquérir par de minutieuses études.
Dans un passage de son livre la Musique et les Musiciens, M. Lavignac fait judicieusement remarquer combien la spontanéité du génie chez certains musiciens tendrait à confirmer la théorie palingénésique des vies antérieures. Schubert en présente une frappante démonstration. Dans l'art difficile de la musique, il est impossible d'être plus autodidacte. Son père, maître d'école, lui enseigne dès l'enfance les éléments du piano, du violon et du solfège; le chef des chœurs de la paroisse y joint les principes de l'harmonie; mais ses véritables modèles sont plutôt Haydn, Mozart, Kozeluch, Mehul, Cherubini et même Beethoven, dont il joue les symphonies et les ouvertures, parmi les violons de l'orchestre du Convict". Chez lui, il tient la partie d'alto dans les quatuors familiaux dont la musicalité allemande olfre de si fréquents exemples, et dès 1810 nous le voyons, garçonnet de 1.3 ans, penché sur des feuillets de papier à musique que sa pauvreté lui faisait obtenir à grand'peine; il écrit déjià des fantaisies à quatre mains, des ouvertures pour quatuors et quintettes à cordes. En 1813, le catalogue chronologique de Schubert accuse trois quatuors, un octuor à vent, une cantate et une première symphonie; en 1814, cinq nouveaux qua-
4. Pour ne point risquer d'ûlre incomplet on peut encore mentionner les polygraplies musicaui J. Dcssaucr, F.-W. (irund. A.-Ii. Mari, J.-L. Bâhner,J.-P. Piiis; les compositeurs d'i^glise S. Neukomm, J. Giins-
tuors, une deuxième symphonie, une messe, une ouverture dans le style italien, — et, parmi toute une gerbe de Lieder dont la moisson avait commencé en 181 1, la Marguerite au rouet restée justement célèbre.
Cette précoce énumcralion permet déjà de discerner quelles étaient les qualités du tempérament de Scbubeit et les influences au milieu desquelles il s'orienta.
Dès ses premières pièces à quatre mains il témoigne d'un sentiment extraordinaire de la mélodie, de l'harmonie et du rythme, avec, toutefois, une fré(iuencemodulatoire excessive. Les quatuors de cette époque peuvent être considérés comme le principal exerciced'apprentissage d'une main exceptionnelle, à qui l'écriture en plusieurs parties semble naturelle; l'octuor, les ouvertures, les symphonies, sont une préparation au maniement des timbres, pour quoi Schubert avait une aptitude innée. On voit dans cesœuvres diverses, y compris une cantate et une messe, que Schubert a étudié Haydn, Mozart, Cluck et Spontini. 11 est ouvert à toutes les beautés, tout lui est sujet d'étude; il entend avec enthousiasme la Vestide et surtout Ifihigi'nie en Taiiride; enfant, le lyrisme des adagios de Mozart l'extasié; adolescent, il subit l'intluenco du. brio rossinien; il admire Beethoven sans le comprendre encore, bien qu'il reçoive lesleçons d'un maître qui avait conseillé le grand Ludwig quinze ans auparavant, Salieri, célèbre compositeur d'opéras italiens el de musique sacrée. Mais Beethoven n'avait demandé à Salieri qu'un complément d'éducation sur le traitement du style vocal et de la prosodie, après avoir subi, sous la direction d'Albrecbtsberger, un entrainement des plus sévères. Schubert manqua d'initiation contrapunlique, et il s'en rendit compte lui-même sur le tard, puisque en 1828, peu de temps avant de mourir, il alla trouver Sechter en le priant de combler cette lacune.
Est-ce bien un tel mot qu'il faut employer? On est plutôt tenté de croire qu'un enseignement théorique aride et prolongé n'eût rien ajouté à une O'uvre qui se présente à nous comme la plus parfaite expression du lyrisme.
Sous ce rapport, les principaux monuments de sa musique syinphonique et instrumentale appartiennent à la maturité de Schubert. C'est au Lied qu'il consacra les premières'' et les plus nombreuses heures de sa vie d'artiste, puisque à 17 ans il y excellait déjà, et puisqu'on possède de lui plus de six cents mélodies sur des poèmes d'une centaine d'auteurs divers.
N'eùl-il laissé que ces effusions, confiées a. la voix accompagnée du piano', Schubert mériterait une des meilleures places au Panthéon de l'art, car elles contiennent l'essence même de son oi'iginalité, et elles sont la première réalisation, dans le domainemusical, de la tournure d'esprit particulière qu'on appelle le romantisme.
Schubert doit être considéré comme le père du KuNSTLiED, c'est-à-dire de la mélodie aitistiquo dans sa forme moderne. Avant lui Zelter, Reichardt,
baclier, J. Proksch, J. Assinayor ; le compositeur d'oratorios J.-C. -F. Sclineider; les écrivains de musique de piano et de chambre Aloys. SilimiU, F. llitnteii, J. Herx pi K. Arnold, b. Nom d'une école inip^-rialo de cliorislos.