‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 5)Chapitre 255 sur 297 · Que Moseheles avait peine à admettre · texte numérisé non relu

Que Moseheles avait peine à admettre

13. Rapprochez, par exemple, la plainte déchirante dont la mazurka op. 17, n" l, se fait l'écho, de certains gémissements dramaliqucs dea uratorios et des cantates de Uaeh.

IIISTOinE DE LA MUSIQUE

porté dans les traits du maître inodeme, il double leur dynamisme, soit qu'il empale somptueusement l'harmonie, soil qu'il se mêle au suave enroulement des parties chantantes, soit qu'il hurinc chaqui; repli des basses aux lurieuses reptations', ou bien qu'il aboutisse parfois au triomphe des mélodies diatoniques les plus larges, soit encore qu'il passe sur elles sans altérer leur pureté, comme des modalités tragiques illuminant uu beau visaj^e.

Celte a|ilitude géniale à créer de la nouvelle couleur sonore, Chopin la devait en grande partie ;\ son atavisme. Fils d'une Slave, un peu asiatique par conséquent, il refléta dans son art, inconsciemment, quelque chose de la langueur voluptueuse, des féroces colères et du pessimisme uéantiste de l'âme orientale. Ainsi put-il taire découler sans elTort sa magie musicale dé quelques chanls et danses nationaux, longuement élaborés par les siècles au sein d'une race artiste et ratTinée. Toute la superbe école russe procède de la même origine. Dans les maîtres russes d'aujouid'hui il n'est pas rare de rencontrer des passages offrant une parenté frappante d'accent et de couleur avec le style de Chopin-, qui fut ainsi, avec son contemporain Glinka et mieux encore que lui^, le premier écho de l'orientalisme en musique.

Ce qu'il y a de plus notoire dans la musique que nous étudions, eu sus de la couleur, c'est le mouvement. Si nous ouvrons la ballade en sol mineur, nous voyons se dérouler une série de périodes passionnées, toutes plus intenses les unes que les autres, et reliées par des traits d'une lîére sonorité. Après la chevauchée tînale, de grandes gammes zèbrent comme des éclairs les derniers épisodes de la légende. Le deu.i-ièine impruniplu est une succession de rythmes solennels, d'héroïques octaves et de traits Iréniissants. iJans le ileu.nènu' sclierzo'', la main droite dévale hardiment dans les basses, en formulant de superbes traits diatoniques qui sont comme le geste d'un sceptre péremptoire. 11 laudrait tout citer : les chevaux qui piaffent et se cabrent dans la sonate en si (7 mineur, le finale haletant de la sonate en si mineur, avec ses traits sifflants, et les formidables mêlées de la polonaise en la n.

Ces maitiales polonaises, évoquant le passé épique et la lin tragique d'une nation, ces touchantes mazurkas, reflétant liueraent ses heures insouciantes, joyeuses ou mélancoliques, n'est-ce pas le chaut du cygne de la Pologne agonisante? Chopin concentra en lui le frisson de toute une race : turbulente, aventureuse, liére, prompte aux actions généreuses, prompte ii la désolation, et sur le point de sombrer sous les convoitises de ses ennemis. C'est au creuset de ces dramatiques circonstances que le génie poétique de Chopin fut formé ; c'est à elles qu'il dut sans doute cette intériorité passionnelle qui fait de lui l'un des principaux héritiers de lieethoven. Antithèse de Mendelssohn qui cherche dans la polyphonie des voix et des timbres l'intégration de son intelleclualité abstraite et Sereine, Chopin demande à la cantiléue, à la polychromie harmonique, aux saccades du rythme, la réalisation de ses impulsions d'àrae, de son rêve et de sa soulTiance. Nul besoin de s'adresser à la beauté d'un site ou d'une œuvre littéraire : il n'a que trop de sujets d'inspiration dans la répercussion des événe-

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