Quelques lieder sont avec nrcliestre
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
XIX" SIECLE
Scliulz, Zuiiisteei;, Mozart et lîeellioveii avaient composé (les Liedei-, mais aucun n'avait pn réunir les qualités qui constituent la supériorité de Schubert : le sens poétique et prosocliiiue, la variété de moyens, le feu dramatique, la verve pathétique, l'intéi'ét ins- Irumenlal. Les meilleures mélodies de ces musiciens sont des orf;anismes encore incomplets des étapes évolutives d'un genre que Schubert porte à la perfection. 11 suffit de comparer la Fi/ciise de Scluilz' avec la Marijui'rite de Schubert, pour voir l'immense progrès accompli par celui-ci. Les meilleurs elforls de Scliulz furent consacrés à la chanson dans le style populaire Volksthumlichks Lied qui, de même que l'ancien Volkslied, ne modulait pas et restait strophique. Schubert en respecte la forme à couplets, mais, tout en conservant sa force d'accent, sa simplicité harmonique et rythmique, il lui donne plus de liberté, grâce à des modulations appropriées.
Reichardt était lettré; il lit une bonne étude musicale des poésies de Gœtlie-. Zelter, ami particulier du grand poète, montra plus de. qualilés de métier et commença à s'émanciper du joug des strophes identiques^. Zumsteeg, que Schubert appréciait, manquait d'imagination; toutefois il attira l'attention sur les ressources musicales de la ballade. Les compositions de ces hommes de talent sont en grande partie oubliées maintenant. Le Kunstlied, peu à peu amélioré, n'attendait plus que d'être touché par une main géniale. Il s'en fallut de peu que Beethoven ne lui donnât des ailes, mais il ne lui accorda parmi son œuvre qu'une place secondaire; comme Haydn, ce fut dans ses adagios instrLimentaux qu'il épancha sa force lyrique, de même que l'.luck et Mozart l'avaient placée dans les arias de leurs drames; Schubert mit dans le Lied le meilleur de son cœur.
Nous soniTues ici en pleine transition de l'art classique, purement Imaginatif, à l'art romantique et descriptif. Dans l'histoire de la pensée humaine, dans la littérature, dans tous les arts, le moment est capital. Le monde s'élargit tout à coup. Un souffle de fraternité humaine a suscité l'élan superbe de la Révolution française, ainsi que la noble guerre de libération allemande, et partout, sous toutes les formes, l'éveil des énergies nationales. La Renaissance classique a fait éclore l'amour des humanités dans les races néo-latines; la Réforme a secoué la torpeur des races saxonnes; l'imprimerie, la première des grandes inventions modernes, a reculé sur la terre l'empire des ténèbres; enfin la renaissance romantique proclame l'atTranchissement total de l'art et des moyens esthétiques; elle fait tomber la pompe et l'étiquette des cénacles, elle donne droit de cité à lout ce qui est humain, scrute les lointains du temps et de l'espace, de la terre et du rêve, amnistie les exils, bénit l'union des extrêmes... Faust voudrait étreindre la Nature entière sur son cœur; Beethoven en esquisse puissamment, symphoniquement, le geste : Schubert l'achève. Toutes les visions neuves d'une forte race passent dans le cerveau d'un de ses enfants les plus obscurs et illuminent sa pauvreté; la muse lyrique vient s'asseoir en son misérable logis, elle verse sur sa table une riche moisson de mètres et de rythmes cueillis aux paysages éclatants de Gœthe et de Schiller, aux jardins crépusculaires de Malthisson, aux forêts gra-