‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 254 sur 297 · Rlaria Wodcinska, rencontrée à Leipzig · texte numérisé non relu

Rlaria Wodcinska, rencontrée à Leipzig

4. Cliopin a laissé 18 méloJies sans autre inlérdt que d'tMre une con- Iribulîon au folk-lore polonais.

5. La sonale posUiumc (op. 4) n'a qu'un intérêt documentaire. Chopin, aussi hautement consciencieux que Mendrissohn, n'eût point laissé piller de son plein gré ses manuscrits de première jeunesse.

(i, Comme ses confrères es romantisme, Ctiopin ne se suffit jias des danses de son pays. Il écrivit un boléro espagnol, une tarentelle italienne, des écossaises. Simples emprunts de rythmes qui lui semblaient piquants, et qu'il traita avec son ime polonaise. Ueetbovcn avait composé des écossaises, Mozart et Webcr avaient produit des » turqucries ». L'école russe, â la suite de Chopin, s'intéressa au l'olk-lore espagnol. /Voyez Glinka, Balakirew, Kinisky-KorsakolV, etc.)

Le premier, op. 29, et la fantaisie- impromptu ont une certaine ressemblance entre eux dans les traits et lacoupegénérale. L'op. 31 est une divagation pleine de charme; l'op. 36 une page d'une vraie grandeur. Quant aux scherzos, ce sont encore des caprices qui ne se rapprochent en rien du scherzo classique. A leur façon ils évoquent aussi des récits légendaires ou des ballades guerrières.

En imaginant ces formes diverses et les développements qui leur conviennent, Chopin tient à leur orthodoxie; elles répondent pour lui à tel ou tel idéal déterminé; et quand la délicieuse troupe incohérente et bariolée du carnaval de Schumann passe devant son regard, il n'en voit pas la beauté, parce qu'il n'en saisit pas l'unité de composition'". Voilà bien l'éternelle équivoque des mots assassins de la pensée. De son côté Mendelssohn condamnait sans appel le finale terrifiant de la sonate de Chopin op. 3o, toujours au nom de la forme. 11 ne s'aperçut pas, selon la remarque de Dannreuther", que ce finale reste strictement fidèle au plan d'une Toccata. En réalité les formes ne sont que les accessoires, les véhicules respectueux des sensibilités nouvelles que l'évolution du monde fait éclore successivement. Chaque centre vibrateur émet ses propres ondes, et ces ondes vont choquant et traversant celles émanées d'un autre centre. Telle est la loi. Toutes les formes trop accusées sont sujettes à une prompte décrépitude si elles ne sont rajeunies et renouvelées de temps en temps par des pensées vivifiantes et novatrices, des pensées d'avant-garde, quel que soit le domaine où elles se meuvent. Or Chopin fut un précurseur, au suprême degré. Avant de rechercher à quelles sources s'abreuva son originalité, je veux encore parler de la matière dans laquelle il modela sa pensée.

Chopin portait en lui un sentiment entièrement neuf de l'harmonie, du rythme, de la mélodie et du trait. Ses premières pièces, déjà mentionnées, et toute sa musique empruntent leur coloris intense et non encore vu à l'usage du chromatisme. Grâce à son génial emploi du demi- ton, Chopin prend une immense avance sur ses contemporains. L'in- Uexion, la brisure de ses lignes chantantes, la souplesse, l'imprévu de ses modulations'-, le dotèrent d'une palette nouvelle qui lui fournit toutes sesdemileintes, ses nuances les plus complexes et mille contrastes de valeurs, sans jamais préjudicier aux tonalités générales imposées par les sentiments qu'il exprime. Le chromatisme de Spohr n'est qu'ingénieux, celui de Cliopin est l'éloquence même; c'est une extension subite du domaine musical, un terrain conquis une fois pour toutes et sur lequel évolue toute création contemporaine digne du nom de musique. Est-ce l'étude de I5ach — total précuiseur — qui ouvrit les yeux de Chopin sur les perspectives du chromatisme? C'est possible'^: métamorphosé, Irans-

7. Field entend son successeur â Paris, en 1822. et l'appelle un pianiste u pour chambre de m;ilade », ce qui est une façon comme une autre de laisser percer sa frayeur du génie qui le supplanta.

8. Comparez le même procédé dans le nnclurne Oli. 32, n» 2, dans la II* ballade en /'n, dans l'étude en mi nia/fur, etc.

0. Uui furent d'ailleurs ainsi baptisés i»ar l'éditeur, après la mort do Schubert.

Ul. Si ces pièces avaient été groupées sous le titre de « préludes », Chopin les aurait peut-être cxatninées avec la sympathie qu'elles méritent.

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